Réseaux sociaux

L'avenir de TikTok aux Etats-Unis de plus en plus incertain

  • PubliĂ© le 2 aoĂ»t 2020 Ă  02:26
  • ActualisĂ© le 2 aoĂ»t 2020 Ă  18:08
Le président américain Donald Trump a menacé, tour à tour, de forcer le chinois ByteDance à céder l'application TikTok, puis de la bannir des Etats-Unis tout court

Les négociations entre Microsoft et TikTok étaient au point mort samedi, selon le Wall Street Journal (WSJ), à cause de l'opposition du président Donald Trump à un rachat par un groupe américain de l'application qu'il menace d'interdire.

La plateforme américaine, qui appartient au groupe chinois ByteDance, est soupçonnée par Washington de partager ses données avec Pékin, ce que l'entreprise a toujours fermement nié. Une acquisition du trÚs populaire réseau social, pour le rapatrier aux Etats-Unis, semblait à de nombreux acteurs en présence une solution idéale.

AprĂšs des semaines de rumeurs et de pression, la Maison Blanche avait d'ailleurs indiquĂ© vendredi que le prĂ©sident s'apprĂȘtait Ă  signer un ordre officiel pour obliger ByteDance Ă  se sĂ©parer de l'appli amĂ©ricaine, au nom de la protection de la sĂ©curitĂ© nationale. Et plusieurs mĂ©dias amĂ©ricains assuraient vendredi que le gĂ©ant de l'informatique Microsoft Ă©tait en nĂ©gociations avancĂ©es pour la racheter.

Mais vendredi soir, à bord de l'avion présidentiel, Donald Trump a annoncé d'une part qu'il "bannissait TikTok des Etats-Unis" et a précisé aux reporters qu'il n'était pas en faveur d'une opération de rachat des activités américaines de TikTok par une société de son pays. "J'ai ce pouvoir (d'interdire TikTok)", a-t-il assuré. "Je peux le faire avec un décret".

"Nous sommes ici pour rester", a déclaré samedi Vanessa Pappas, responsable de la branche Etats-Unis de TikTok, dans une vidéo enjouée sur l'application, à l'attention des utilisateurs inquiets. "Nous avons entendu votre déferlement de soutien et nous voulons vous dire merci. Nous n'avons pas l'intention de partir", a-t-elle insisté.

- Américanisation -

La plateforme de divertissement -- principalement des vidĂ©os musicales courtes -- compte prĂšs d'un milliard d'utilisateurs dans le monde. Sa popularitĂ© s'est encore renforcĂ©e Ă  la faveur des mois de pandĂ©mie et de distanciation sociale. Selon le WSJ, les nĂ©gociations entre Microsoft et TikTok auraient pu aboutir dĂšs lundi. Les deux sociĂ©tĂ©s attendent dĂ©sormais plus de clartĂ© de la part de la Maison Blanche, au cas oĂč celle-ci soit dĂ©cidĂ©e Ă  bloquer toute transaction.

"MĂȘme si nous ne faisons pas de commentaire sur les spĂ©culations, nous sommes confiants dans le succĂšs Ă  long terme de TikTok", a rĂ©agi le groupe.
"Je veux remercier les millions d'Américains qui utilisent TikTok tous les jours, apportant créativité et joie à nos vies quotidiennes", a déclaré Vanessa Pappas en ouverture de sa vidéo.

Elle s'est aussi dite "fiÚre" des 1.500 employés américains et a promis de créer "10.000 emplois additionnels dans ce pays au cours des trois prochaines années". "Nous sommes ici pour rester. Continuez à faire entendre votre voix ici et continuons à soutenir TikTok !" Ces derniers mois, le réseau social a tenté de démontrer que son identité et ses pratiques était solidement ancrées aux Etats-Unis.

Le 1er juin, Kevin Mayer, l'ancien responsable des plateformes de streaming de Disney (Disney+, Hulu et ESPN+), a pris la tĂȘte de la plateforme. Il est chargĂ© de superviser les ventes, le marketing, les relations publiques, la sĂ©curitĂ©, la modĂ©ration des contenus et les affaires juridiques de TikTok, en rapportant directement Ă  Zhang Yiming, fondateur et PDG de ByteDance.

- Pas de quartier -

Début juillet, l'application a interrompu son activité à Hong Kong à cause de la récente loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, qui donne plus de pouvoirs à la police, notamment en matiÚre de surveillance.

Une décision alignée sur celle des autres grands réseaux sociaux californiens: Facebook, YouTube (Google) et Twitter venaient d'annoncer qu'ils ne répondraient plus aux demandes d'informations sur leurs utilisateurs émanant des autorités de Hong Kong, par respect pour la liberté d'expression.
Pas de quoi convaincre le gouvernement américain.

Le CFIUS, l'agence chargĂ©e de s'assurer que les investissements Ă©trangers ne prĂ©sentent pas de risque pour la sĂ©curitĂ© nationale, enquĂȘtait sur TikTok.
"Nous devons ĂȘtre vigilants sur le risque que des donnĂ©es privĂ©es et sensibles soient transfĂ©rĂ©es Ă  des gouvernements abusifs, y compris le nĂŽtre", est intervenue Jennifer Granick de la puissante organisation de dĂ©fense des droits civiques ACLU.

"Mais bannir une plateforme, mĂȘme si c'Ă©tait lĂ©galement possible, nuit Ă  la libertĂ© d'expression en ligne et ne fait rien pour rĂ©soudre le problĂšme plus vaste de la surveillance gouvernementale non justifiĂ©e", a-t-elle ajoutĂ©.

Lors du meeting de campagne de Donald Trump à Tulsa (Oklahoma) fin juin, marqué par des rangées de siÚges vides et la vidéo d'un président visiblement dépité, des adolescents avaient proclamé sur TikTok qu'ils avaient commandé de nombreux billets d'entrées avec la ferme intention de ne pas y aller.

AFP

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