France

L'Assemblée approuve le changement de statut de la SNCF

  • PubliĂ© le 10 avril 2018 Ă  03:49
  • ActualisĂ© le 10 avril 2018 Ă  04:38
Manifestation à Marseille contre la réforme de la SNCF le 9 avril 2018

L'Assemblée a donné son feu vert lundi soir au principe d'une nouvelle organisation de la SNCF en "société nationale à capitaux publics", au quatriÚme jour d'une grÚve toujours trÚs suivie des cheminots et avant une reprise "progressive" du trafic prévue mardi.


Au grand dam de la gauche de la gauche, les dĂ©putĂ©s ont donnĂ© leur aval par 74 voix contre 20 Ă  un amendement du gouvernement qui prĂ©voit qu'Ă  compter du 1er janvier 2020, "la sociĂ©tĂ© nationale Ă  capitaux publics SNCF et ses filiales constituent un groupe public unifiĂ©". Celui-ci sera soumis "aux dispositions du code de commerce relatives aux sociĂ©tĂ©s anonymes" et aura un capital "intĂ©gralement dĂ©tenu par l'État".

D'autres amendements qui restaient à examiner dans le cadre des débats en premiÚre lecture sur le texte, doivent autoriser le gouvernement à prendre par voie d'ordonnance dans un délai de 12 mois des mesures pour "fixer les conditions de création du groupe public" et ses "conditions de fonctionnement", notamment en matiÚre de gouvernance.

A l'ouverture des discussions, la ministre des Transports Elisabeth Borne avait défendu globalement une réforme "impérative" et plaidé pour un débat "délesté des fantasmes et des contre-vérités qui le polluent", notamment sur le changement de statut qui n'est pas une privatisation. Vantant une réforme "pour les usagers", elle avait aussi récusé toute volonté du gouvernement de "passer en force".

- "Thatcher relookée" -

Mais à l'unisson des syndicats, les Insoumis et communistes n'ont eu de cesse de monter au créneau contre la réforme, y compris en recourant à des débats de procédure avec des rappels au rÚglement. Ils ont accusé respectivement le gouvernement de "vouloir porter à la ceinture le scalp" des cheminots ou de bùtir la réforme "sur des contre-vérités".

Sur le statut de l'entreprise, "le modÚle de ce gouvernement, c'est (Margaret) Thatcher relookée", a notamment commenté le communiste Sébastien Jumel, tandis que pour L'Insoumis Loïc Prud'homme "c'est un premier pas vers la privatisation". Nouvelle Gauche a aussi affiché ses "divergences" sur la dette, les investissements ou encore le statut des cheminots, le nouveau patron du PS, Olivier Faure, prédisant au gouvernement qu'il va "rencontrer la colÚre" des Français.

En défense, plusieurs élus LREM ont appelé la gauche à "sortir des caricatures" ou défendu le "courage" de la réforme, Laurianne Rossi, ex-employée du groupe ferroviaire, dénonçant ceux qui voudraient "figer le train de la SNCF dans un passé de carte postale".

LR, pour qui la réforme n'est pas assez "courageuse", a aussi dénoncé "un texte bùclé", critiquant à l'instar de la gauche la méthode avec des amendements du gouvernement "arrivés en catimini". Le groupe de droite a aussi plaidé en vain pour inscrire dans la loi la sauvegarde des "petites lignes".
Interpellée tout au long des débats sur "l'angle mort" de la dette du groupe ferroviaire, la ministre a assuré que le gouvernement y travaillait "sérieusement", affirmant qu'il s'agit "d'éviter qu'elle se reconstitue".

Peu avant l'ouverture des débats en premiÚre lecture, plusieurs centaines de cheminots et sympathisants s'étaient rassemblés non loin du Palais Bourbon, pour défendre "l'avenir du service public ferroviaire". "Cheminots en colÚre" ou "ça va péter!", scandaient les manifestants, chasubles aux couleurs de leurs syndicats (CGT, Unsa, Sud, CFDT, FO) sur le dos. Environ 300 d'entre eux sont ensuite partis en manifestation sauvage vers la tour Eiffel avant de se disperser. Des rassemblements et défilés ont aussi eu lieu à Lyon, Lille, ou Marseille.

- Reprise "progressive" -

AprÚs une deuxiÚme séquence de deux jours de grÚve, et un trafic resté "trÚs perturbé" lundi, la SNCF prévoyait pour mardi une "reprise progressive" du trafic. La circulation des TGV sera normale mais les lignes régionales (Transilien et TER) et Intercités resteront légÚrement perturbées.

Face au conflit, qui a déjà coûté "une centaine de millions d'euros" à la SNCF selon son patron Guillaume Pepy, le Premier ministre avait assuré dimanche que l'exécutif irait "jusqu'au bout" de son projet. Pour Edouard Philippe, les grandes lignes de la réforme ne sont "pas négociables", la discussion n'étant possible que sur ses "modalités".

"Pour l'instant, on est face Ă  un mur" et les cheminots n'ont "aucun" autre choix que la grĂšve, a rĂ©pliquĂ© le leader de la CGT, Philippe Martinez. Son homologue de la CFDT, Laurent Berger, s'est inquiĂ©tĂ© d'une guerre des mots oĂč "chacun montre ses muscles".

Avec la concertation, le ministÚre des Transports "a occupé le terrain pour jouer la montre et maintenant on est devant le fait accompli", a relevé Roger Dillenseger (Unsa-ferroviaire). Le gouvernement "se limite à gagner du temps", jusqu'à ce que le passage à l'Assemblée soit terminé, a ajouté Erik Meyer (SUD-Rail). Resté discret jusqu'ici, le président Emmanuel Macron va entrer dans l'arÚne jeudi, dans le journal de 13H de TF1. Quelques heures avant le prochain épisode de grÚve.
AFP

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