Politique mondiale

Le G20 Finances passe au crible la taxation des multinationales

  • PubliĂ© le 9 juillet 2021 Ă  11:52
  • ActualisĂ© le 9 juillet 2021 Ă  15:22
Des carabiniers mobilisés le 8 juillet 2021 sur la place San Marco à Venise, à la veille de l'ouverture de la réunion du G20 Finances

Le G20 Finances s'ouvre vendredi à Venise, avec en haut de l'agenda la réforme de la taxation des multinationales, qui ambitionne de mettre fin aux paradis fiscaux et au dumping fiscal en instaurant un impÎt mondial d'au moins 15% sur les bénéfices.

Sous prĂ©sidence italienne, les grands argentiers des dix-neuf pays les plus riches du monde et de l'Union europĂ©enne se retrouvent en prĂ©sentiel pour la premiĂšre fois depuis leur rĂ©union de fĂ©vrier 2020 Ă  Ryad, au tout dĂ©but de la pandĂ©mie de coronavirus. Le quartier de l'Arsenal oĂč se dĂ©roule la rĂ©union a Ă©tĂ© bouclĂ©: pour y accĂ©der, il faut montrer patte blanche Ă  des barrages filtrants.
Les pays du G20 ont déjà tous adhéré au cadre général de la réforme sous l'égide de l'Organisation de développement et de coopération économique (OCDE), le 1er juillet, mais ils doivent désormais afficher "un accord politique" pour l'endosser. Selon un projet de communiqué encore en discussions à Venise et obtenu par l'AFP, les ministres des Finances du G20 devraient "approuver" cet accord "historique sur une architecture fiscale internationale plus stable et plus équitable".

NĂ©gociĂ©e depuis des annĂ©es, cette rĂ©forme porte sur deux piliers: l'instauration d'un taux minimal mondial et un systĂšme visant Ă  rĂ©partir de maniĂšre plus juste l'impĂŽt sur les multinationales en fonction des bĂ©nĂ©fices rĂ©alisĂ©s dans chaque pays, indĂ©pendamment de leur Ă©tablissement fiscal. Ce dernier volet concerne surtout les gĂ©ants d'internet, les fameux Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple), enclins Ă  pratiquer l'optimisation fiscale en Ă©tablissant leur siĂšge lĂ  oĂč l'imposition est la plus faible.

- Des pays récalcitrants 

Les ministres devraient aussi adresser un appel aux pays récalcitrants, la déclaration ayant été signée jusqu'à présent par 131 des 139 membres du groupe de travail dit du "cadre inclusif" de l'OCDE qui réunit pays avancés et émergents. Manquent à l'appel l'Irlande, la Hongrie, l'Estonie, le Nigeria, le Kenya, le Sri Lanka, la Barbade et Saint-Vincent-et-les-Grenadines qui pratiquent tous de faibles taux d'imposition pour attirer les multinationales.

Un premier accord au G7 début juin à Londres avait donné un coup de fouet aux négociations, enlisées pendant la présidence de Donald Trump et relancées par l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Le ministre britannique des Finances Rishi Sunak, dont le pays préside le G7, a appelé vendredi ses homologues du G20 à "se mobiliser" et "faire en sorte que les derniers détails de l'accord soient réglés d'ici octobre".

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis et l'Allemagne, sont favorables Ă  un taux supĂ©rieur Ă  15% mais ils se font peu d'illusions: "il faut ĂȘtre rĂ©aliste, d'autres nations ont dĂ©jĂ  du mal avec ce taux" donc a priori il devrait rester inchangĂ©, a estimĂ© un responsable gouvernemental allemand. Mais est-ce vraiment la fin des paradis fiscaux? Certains experts comme Giuliano Noci, professeur de stratĂ©gie Ă  l'Ă©cole Polytechnique de Milan, restent sceptiques."Les taux fixĂ©s par les diffĂ©rents pays peuvent toujours sensiblement varier, et l'optimisation fiscale restera donc au coeur de la stratĂ©gie des gĂ©ants de la technologie et des autres multinationales", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP.

- Soutien aux pays démunis -

Le G20 devrait soutenir en outre l'initiative du Fonds monĂ©taire international (FMI) d'augmenter l'aide aux pays les plus vulnĂ©rables, sous la forme d'une nouvelle Ă©mission de droits de tirage spĂ©ciaux (DTS) d'un montant de 650 milliards de dollars.Cette augmentation des rĂ©serves, "la plus Ă©levĂ©e de l'histoire" du FMI, "constitue une bouffĂ©e d'oxygĂšne pour le monde", a dĂ©clarĂ© sa directrice gĂ©nĂ©rale, Kristalina Georgieva. Elle devrait ĂȘtre effective d'ici la fin aoĂ»t.

Les dirigeants du G7 avaient annoncé lors de leur sommet en juin vouloir mobiliser 100 milliards de dollars de cette émission pour aider les pays défavorisés, surtout en Afrique, à rebondir aprÚs la pandémie. Selon le projet de communiqué, le G20 appelle de ses voeux "des contributions de tous les pays en mesure de le faire pour atteindre un objectif ambitieux en faveur des pays vulnérables", sans fixer toutefois un montant.

Un moratoire sur le paiement des intĂ©rĂȘts de la dette des pays les plus pauvres a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© par le G20 en avril 2020 et prolongĂ© lors de la derniĂšre rĂ©union en avril 2021 jusqu'Ă  la fin de l'annĂ©e. En novembre 2020, une nouvelle Ă©tape a Ă©tĂ© franchie avec l'adoption par le G20 d'un "cadre commun" pour allĂ©ger le fardeau de la dette. Depuis, le Tchad, l'Ethiopie et la Zambie ont demandĂ© une restructuration de leurs dettes.

 AFP

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