Origines de l'humanité

L'ancĂȘtre commun des humains modernes et de Neandertal sans doute plus ancien qu'on ne croyait

  • PubliĂ© le 16 mai 2019 Ă  09:30
  • ActualisĂ© le 16 mai 2019 Ă  09:46
Des dents d'hominidés trouvées dans les cavernes de Sima de los Huesos en Espagne, publiées par le University CollÚge de Londres

Les scientifiques qui enquĂȘtent sur les origines des humains ont rĂ©alisĂ© d'immenses progrĂšs grĂące Ă  l'amĂ©lioration rĂ©cente des techniques d'analyse de l'ADN ancien. Une nouvelle Ă©tude se repose sur une mĂ©thode alternative pour remonter dans le temps: l'analyse de dents humaines fossilisĂ©es.

L'Ă©tude, publiĂ©e mercredi dans la revue Science Advances, fait remonter Ă  une date plus ancienne que le consensus scientifique actuel l'Ăąge du dernier ancĂȘtre commun d'Homo sapiens (notre espĂšce) et des nĂ©andertaliens, soit 800.000 ans au lieu de 400.000 Ă  600.000 ans. Mais ces travaux, menĂ©s par Aida Gomez-Robles de l'University College de Londres, font dĂ©bat chez les anthropologues, dont certains contestent la prĂ©cision de la mĂ©thodologie utilisĂ©e par la chercheuse.

L'étude part d'une trentaine de molaires et prémolaires retrouvées dans les cavernes de Sima de los Huesos en Espagne, et qui appartenaient aux premiers hommes et femmes de Neandertal. Elle a aussi analysé des fossiles provenant de sept autres espÚces humaines anciennes. Les dents de Sima de los Huesos ont été datées en 2014 par des techniques fiables à 430.000 années. Cette datation indiquait déjà en soi que la "divergence" entre sapiens et Neandertal s'était donc produite avant 400.000 années.

Mais quand? Pour calculer Ă  quand remonte cet ancĂȘtre commun, la chercheuse a utilisĂ© un modĂšle statistique qui part du principe que la forme des dents humaines Ă©volue Ă  un rythme constant. Le but est de remonter suffisamment loin dans le temps pour trouver un ancĂȘtre capable Ă  la fois d'avoir conduit aux dents des humains de Sima de los Huesos, et aux dents des humains modernes.

C'est avec ce calcul qu'Aida Gomez-Robles arrive Ă  la conclusion que nos ancĂȘtres et ceux de Neandertal ont "divergĂ©" il y a 800.000 ans. La consĂ©quence immĂ©diate de ces travaux est qu'ils Ă©limineraient l'homme d'Heidelberg (Homo heidelbergensis) comme l'ancĂȘtre commun tant recherchĂ©.

- Divergence lente -

L'étude ne tranchera pas à elle seule le débat sur les origines de l'humanité, mais la professeure dit à l'AFP que l'étude des variations anatomiques "nous donne une image plus précise", notamment parce que l'extraction d'ADN de fossiles trÚs anciens reste trÚs difficile, souvent impossible. Le fait que l'ADN et les dents donnent des dates différentes conforte par ailleurs l'idée que les espÚces ne se sont pas séparées d'un coup, mais que la divergence s'est faite sur de trÚs longues périodes, pendant lesquelles les individus commencent à se différencier mais continuent à se cÎtoyer et à se reproduire.

"La divergence entre néandertaliens et humains modernes, ou les divergences entre n'importe quelles espÚces, ne sont pas des choses qui se produisent à un moment précis dans le temps", dit l'auteure de l'étude. "On sait aujourd'hui qu'il y a eu une hybridation entre néandertaliens et humains modernes."
Mirjana Roksandic, anthropologue Ă  l'universitĂ© de Winnipeg, a rĂ©cemment publiĂ© un article de recherche dĂ©crivant H. heidelbergensis comme non-Neandertal. Elle salue le travail menĂ©e par sa consoeur. "Elle trouve le moment oĂč les nĂ©andertaliens ont commencĂ© Ă  tracer leur propre route, c'est un rĂ©sultat trĂšs, trĂšs important", dit-elle Ă  l'AFP. "Les dents sont des fossiles, elles contiennent Ă©normĂ©ment d'informations".

D'autres sont plus modĂ©rĂ©s. L'anthropologue Bridget Alex, Ă  Harvard, qualifie la nouvelle mĂ©thodologie d'"utile", tout en soulignant qu'elle crĂ©ait de la tension entre les changements gĂ©nĂ©tiques et les changements physiques et physiologiques dans l'Ă©volution, qui peuvent se produire Ă  des rythmes diffĂ©rents. Susan Cachel, professeure d'Ă©volution humaine Ă  l'universitĂ© Rutgers, critique en revanche l'Ă©tude. "Si les ancĂȘtres des humains anatomiquement modernes et des nĂ©andertaliens ne viennent pas d'Homo heidelbergensis, d'oĂč viennent-ils? Un ancĂȘtre inconnu et mystĂ©rieux?"

"Il existe des variations dentaires extraordinaires chez les humains vivants", dit-elle, ce qui saperait l'une des hypothÚses du modÚle d'Aida Gomez-Robles. Par exemple, les Amérindiens actuels ont un type de prémolaire trÚs rare, "sans doute apparu dans les 15.000 ou 20.000 derniÚres années." "Je conteste par conséquent l'idée que les rythmes d'évolution dentaire soient invariablement lents".

AFP

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