Louanges à Dieu aprÚs les matches, photos de pÚlerinage à la Mecque ou Neymar qui s'affiche avec un bandeau "100% Jésus" sur le terrain... Certains footballeurs sont trÚs croyants et décrivent leur foi comme un élément de stabilité familiale ou personnelle, quand ils ne comptent pas un peu sur elle pour remporter leurs matches.
"La proximitĂ© entre religion et foot n'est pas rĂ©cente", rappelle Nicolas Vilas, auteur de Dieu Football Club (Hugo Sport). Dans son livre, le journaliste cite le patronage historique du catholicisme dans le football français, comme Ă Auxerre oĂč l'AbbĂ© Deschamps, l'un des crĂ©ateurs du club en 1905, a laissĂ© son nom au stade.
Mais de nouvelles pratiques religieuses ont grandi au fil des années dans le foot comme dans le reste de la société, avec la croissance de mouvements évangéliques ou de l'islam. Pour son ouvrage, Nicolas Vilas a recueilli "de façon trÚs libre" une centaine de témoignages de footballeurs ou d'entraßneurs, de toutes convictions. "Certains te disent que ça (la foi) leur apporte une certaine stabilité par rapport à leur vie privée, une forme de sérénité intérieure, presque une hygiÚne de vie".
Dans le "star-system" du football, "ça leur impose de façon plus ou moins consciente des choses Ă ne pas faire, de ne pas aller dans les excĂšs, peut-ĂȘtre que ça les aide", estime-t-il auprĂšs de l'AFP.
- 'L'argent, les femmes' -
Dans la magazine So Foot du mois d'avril, Ludovic Obraniak, ancien joueur de Lille et de Bordeaux, raconte comment la religion lui a permis de tourner la page d'un passé de "coureur de jupons" et d'échapper aux avances des "michetonneuses" ou "starfuckeuses" comme il les décrit. "Cela peut paraßtre ringard, mais c'est notre foi en Dieu, l'écoute, la confiance, le partage, l'entraide, l'acceptation des défauts de l'autre, qui ont été les clés de la construction de notre famille", dit-il à propos de son épouse.
"Dans le milieu du foot, il y a tellement de tentations, l'argent, les femmes... Il faut avoir une stabilitĂ© supĂ©rieure Ă la normale", racontait Ă l'AFP l'international français Djibril SidibĂ©, interrogĂ© sur sa foi l'annĂ©e derniĂšre. Certains joueurs ont parfois une vision plus utilitariste de la religion et rĂȘvent d'un petit coup de pouce divin pour amĂ©liorer leurs performances."On en voit qui instrumentalisent la foi", confie Ă l'AFP JoĂ«l Thibault, aumĂŽnier Ă©vangĂ©lique rĂ©putĂ© proche de plusieurs footballeurs, dont Olivier Giroud. "Une fois, un joueur blessĂ© m'a demandĂ© s'il allait en finir avec ses blessures en se baptisant. Je lui ai rĂ©pondu que je ne pouvais pas le garantir", sourit-il.
A Giroud, qui n'hésite pas à citer Dieu aprÚs ses matches ou afficher sa foi sur son bras tatoué ("Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien"), Joël Thibault envoie parfois un texte inspirant, quand ce n'est pas l'attaquant de Chelsea qui le sollicite par téléphone. "Il n'y a pas de contrat, pas de rémunération. C'est désintéressé. Je ne vis pas au crochet des joueurs", assure l'aumÎnier de 36 ans.
Mais comment éviter les gourous mal intentionnés ? "Effectivement, tout le monde peut se revendiquer pasteur, poursuit l'aumÎnier. Mais il y a des bons et des mauvais chasseurs comme on dit. Je suis proche de Gilles Yapi Yapo (un footballeur ivoirien qui a joué à Nantes et Bùle), qui s'était fait escroquer à une époque par un marabout".
- 'Le prosélytisme, ça m'inquiÚte' -
Autres sujets délicats dans le foot comme ailleurs, les risques de prosélytisme ou de communautarisme parfois associés à la pratique religieuse. "Le prosélytisme, ca m'inquiÚte. Dans certains clubs, il y a des jeunes qui subissent des pressions ou des tentatives d?embrigadement", affirme Joël Thibault.
Ce religieux plaide pour un systĂšme Ă l'anglo-saxonne oĂč les joueurs croyants ont la possibilitĂ© en toute transparence d'accĂ©der, via leurs clubs, Ă des services d'aumĂŽnerie de leurs choix. "Cela se fait dans certains grands clubs anglais, mais aussi aux Jeux olympiques. Dans les clubs français, des choses s'apparentent à ça, mais ça reste un peu sous le manteau, un peu flou. Et il y a un risque d'avoir Ă boire et Ă manger".
Une fois sur le terrain, "les joueurs et officiels ne doivent pas afficher de messages ou slogans de nature politique, religieuse ou personnelle dans quelque langue ou sous quelque forme que ce soit", selon le rĂšglement de la Fifa.
Cela n'a pas empĂȘchĂ© le BrĂ©silien Neymar, rĂ©putĂ© proche de l'Ă©glise pentecĂŽtiste de Sao Vicente, de s'afficher plusieurs fois avec un bandeau "100% JĂ©sus" sur la tĂȘte. Il l'avait fait en aoĂ»t 2016, aprĂšs la victoire de sa sĂ©lection aux Jeux olympiques de Rio. Le ComitĂ© international olympique (CIO) avait adressĂ© une lettre de protestation Ă la dĂ©lĂ©gation brĂ©silienne, sans envisager de punition toutefois.
AFP

