Un mariage via téléconférence

L'amour au temps du coronavirus, cela peut aller trĂšs vite

  • PubliĂ© le 29 mai 2020 Ă  10:16
  • ActualisĂ© le 29 mai 2020 Ă  10:40
Linda Delk et Ardell Hoveskeland se marient Ă  Alexandria, le 28 mai 2020 en Virginie

"Vous pouvez retirer votre masque et embrasser la mariée".

Deux septuagĂ©naires amĂ©ricains, qui avaient dĂ©cidĂ© de passer leur confinement ensemble aprĂšs un seul tĂȘte-Ă -tĂȘte, ont convolĂ© jeudi en justes noces. "En temps normal, on en serait encore Ă  l'heure des rendez-vous galants", relĂšve Linda Delk, 72 ans, la main serrĂ©e dans celle d'Ardell Hoveskeland, 78 ans. Mais le nouveau coronavirus les a forcĂ©s Ă  passer Ă  la vitesse supĂ©rieure, alors que leur histoire n'en Ă©tait qu'Ă  ses balbutiements.

Tous les deux Ă©prouvĂ©s par la perte d'un conjoint en 2019, ils se sont croisĂ©s pour la premiĂšre fois fin fĂ©vrier Ă  la Peace Lutheran Church d'Alexandria, prĂšs de Washington, pour la Chandeleur. "Il m'a saluĂ©e, il m'a plu et on a aidĂ© Ă  ranger ensemble Ă  la fin", raconte Linda. "Une semaine plus tard, on s'est retrouvĂ©s pour une soirĂ©e loto, on Ă©tait Ă  la mĂȘme table, on a pu discuter", ajoute Ardell.

Le couple convient de se revoir pour un dĂ©jeuner. "Ça a Ă©tĂ© notre seule sortie romantique", souligne l'ancien ingĂ©nieur en transport urbain. Deux jours plus tard, les autoritĂ©s appelaient en effet la population Ă  se calfeutrer chez elle. Eu Ă©gard Ă  leur Ăąge, les deux tourtereaux ne s'imaginaient pas dĂ©fier les rĂšgles. "Mais on a tous les deux rĂ©alisĂ© qu'on avait besoin d'un partenaire", confie Ardell.

AussitĂŽt dit, aussitĂŽt fait, sa tendre amie emmĂ©nage chez lui. "Ça semblait ĂȘtre la chose la plus naturelle au monde", s'amuse cette retraitĂ©e de l'universitĂ© Gallaudet pour sourds et muets. L'aventure Ă©tait risquĂ©e, "mais on ne s'est jamais sentis pris au piĂšge", dit-il. "On a fait beaucoup de choses que l'on aime tous les deux": marcher, regarder des vieux films, discuter...

- Une folie -

Un jour, en Ă©coutant un service religieux, le couple se sent saisi de la mĂȘme Ă©motion. Elle Ă©voque leur relation. "Est-ce que tu viens de me demander en mariage?" rĂ©torque-t-il, sans trop savoir qui a vraiment fait le premier pas. "On est immĂ©diatement allĂ©s dans une bijouterie commander des bagues, on les a eues le dernier jour avant que la boutique ne ferme complĂštement", raconte-t-il.

Jeudi, tout endimanchĂ©s, ils ont Ă©changĂ© ces anneaux devant leurs proches connectĂ©s via le service de tĂ©lĂ©confĂ©rence Zoom. Une amie australienne s'Ă©tait mĂȘme levĂ©e en pleine nuit pour suivre la cĂ©rĂ©monie en direct. "Dans la tradition chrĂ©tienne, vous ĂȘtes en train de faire une folie", a plaisantĂ© la pasteure Sarah Scherschligt, en essuyant une larme venue s'Ă©craser sur son masque. Il y a une raison Ă  son Ă©motion. "En septembre, j'ai enterrĂ© la femme d'Ardell", confiera-t-elle ensuite Ă  l'AFP.

En février, elle lui avait conseillé de discuter avec Linda. "Nous les pasteurs, nous jouons toujours un peu aux marieurs, nous aimons voir nos fidÚles heureux", reconnaßt-elle. Mais jamais elle n'aurait imaginé les unir aussi vite. "Ils se sont connus rapidement mais aussi de maniÚre plus restreinte", souligne-t-elle. Elle remarque par exemple que Linda n'a jamais rencontré la fille d'Ardell. "Il leur reste beaucoup de découvertes à faire, mais je ne les aurais pas mariés si je ne pensais pas qu'ils formaient un beau couple".

AFP

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