Justice

Le "courage" des femmes, "l'absence" de Baupin et la relaxe requise pour les médias

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2019 Ă  00:10
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2019 Ă  06:18
Denis Baupin, alors vice-président de l'Assemblée nationale, à Paris le 2 décembre 2015

Restera le "courage" des femmes et "l'absence" de Denis Baupin: le parquet a requis vendredi la relaxe des médias poursuivis en diffamation au cÎté de celles qui ont accusé l'ex-député écologiste d'agression sexuelle ou de harcÚlement.

"Aucun Ă©lĂ©ment dans cette audience ne permet de remettre en cause la sincĂ©ritĂ© des tĂ©moignages", a estimĂ© la procureure Florence Gilbert, qui a qualifiĂ© l'enquĂȘte de Mediapart et de France Inter de "sĂ©rieuse".

"Je commence par saluer le courage de ceux qui se sont présentés à votre barre", a-t-elle dit, pour mieux remarquer "l'absence" du plaignant.
Au fil des débats, le procÚs de la presse s'était mué en charge contre l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale: huit femmes ont raconté des "SMS salaces", des "gestes déplacés" et des "agressions": "les deux mains sur les seins", le "pied coincé dans la porte", "une caresse trÚs douce ressentie comme une grande violence".
L'audience a été le théùtre d'une douloureuse introspection au sein d'un parti revendiquant ses combats pour le féminisme et la parité.
Un affrontement entre la gĂ©nĂ©ration des pionniers comme Dominique Voynet qui n'ont "rien vu", se sont indignĂ©s et n'auraient "jamais couvert" des agressions, et la jeune gĂ©nĂ©ration qui a regrettĂ© la "complaisance avec la violence". Ce parti oĂč "on savait tous et on savait presque tout", selon les mots de StĂ©phane Sitbon, l'ancien bras-droit de CĂ©cile Duflot, ex-secrĂ©taire nationale des Verts.

"Impérieuse lutte contre le silence"

Pour les mĂ©dias poursuivis, ce procĂšs restera comme celui de la "fin de l'omerta" pour des femmes en butte Ă  la domination masculine et dont "la parole a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e": "la premiĂšre affaire #MeToo", avant mĂȘme le scandale Harvey Weinstein.
Tout a commencé le 9 mai 2016, quand Mediapart et France Inter publient les premiers articles faisant état d'accusation d'agressions sexuelles ou de harcÚlement, citant huit femmes dont quatre élues écologistes.
Le lendemain, la justice se saisit. En mars 2017, le parquet de Paris classe sans suite son enquĂȘte, considĂ©rant que si certains des faits dĂ©noncĂ©s Ă©taient "susceptibles d'ĂȘtre qualifiĂ©s pĂ©nalement", ils sont "cependant prescrits".
Denis Baupin a toujours nié, arguant de "jeux de séduction" entre "adultes". Une "drague lourdingue" selon son avocat mais qu'on "ne peut pas qualifier pénalement".

Me Emmanuel Pierrat a tout tentĂ© pour dĂ©crĂ©dibiliser l'enquĂȘte journalistique, qu'il juge "bĂąclĂ©e", "Ă  charge", suggĂšre la possibilitĂ© d'un rĂšglement de compte au sein du parti.
"Parole contre parole, on ne peut pas trancher", estime-t-il. Evoquant le témoignage de Cécile Duflot, venue raconter en larmes comment Denis Baupin avait tenté de forcer sa porte, il décrit "une vengeance" politique, regrette que son client ait été "traßné dans la boue".

Une lecture du dossier qui a fait rĂ©agir la procureure: "On ne fait pas le procĂšs de M. Baupin. On ne peut pas non plus tordre l'enquĂȘte pour dire qu'il est innocent". Elle a rappelĂ©, "parce que visiblement l'avocat du plaignant ne l'a pas compris", le parquet aurait bel et bien poursuivi M. Baupin si les faits n'avaient pas Ă©tĂ© prescrits.
"La seule qualité de ce procÚs aura été de mettre en oeuvre une impérieuse lutte contre le silence" qui entoure les violences sexuelles, conclut la magistrate.

La défense a dénoncé "un prédateur" et une "forme d'impunité" prolongée par son absence. "Baupin, c'est l'homme qui veut laver son honneur, qui organise un duel mais n'envoie que ses témoins", a tancé Me Jean-Yves Moyart, avocat de Sandrine Rousseau, une des ex-cadres d'EELV accusatrice de l'ancien député.
"Il y a des oreilles qui saignent quand on vient vous dire que mettre la main sur les seins, c'est de la drague lourde, de pataud provincial", a tonné Me Yann Le Bras, dénonçant la défense "indigne" de Denis Baupin.
Claire Moléon, avocate d'Isabelle Attard, qui a reçu des dizaines de SMS, explique qu'une "drague lourde, c'est une drague subie, on n'est déjà plus dans le consentement".
"C'est un procÚs historique. J'ai compté, dans cette salle, il y a 48 femmes. Selon les statistiques, 25 ont connu des violences sexuelles", a relevé Me Moléon, qui "ressent ce que peut ressentir" chacune de ces femmes.

Tous ont appelé le tribunal à envoyer un message puissant, qui rende justice au courage de celles qui sont mises "debout": "Il faut que votre décision dise: n'ayez plus peur, parlez!".

AFP

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