Le bruit, pollution invisible qui mine la santé des New-Yorkais

  • PubliĂ© le 20 aoĂ»t 2025 Ă  12:20
  • ActualisĂ© le 20 aoĂ»t 2025 Ă  17:49
Embouteillage dans le quartier de Manhattan, le 29 juillet 2025 Ă  New York

Omniprésent mais largement négligé, le bruit constitue une véritable menace pour la santé publique.

À New York, il alimente stress, troubles du sommeil et maladies cardiovasculaires, mais reste traitĂ© comme une nuisance mineure, loin derriĂšre la pollution de l'air.

Tim Mulligan, 43 ans, évite désormais de prendre le métro. Mais dans une ville à la circulation hyper dense, dominée par le bruit des marteaux-piqueurs et des sirÚnes, ce vétéran souffrant de stress post-traumatique n'échappe pas à la cacophonie.

"J'ai recouvert ma fenĂȘtre de mousse acoustique, installĂ© des doubles rideaux, je dors avec des bouchons d'oreilles et je me dĂ©place avec des casques Ă  rĂ©duction de bruit", raconte Ă  l'AFP ce rĂ©sident de Manhattan qui vit prĂšs de Times Square.

Le métro - aérien ou sous-terrain -, le trafic automobile, les bars, les hélicoptÚres, les travaux : New York résonne en permanence.

Une conversation normale atteint 50 à 65 décibels. La circulation automobile se situe entre 70 et 85. Un marteau-piqueur peut grimper jusqu'à 110. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser en moyenne 70 décibels au quotidien. Or, à New York, cette limite est franchie presque partout.

Les chiffres confirment ce que les oreilles subissent : en 2024, la ligne d'appel du 311 - le numéro des services municipaux - a reçu plus de 750.000 plaintes pour nuisances sonores, la réclamation la plus fréquente dans la ville. Au 14 août 2025, on en comptait déjà prÚs d'un demi-million.

Et pourtant, la mĂ©gapole fait figure d'exception aux États-Unis : elle dispose d'un "Code du bruit", qui fixe des seuils et prĂ©voit des sanctions, et a mĂȘme dĂ©ployĂ© des camĂ©ras Ă©quipĂ©es de capteurs sonores pour verbaliser les automobilistes trop bruyants.

Mais les experts jugent la réponse largement insuffisante.

- Toutes les catégories d'ùge concernées -

Le professeur de l'Université du Michigan et spécialiste de santé publique Richard Neitzel coordonne depuis 2019 avec Apple une vaste étude nationale : plus de 200.000 volontaires portent une montre connectée qui enregistre leur exposition sonore.

Les premiers résultats sont alarmants : "Un quart des Américains sont exposés à des niveaux qui menacent leur audition à long terme", souligne-t-il.

A New York, selon une étude qu'il avait réalisée entre 2010 et 2012 avec l'Université Columbia, les chiffres étaient pires encore : "Nous avions mesuré qu'environ un New-Yorkais sur dix risquait de subir une perte auditive simplement en prenant le métro tous les jours."

Et les conséquences vont bien au-delà des oreilles : manque de sommeil, augmentation du risque d'accident cardiovasculaire ou cérébral, dépression, troubles cognitifs... La liste des effets connus s'allonge, sans provoquer de réaction politique majeure.

Car "contrairement Ă  la pollution de l'air, (...) le bruit ne reçoit pas la mĂȘme attention du grand public" et des autoritĂ©s, regrette le chercheur.

Toutes les catégories d'ùge et de population sont concernées, mais certaines plus que d'autres.

Les jeunes adultes de 18 à 25 ans s'exposent massivement via les écouteurs de leur téléphone, souvent à des volumes trop élevés. Dans les quartiers populaires, l'environnement sonore est souvent plus intense, en raison des grands axes routiers et des chantiers.

Pour l'audiologiste Michele DiStefano, directrice du centre Shelley et Steven Einhorn, "plus l'exposition est forte et prolongĂ©e, plus la perte auditive sera sĂ©vĂšre. Et il n'y a pas de retour possible", mĂȘme si on peut Ă©videmment "prĂ©venir" ce risque.

Le paradoxe est que, dans certains lieux, le bruit est volontairement recherché. Dans un restaurant mexicain du quartier de Hudson Yards à la musique assourdissante, le gérant Shane Newman l'admet sans détour : "Avec la musique, l'ambiance paraßt plus festive. Les clients restent plus longtemps, consomment plus."

À l'inverse, d'autres Ă©tudes montrent que le bruit accĂ©lĂšre la rotation des tables, augmentant la rentabilitĂ© des Ă©tablissements.

AFP

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