Sur le lac Dal baignant les rives de Srinagar, lieu de villégiature estivale du Cachemire indien, les trÚs typiques hÎtels flottants et embarcations aux décorations multicolores sont désespérément vides: les touristes ont déserté la zone, bouclée par les autorités indiennes.
Renommé pour ses paysages à couper le souffle, ses montagnes enneigées et ses lacs paisibles, le Cachemire est habituellement sillonné par une foule de touristes, en provenance d'Inde et des quatre coins du monde. Mais au début du mois d'août, la région himalayenne a été littéralement vidée de ses touristes par les autorités indiennes, qui leur ont intimé l'ordre de partir "immédiatement" en raison de "menaces terroristes".
- Touristes chassés -
L'annonce a aussitÎt provoqué l'exode des visiteurs de ce territoire à majorité musulmane. Quelques jours plus tard, un couvre-feu et le blocage des communications coupaient la région du monde extérieur, en amont de la révocation de son autonomie décidée le 5 août par New Delhi. Un coup trÚs dur pour le secteur du tourisme qui emploie 100.000 personnes et se trouve désormais privé d'une manne estimée à 500 millions de dollars par an.
D'autres activités qui profitent du tourisme telles que l'artisanat, l'horticulture et les transports, sont également à la peine. Les représentants des autorités indiennes "se sont rendus dans tous les hÎtels flottants, tous les hÎtels et toutes les rues pour obliger tous les touristes à quitter le Cachemire", déclare à l'AFP Yaqoob, propriétaire d'un "shikara", l'une de ces longues embarcations traditionnelles, décorées de motifs aux couleurs vives, qu'empruntent les touristes pour de romantiques navigations sur le lac Dal. "Encore maintenant, ils font le tour des hÎtels pour vérifier que tout le monde est bien parti", ajoute-t-il.
Plus d'un demi-million de touristes a visité la vallée au cours des sept premiers mois de l'année, dont 150.000 le mois dernier, selon des données officielles.
- Soldats, barbelés et contrÎles -
Sans compter les quelque 340.000 touristes hindous en pÚlerinage religieux qui visitaient la région en juillet quand l'alerte au terrorisme a été donnée. Quelques jours plus tard, une chape de plomb s'est refermée sur la vallée. Seulement 150 touristes étrangers ont circulé à travers le Cachemire depuis le 5 août, principalement des individus qui avaient organisé leur voyage longtemps à l'avance.
Les rues habituellement animĂ©es oĂč, il y a encore trois semaines, se bousculaient habitants vaquant Ă leurs occupations et touristes en exploration, ne sont Ă prĂ©sent arpentĂ©es que par les milliers de soldats indiens supplĂ©mentaires dĂ©ployĂ©s pour assurer la sĂ©curitĂ©. Un demi-million s'y trouve dĂ©jĂ en temps normal. Rouleaux de barbelĂ©s et points de contrĂŽle entravent dĂ©sormais toute circulation.
"Ce n'est pas du tout ce que nous attendions", confie à l'AFP un couple de Taïwanais, rarissimes touristes encore présents à Srinagar. Ils avaient prévu ce voyage un an auparavant.
"Aujourd'hui, rares sont les gens qui peuvent se passer de technologie au quotidien, sans internet (...) c'est vraiment dur pour les gens, surtout les touristes", ajoutent-ils. "Toute cette situation nous effraie".
- "Suisse de l'Orient" -
Le nombre de vacanciers au Cachemire sous contrÎle indien, évalué à 1,3 million en 2012, a chuté à 850.000 en 2018, selon les chiffres du gouvernement indien.
La soi-disant "Suisse de l'Orient" est une destination difficile à promouvoir dans le contexte actuel. L'économie, l'emploi et le développement du Cachemire bénéficieront de leur contrÎle direct, ont assuré les autorités indiennes.
"C'est un mensonge. Personne n'allait s'attaquer aux pÚlerins (hindous)", s'insurge auprÚs de l'AFP Basheer, propriétaire d'un hÎtel flottant, pour qui "ils voulaient révoquer l'autonomie et ont utilisé cette fausse alerte au terrorisme".
Sans perspective d'une sortie de crise, les habitants redoutent que les touristes se tiennent Ă©loignĂ©s pour longtemps. "Quand vos affaires sont Ă l'arrĂȘt et que vous ĂȘtes privĂ©s de vos droits Ă©lĂ©mentaires, on ne peut espĂ©rer que nous demeurions raisonnables", dĂ©clare Ă l'AFP Sameer Wani, un marchand de produits d'artisanat. Pour lui, "la situation risque de mal tourner bientĂŽt".
AFP



