Justice

Le Canada lance le processus d'extradition vers les Etats-Unis d'une dirigeante de Huawei

  • PubliĂ© le 2 mars 2019 Ă  14:35
  • ActualisĂ© le 2 mars 2019 Ă  15:32
Le Canada a lancé le 1er mars 2019 le "processus d'extradition" vers les Etats-Unis de Meng Wanzhou, directrice financiÚre de Huawei

La justice canadienne a lancé vendredi le processus d'extradition vers les Etats-Unis de la directrice financiÚre du géant chinois des télécoms Huawei, Meng Wanzhou, la Chine dénonçant dans la foulée "un incident politique grave" qui devrait envenimer la crise diplomatique bilatérale.

Un mois aprĂšs la publication par la justice amĂ©ricaine d'une longue liste de chefs d'inculpation contre ce fleuron chinois et contre Mme Meng, arrĂȘtĂ©e dĂ©but dĂ©cembre au Canada, "les fonctionnaires du ministĂšre de la Justice du Canada ont dĂ©livrĂ© un arrĂȘtĂ© introductif d'instance, commençant officiellement le processus d'extradition", a annoncĂ© le gouvernement canadien.

Le ministÚre américain de la Justice accuse Huawei et sa directrice financiÚre d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran, mais aussi d'avoir, via deux filiales, volé des secrets industriels du groupe de télécoms américain T-Mobile.
Huawei a dĂ©menti Ă  plusieurs reprises avoir commis le moindre mĂ©fait. Le numĂ©ro 2 mondial des smartphones affirme n'avoir "pas connaissance d'actes rĂ©prĂ©hensibles de la part de Mme Meng" et ĂȘtre "persuadĂ© que les tribunaux amĂ©ricains aboutiront Ă  la mĂȘme conclusion".

La Chine a indiqué samedi avoir protesté officiellement auprÚs des autorités canadiennes.
"Il s'agit d'un incident politique grave", a dénoncé dans un communiqué Lu Kang, un porte-parole du ministÚre chinois des Affaires étrangÚres, soulignant "le fort mécontentement et la ferme opposition" de Pékin.
L'ambassade de Chine au Canada a elle jugé qu'il "ne s'agit pas d'une simple affaire judiciaire, mais d'une persécution politique à l'égard d'une entreprise chinoise de haute technologie".
La décision canadienne démontrera "si le Canada adhÚre (au principe de) l'indépendance judiciaire ou non", a indiqué son porte-parole, réclamant qu'Ottawa refuse la demande d'extradition des Etats-Unis et "relùche immédiatement" Mme Meng.

'Pas un procĂšs'

La décision de lancer le processus d'extradition "fait suite à un examen approfondi et diligent de la preuve pour cette affaire", a expliqué la justice canadienne.
"Il existe suffisamment de preuves à présenter devant un juge d'extradition pour une décision", a ajouté le parquet canadien qui insiste que "l'audition de la demande d'extradition n'est pas un procÚs".

Fille du fondateur de Huawei, Mme Meng a Ă©tĂ© remise en libertĂ© conditionnelle Ă  la mi-dĂ©cembre Ă  Vancouver, oĂč elle possĂšde deux rĂ©sidences, moyennant le dĂ©pĂŽt d'une caution de 10 millions de dollars canadiens (6,6 millions euros), le port d'un bracelet Ă©lectronique et la remise de ses passeports.
Elle doit comparaĂźtre mercredi prochain devant un juge de cette ville "pour confirmer qu'un arrĂȘtĂ© introductif d'instance a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© et prĂ©voir une date pour l'audience en matiĂšre d'extradition", a expliquĂ© la justice canadienne.
L'arrestation de Mme Meng a créé une crise diplomatique sans précédent entre Ottawa et Pékin.
La Chine y voit une tentative de miner son fleuron des télécoms, bien que depuis le début, le Premier ministre Justin Trudeau n'a eu de cesse d'affirmer qu'il n'y avait jamais eu "d'intervention politique" et que le Canada était "un Etat de droit".

Crise pour Trudeau

La décision de vendredi "a été prise par les fonctionnaires du ministÚre de la Justice du Canada, qui font partie d'un service public non partisan", a souligné le parquet canadien, répétant que "le Canada est un pays régi par la primauté du droit".
Les autoritĂ©s chinoises ont, depuis l'arrestation de Mme Meng, arrĂȘtĂ© deux Canadiens tandis qu'un tribunal chinois en a condamnĂ© Ă  mort un troisiĂšme, mais PĂ©kin assure que ces mesures sont sans lien avec l'affaire Huawei.
La décision finale sur l'extradition ou non de Meng Wanzhou reviendra au nouveau ministre canadien de la Justice, David Lametti.
Il y a un mois, le gouvernement chinois, accusant les Etats-Unis de "visées politiques" et de "manipulations politiques", avait pressé Ottawa de libérer rapidement la directrice financiÚre de Huawei. Mais David Lametti avait immédiatement averti: la procédure pourrait "durer longtemps".

Cette affaire intervient alors que le gouvernement de Justin Trudeau traverse sa pire crise politique depuis son arrivée au pouvoir en 2015. M. Trudeau et son entourage sont accusés par l'ex-ministre de la Justice d'avoir exercé sur elle des pressions "inappropriées afin de parvenir à un accord à l'amiable" avec un géant canadien du BTP poursuivi pour corruption en Libye.

AFP

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