Mouvement citoyen

Le Liban dans l'inconnu, aprĂšs un mois de contestation populaire

  • PubliĂ© le 17 novembre 2019 Ă  14:03
  • ActualisĂ© le 17 novembre 2019 Ă  15:15
Une manifestante libanais enroulée dans le drapeau national, le 14 novembre 2019 dans le centre de Beyrouth

De nouveaux rassemblements massifs sont attendus dimanche au Liban, oĂč la contestation contre le pouvoir marque son premier mois sans solution politique en vue, au lendemain du renoncement d'un ex-ministre au poste de chef de gouvernement face Ă  l'hostilitĂ© de la rue.

Le pays vit depuis le 17 octobre au rythme d'un mouvement inédit contre une classe dirigeante quasi inchangée depuis des décennies, jugée corrompue et incapable de mettre fin au marasme économique. Et les manifestants maintiennent plus que jamais la pression: un grand rassemblement est prévu en début d'aprÚs-midi dans le centre de la capitale sous le slogan "Dimanche des Martyrs".

A Tripoli, deuxiĂšme ville du pays et haut lieu de la contestation, une manifestation baptisĂ©e du mĂȘme nom doit aussi avoir lieu. L'intitulĂ© de ces rassemblements est une rĂ©fĂ©rence directe aux deux manifestants tuĂ©s depuis le dĂ©but du mouvement. Mardi dernier, un protestataire est tombĂ© sous les balles d'un soldat au sud de Beyrouth. Celui-ci avait ouvert le feu alors qu'un vĂ©hicule militaire tentait de dĂ©gager une route bloquĂ©e par les manifestants.

Les photos et vidéos du corps sans vie de la victime -un pÚre de trois enfants- gisant dans une mare de sang avaient envahi la toile et suscité l'effroi.

Le soir mĂȘme de son inhumation, le nom de Mohamad Safadi, un richissime homme d'affaires de 75 ans et ancien ministre des Finances, avait fuitĂ© dans la presse comme prochain Premier ministre, au terme d'un accord entre les divers partis au pouvoir. Cette dĂ©marche avait Ă©tĂ© qualifiĂ©e de "provocation" par les manifestants, et la colĂšre de la rue a finalement poussĂ© l'ex-ministre --qualifiĂ© par les protestataires de "corrompu"-- Ă  renoncer.

Dans un communiqué publié samedi soir, M. Safadi a jugé difficile de former un gouvernement "harmonieux" dans les circonstances actuelles. Le mouvement de contestation a entraßné la démission le 29 octobre du Premier ministre Saad Hariri et réclame depuis un gouvernement de technocrates indépendants des partis au pouvoir et l'organisation d'élections législatives anticipées.

- Effondrement financier? -

Selon la Constitution, le chef de l'Etat doit procéder à des consultations parlementaires contraignantes à l'issue desquelles il nomme le Premier ministre. Mais Michel Aoun n'a toujours pas entrepris cette démarche, prÚs de trois semaines aprÚs la démission de M. Hariri, au grand dam des manifestants.

Le retard mis dans la formation du nouveau cabinet aggrave une situation économique et financiÚre déjà trÚs fragile. Vendredi soir, l'agence de notation internationale Standard and Poor's (S&P) a abaissé la note du pays de "B-" à "CCC", assortie d'une perspective négative. Celle-ci reflÚte un risque élevé de défaut de paiement.

Le Liban souffre d'un déficit public chronique, ayant atteint plus de 11% du PIB en 2018 et croule sous une dette de 86 milliards de dollars, soit 148% du PIB selon S&P. Cette décision de S&P emboite le pas à l'abaissement par l'agence Moody's le 5 novembre de la note souveraine de "Caa1" à "Caa2", un niveau associé à une forte probabilité de rééchelonnement de la dette.

En un mois de contestation, les banques ont ouvert seulement une semaine en renforçant les mesures de contrÎle sur les retraits, entraßnant parfois des heurts avec les clients. Lundi, elles seront toujours fermées en raison d'une grÚve annoncée par le syndicat des employés du secteur pour des motifs "sécuritaires".

Depuis août, le pays vit au rythme de craintes croissantes d'une dévaluation monétaire, exacerbées par une raréfaction du dollar sur le marché. Au Liban, la livre est indexée sur le billet vert depuis 1997 au taux fixe de 1.507 livres pour un dollar. La situation actuelle a provoqué un bond du taux de change sur le marché noir, à plus de 1.800 livres pour un dollar.

Samedi, l'ambassade amĂ©ricaine au Liban a elle affirmĂ©, sur son compte Twitter, soutenir la contestation. "Nous soutenons le peuple libanais dans ses manifestations pacifiques et ses dĂ©monstrations d'unitĂ© nationale", a-t-elle Ă©crit. Ce mĂȘme jour, un "bus de la rĂ©volution" a sillonnĂ© le pays, du nord au sud.

Cette initiative visait symboliquement, selon des manifestants, à briser les barriÚres géographiques et confessionnelles entre les Libanais et dépasser le traumatisme collectif de la guerre civile (1975-1990), déclenchée par le mitraillage d'un bus.

AFP

guest
0 Commentaires