Spectacle

Le cabaret de Kirwiller attire les danseurs du monde entier, sevrés par le coronavirus

  • PubliĂ© le 3 octobre 2020 Ă  10:14
  • ActualisĂ© le 3 octobre 2020 Ă  11:08
Répétitions au "Royal Palace" à Kirrwiller le 1er octobre 2020

"Plus de danseurs ont postulé parce que personne n'avait de travail" : au cabaret "Royal Palace" de Kirrwiller (Bas-Rhin), dont les lumiÚres se rallument samedi, le coronavirus a tronqué la saison mais dopé les candidatures d'artistes sevrés de contrats qui ont afflué des quatre coins du monde.

En cette fin de semaine, c'est l'effervescence sur la scĂšne et dans les coulisses du plus gros cabaret de province: aprĂšs sept mois d'arrĂȘt forcĂ©, la reprise se profile, avec samedi soir la grande premiĂšre de la nouvelle revue baptisĂ©e "Talents".

Les techniciens rÚglent les derniers détails tandis qu'en coulisses, les artistes finissent de se préparer pour le filage d'un spectacle piochant allÚgrement dans les ingrédients qui ont fait le succÚs de cette salle nichée en pleine campagne alsacienne : danses, prestidigitation, acrobaties, chants...

Mais Covid oblige, ce début de saison aura une saveur particuliÚre : "on aura 470 personnes" samedi dans une salle d'un millier de places et dont la jauge a été fixée à 700, explique son fondateur, Pierre Meyer, 67 ans.

- "Castings en ligne" -

Le protocole sanitaire est "strict", poursuit ce pionnier du music hall rural : portique de désinfection à l'ozone, masque obligatoire pour les spectateurs durant le show, salle et coulisses désinfectées aprÚs les représentations... Quant aux artistes, ils ont subi deux tests PCR et leur température est prise quotidiennement.

QuatriÚme gros cabaret à rouvrir en France aprÚs Michou, le Crazy Horse et le Paradis Latin, le "Royal" accueille normalement plus de 200.000 spectateurs chaque saison. Cette année, ses recettes vont sérieusement plonger : "on va avoir 6 millions de pertes", lùche, laconique, M. Meyer.

Une situation à l'image du monde du spectacle, étranglé par une crise sanitaire qui s'éternise. Une saison de vaches maigres aussi pour des artistes priés du jour au lendemain de remiser leurs costumes de scÚne au vestiaire.

Pour s'adapter et anticiper la saison suivante, le "Royal" a dû innover, notamment dans son recrutement. "Cette année était complÚtement différente", explique Camilla Keutel, ex-danseuse à Kirrwiller et qui a piloté en mars et avril le casting de la saison 2020-2021.

Avec la fermeture des frontiĂšres, exit les auditions en situation rĂ©elle. Camilla a donc optĂ© pour des castings en ligne : "j'ai eu 300 candidatures", explique-t-elle. Dans une annĂ©e normale, "j'ai environ 150 auditions physiques", poursuit cette Anglaise installĂ©e en Allemagne oĂč elle organise des spectacles.

"Nous avons eu des (candidatures) d'Afrique du Sud, d'Amérique du Sud, du Canada, d'Australie, de Nouvelle-Zélande...", une diversité "inhabituelle" pour Kirrwiller, qui puise plutÎt dans les viviers anglais ou ukrainiens. "Plus de danseurs ont postulé parce que personne n'avait de travail", analyse-t-elle.

Sur les 300 postulants, six ont finalement été retenus (cinq femmes et un homme) pour intégrer la troupe de 21 danseuses et danseurs du "Royal", bien heureux de décrocher un contrat de 10 mois en pleine disette.

Parmi eux, Tyrone Lang, danseur australien de 27 ans. "Le confinement en Australie a été trÚs strict", et "passer de 48 heures de danse par semaine à rien, ça fait beaucoup", glisse ce jeune Melbournien.

- "Chanceux" -

Quand la pandĂ©mie s'est dĂ©clenchĂ©e, Valerie De Haan, 22 ans, s'apprĂȘtait "Ă  voyager dans le monde entier" : "je devais danser sur un bateau de croisiĂšre", un secteur pourvoyeurs d'emplois pour les artistes mais que le Covid a placĂ© en cale sĂšche, se lamente la NĂ©erlandaise.

Pour Lacey Edwards, 2020 aurait dĂ» ĂȘtre son annĂ©e "la plus remplie", avec des contrats au Japon et Ă  Macao. LĂ  encore, coup d'arrĂȘt brutal : "dans mon pays, aucun de mes amis ne travaille. L'Angleterre est trĂšs affectĂ©e" par le virus, explique cette Britannique de 23 ans.

Avant le Covid, "ça marchait trĂšs, trĂšs bien... Du jour au lendemain, tout s'est arrĂȘtĂ©", explique Nicolas Besnard, 42 ans, qui exĂ©cute un numĂ©ro d'acrobatie avec sa compagne Ludivine Furnon. Le duo a pu retomber sur ses pattes grĂące Ă  un contrat avec le "Royal".

"On se sent chanceux quand on voit nos collÚgues sur le carreau en ce moment", poursuit le quadragénaire. "On redémarre la machine, on a hùte!"

AFP

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