Désinformation

Le citoyen Donald Trump sera moins libre sur Twitter

  • PubliĂ© le 7 novembre 2020 Ă  10:38
  • ActualisĂ© le 7 novembre 2020 Ă  12:08
Donald Trump Ă  Washington le 5 novembre 2020

GĂ©rer l'irascible Donald Trump fait partie pour les rĂ©seaux sociaux de ces combats sans issue, Ă  la frontiĂšre brumeuse entre lutte contre la dĂ©sinformation et respect de la libertĂ© d'expression. Et le problĂšme ne disparaĂźtra pas le jour oĂč il ne sera plus prĂ©sident des Etats-Unis.

Quand il quittera la Maison Blanche, le milliardaire républicain redeviendra un justiciable lambda aux yeux des Etats-Unis, et un utilisateur comme les autres de Twitter, son canal de communication favori.

Il bénéfice actuellement de l'exception accordée aux dirigeants politiques par le réseau des gazouillis: "Notre approche concernant les dirigeants mondiaux, les candidats et les responsables publics est fondée sur le principe que les personnes doivent pouvoir choisir de voir ce que disent leurs leaders, avec du contexte clair", a expliqué un porte-parole du groupe basé à San Francisco.

Cette exception ne s'applique qu'aux "leaders en exercice et aux candidats, pas aux citoyens une fois qu'ils n'occupent plus ces positions", a ajouté Twitter, rappelant aussi que les personnalités politiques n'étaient pas au-dessus des lois du réseau en cas d'apologie du terrorisme ou de pédophilie, entre autres.

En clair: lĂ  oĂč les tweets mensongers ou menaçants d'un utilisateur pourraient ĂȘtre supprimĂ©s, ceux du prĂ©sident - nombreux - sont simplement masquĂ©s. Mais quand il sera redevenu le "citoyen Trump", "s'il continue Ă  appeler Ă  la violence et Ă  enfreindre le rĂšglement, Twitter, Facebook, YouTube et tous les autres devront prendre le problĂšme au sĂ©rieux et ne pas hĂ©siter Ă  le bannir en cas de besoin", commente Hany Farid, spĂ©cialiste des rĂ©seaux sociaux Ă  l'universitĂ© de Berkeley.

- Droit fondamental -

Twitter peut, s'il le juge nécessaire, suspendre un compte de façon permanente et interdire la création de nouveaux profils en cas d'infractions graves et répétées.

Donald Trump se plaint déjà réguliÚrement que les réseaux, surtout Twitter, "censurent" son camp politique et ne respectent pas la liberté d'expression. Mais un tel biais n'a jamais été prouvé dans les faits, au contraire, comme le montre la capacité de groupes de droite à mobiliser les foules sur les plateformes.

Surtout, "les gens confondent le droit de dire des choses et le droit de les amplifier en s'adressant à davantage de personnes. Les réseaux sociaux, c'est l'amplification, et ce n'est pas un droit fondamental", analyse le professeur.

"Quand vous créez un compte, vous acceptez les rÚgles de ces entreprises privées", continue-t-il. "Je ne vois aucun républicain se plaindre de l'interdiction de la pornographie sur Facebook".

Le président a fait de Twitter sa tribune de prédilection. Elle lui a longtemps permis de s'adresser directement à ses partisans et à ses détracteurs, sans filtre... Jusqu'à ce que les plateformes ne doivent sévir, sous la pression de la société civile.

Mais les mensonges et emportements sur des sujets aussi graves que la santé, au début de la pandémie de Covid-19, ou sur les manifestations antiracisme cet été, ont fait déborder le vase.

Donald Trump ne peut donc plus vraiment partir en roue libre sur les réseaux, qui se comportent de plus en plus comme des médias, en prenant des décisions éditoriales. Plusieurs chaßnes américaines ont interrompu jeudi soir la diffusion d'une allocution du président, estimant qu'il faisait de la désinformation.

- La voie de la raison -

A grands coups de lettres majuscules, le prĂ©sident amĂ©ricain tempĂȘte depuis mardi soir qu'il a gagnĂ© des Etats-clĂ©s oĂč le dĂ©pouillement est toujours en cours, que les dĂ©mocrates organisent des fraudes Ă©lectorales pour lui "voler" l'Ă©lection. "Tous les votes qui arrivent aprĂšs l'Ă©lection ne seront pas comptĂ©s!" s'exclamait-il encore jeudi, Ă  tort, Ă  l'attention de ses 88 millions d'abonnĂ©s.

Twitter a masquĂ© ce message et une douzaine d'autres, y compris des vidĂ©os, avec la mĂȘme mention: "Une partie ou la totalitĂ© du contenu partagĂ© dans ce tweet est contestĂ©e et susceptible d'ĂȘtre trompeuse quant au mode de participation Ă  une Ă©lection".

Les tweets ne peuvent pas ĂȘtre aussi facilement partagĂ©s que d'ordinaire, mais ils restent lisibles d'un clic, au grand dam de certaines ONG qui demandent leur retrait, au nom de la lutte contre la dĂ©sinformation.

Casey Fiesler, professeure en sciences de l'information Ă  l'universitĂ© de Colorado Boulder, estime que c'est une "stratĂ©gie raisonnable" entre l'intĂ©rĂȘt du public Ă  savoir que le chef d'Etat prĂ©tend avoir gagnĂ© et l'impĂ©ratif de ne pas les induire en erreur.

Mais les avertissements de Twitter, et ceux, similaires, de Facebook, n'ont pas empĂȘchĂ© les vitupĂ©rations du candidat de se traduire en manifestations de militants rĂ©publicains, jusque devant des bureaux de vote, de l'Arizona Ă  la Pennsylvanie, pour appeler Ă  "arrĂȘter de compter" ou Ă  ne compter que "les votes lĂ©gaux", selon la formule de Donald Trump.

AFP

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