Avec des vastes manoeuvres militaires

L'armée russe montre ses muscles aux portes de l'UE

  • PubliĂ© le 14 septembre 2017 Ă  16:33
  • ActualisĂ© le 14 septembre 2017 Ă  16:58
Le président russe Vladimir Poutine, le 5 septembre 2017 à Xiamen, en Chine

La Russie a lancé jeudi aux portes de l'Union européenne de vastes manoeuvres militaires conjointes avec le Bélarus, assurant qu'elles n'étaient dirigées "contre aucun pays" malgré les craintes de certains alliés de l'Otan.


Moscou s'efforce de rassurer sur ces exercices, répondant au nom de code Zapad-2017 ("Ouest-2017"), et qui doivent impliquer selon elle prÚs de 12.700 soldats pendant une semaine prÚs de la frontiÚre avec la Lituanie et la Pologne.
Dans le communiqué annonçant le début des manoeuvres jeudi, le ministÚre de la Défense a souligné qu'elles présentaient "un caractÚre purement défensif et (n'étaient) dirigées envers aucun pays en particulier".
L'armée russe organise tous les ans à cette période des exercices d'ampleur dans une région différente de Russie. Cette année, elles ont lieu au Bélarus, pays allié, dans l'enclave russe de Kaliningrad et dans plusieurs régions du nord-ouest de la Russie.
Autrement dit, prÚs de la Pologne et des pays baltes qui, depuis l'annexion de la Crimée en 2014 et l'éclatement du conflit dans l'est de l'Ukraine, ont été plus prompts à dénoncer Moscou comme une menace potentielle à leur souveraineté.
Certains pays, la Lituanie et l'Estonie en tĂȘte, doutent Ă©galement des chiffres avancĂ©s par l'Ă©tat-major russe pour ses exercices militaires et Ă©voquent plus de 100.000 soldats mobilisĂ©s du 14 au 20 septembre.
Les exercices Zapad-2017 "sont dĂ©signĂ©s pour nous provoquer, pour tester nos dĂ©fenses et c'est pour cela que nous devons ĂȘtre forts", a dĂ©clarĂ© dimanche le ministre britannique de la DĂ©fense Michael Fallon, s'inquiĂ©tant d'une Russie "de plus en plus agressive".
Plus tempéré, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a reconnu que les exercices Zapad-2017 ne constituaient pas une "menace imminente contre un allié" mais regretté un manque de transparence.
"La Russie est capable de manipuler les chiffres avec une grande aisance, c'est pourquoi elle ne veut pas d'observateurs étrangers. Mais 12.700 soldats annoncés pour des manoeuvres stratégiques, c'est ridicule", affirme à l'AFP l'expert militaire indépendant Alexandre Golts, selon lequel le véritable chiffre se situe néanmoins bien en deçà de 100.000 militaires.
Selon le cabinet spécialisé dans les questions de défense IHS Jane's, "les chiffres réels sont probablement plus élevés" que les chiffres officiels, car les manoeuvres impliquent non seulement des militaires mais aussi des membres des services de renseignement, de la Garde nationale, des services de secours et autres, susceptibles de faire monter le nombre de personnes impliquées autour de "80.000 à 100.000".


- 'Déploiement rapide' -


La Russie revendique son droit à mener des exercices militaires sur son territoire et dénonce en retour l'expansion de l'Otan à ses frontiÚres, l'Alliance disposant désormais de plus de 4.000 soldats déployés dans les pays baltes et en Pologne.
Dans un entretien publié jeudi, le jour du lancement des manoeuvres Zapad, à l'agence russe Ria-Novosti, Jens Stoltenberg, s'est montré conciliant: "L'Otan ne veut pas d'une nouvelle Guerre froide, ni d'une nouvelle course aux armements", a assuré le secrétaire général de l'Alliance atlantique, promettant de "continuer à s'efforcer d'améliorer les relations avec la Russie".
Alimentant le climat de tensions, les exercices russes se dĂ©roulent en outre au mĂȘme moment que des exercices en Ukraine impliquant l'armĂ©e amĂ©ricaine -- dont des soldats avaient dĂ©jĂ  dĂ©filĂ© en aoĂ»t pour la premiĂšre fois Ă  Kiev -- et des manoeuvres en SuĂšde mobilisant prĂšs de 19.000 soldats et simulant une attaque fictive venue d'un "opposant plus grand et sophistiquĂ©".
Le scénario des manoeuvres russes implique quant à lui de lutter contre des "groupes extrémistes" ayant infiltré le Bélarus et Kaliningrad depuis trois pays imaginaires mais aisément identifiable comme la Lituanie, la Lettonie et la Pologne.
"Tous les exercices russes travaillent sur le mĂȘme scĂ©nario: le dĂ©ploiement rapide de troupes", censĂ© dĂ©montrer la dĂ©termination de l'armĂ©e Ă  repousser l'ennemi mais sans envisager une attaque initiĂ©e par la Russie, explique Alexandre Golts.
Au delà des exercices Zapad-2017, l'armée russe et l'Alliance s'accusent mutuellement réguliÚrement de surenchÚre et de manoeuvres dangereuses entre leurs navires et leurs avions en Méditerranée et dans la Baltique.
DÚs la fin 2014, le président russe Vladimir Poutine avait entériné une nouvelle doctrine militaire qui faisait figurer l'Otan comme menace fondamentale pour son pays.

Par Yanan WANG - © 2017 AFP

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