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L'Allemagne redoute un enracinement de la xénophobie dans l'ex-RDA

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2016 Ă  15:49
Les pompiers allemands tentent d'éteindre l'incendie qui a ravagé le 21 février 2016 un foyer pour migrants à Bautzen, prÚs de Dresde, dans l'ancienne RDA

L'Allemagne s'inquiÚte d'une forme de dérive xénophobe dans l'ancienne RDA, amplifiée avec l'arrivée des migrants et aiguillonnée par des mouvements politiques comme Pegida, aprÚs plusieurs incidents dont l'incendie d'un foyer sous les vivats de la foule.


"La honte de Saxe", titre lundi le quotidien de gauche TAZ en résumant un sentiment largement partagé: le pays est scandalisé par les événements survenus dans cet Etat régional oriental, qui ont réveillé de mauvais souvenirs.
Il s'agit en premier lieu de l'incendie vraisemblablement criminel d'un bĂątiment devant accueillir des rĂ©fugiĂ©s Ă  Bautzen. Au-delĂ  de l'acte --il s'en est produit beaucoup de ce type ces derniers mois-- ce sont les quelques dizaines de badauds "manifestant une joie non dissimulĂ©e", selon la police, voir gĂȘnant l'intervention des pompiers, qui ont choquĂ©.
L'Allemagne se remémore le traumatisme causé par la vague de violence anti-immigrés de la période post-réunification, lorsqu'un foyer à Rostock, déjà dans l'ex-RDA, avait été pris d'assaut en août 1992 et incendié sous les applaudissements d'une foule de 3.000 personnes.
- 'On se réjouit quand ça brûle' -
"De nouveau on se réjouit quand ça brûle" en Allemagne, déplore lundi le quotidien populaire berlinois B.Z.
L'incendie de Bautzen est survenu aprÚs qu'un bus de réfugiés arrivant dans un autre foyer, à Clausnitz toujours en Saxe, eut été accueilli jeudi soir par une centaine de manifestants trÚs remontés. Les images d'un policier évacuant de force un adolescent du car et les révélations sur l'appartenance du responsable du foyer au parti anti-réfugiés Alternative pour l'Allemagne (AfD) ont ajouté à la polémique.
La chanceliÚre Angela Merkel, par la voix de son porte-parole Stefan Seibert, a parlé lundi d'un événement "profondément honteux" et accusé la foule de "lùcheté".
Ces actes soulignent une nouvelle fois l'écho particulier que rencontre le discours hostile aux migrants auprÚs d'une frange radicalisée de l'opinion dans l'ex-RDA.
"La haine et la violence sont davantage visibles Ă  l'Est", a reconnu lundi l'ancien prĂ©sident de la chambre des dĂ©putĂ©s, Wolfgang Thierse, issu lui-mĂȘme de RDA et figure morale trĂšs respectĂ©e en Allemagne.
"Ceux qui au cours des 25 derniÚres années" depuis la chute du Mur de Berlin "ont dû surmonter tant de changements ont manifestement des convictions démocratiques et morales moins solides" qu'à l'Ouest, a-t-il indiqué au groupe de presse régional Funke.
Le phénomÚne n'est pas nouveau mais prend avec l'afflux d'un nombre record de migrants une nouvelle dimension.
- Pegida 's'est emparé' de l'espace public -
Sur les 231 agressions d'extrĂȘme droite recensĂ©es depuis le dĂ©but de l'annĂ©e dans le pays, 47 se concentrent en Saxe, selon un dĂ©compte de deux ONG allemandes.
Globalement, selon les statistiques officielles pour 2015, les actes de violences d'extrĂȘme droite en Allemagne ont doublĂ© par rapport Ă  2014, Ă  environ un millier. Et si la rĂ©partition par rĂ©gions n'est pas encore connue, la tendance affichĂ©e en 2014 Ă©tait claire: prĂšs la moitiĂ© de ces actes avaient Ă©tĂ© commis Ă  l'Est, pourtant nettement moins peuplĂ©.
Électoralement, c'est dans l'ex-RDA que l'AfD, voire le mouvement nĂ©o-nazi NPD au niveau communal, font leurs meilleurs scores. L'AfD est crĂ©ditĂ©e de 17% des voix par un sondage pour les prochaines Ă©lections rĂ©gionales de mars en Saxe-Anhalt (est).
Manque de contact avec les étrangers et de culture démocratique du temps de la RDA? Retard économique ou sentiment de déclassement exacerbé à l'Est? Les tentatives d'explication sont nombreuses, sans qu'aucune à elle seule ne suffise.
Le facteur économique par exemple ne tient que partiellement en Saxe, région économiquement la plus dynamique de l'ex-RDA avec la Thuringe voisine.
"Il y a dans l'Ouest de l'Allemagne une sociĂ©tĂ© civile forte avec une culture du dĂ©bat solide, qui montre clairement aux extrĂ©mistes de droite qu'ils sont Ă  la marge", estime le sociologue spĂ©cialiste de l'extrĂȘme droite Matthias Quent.
A l'Est en revanche, le mouvement islamophobe "Pegida et d'autres groupes se sont emparĂ©s de l'espace public et l'ont dĂ©placĂ© vers la droite. Les slogans d'extrĂȘme droite sont acceptĂ©s (...) les gens Ă©conomiquement dĂ©classĂ©s ont moins Ă  perdre et il y en a plus actuellement Ă  l'Est", ajoute-t-il dans une rĂ©cente interview Ă  l'hebdomadaire Die Zeit.

Par Reinnier KAZE - © 2016 AFP
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