Le nouveau Premier ministre libanais Moustapha Adib s'est déclaré mercredi déterminé à former rapidement un "gouvernement d'experts", sous la pression du président français Emmanuel Macron qui a arraché aux responsables politiques l'engagement d'accomplir cette tùche en 15 jours.
"Nous espérons pouvoir former rapidement un gouvernement qui constituerait une équipe homogÚne", a déclaré M. Adib, ajoutant qu'il souhaitait "un cabinet d'experts", ce qui pourrait signifier que son équipe ne comprendrait pas de membres des formations politiques. Le président Macron avait annoncé mardi soir à Beyrouth, au terme d'entretiens avec les principaux dirigeants politiques, avoir obtenu leur promesse que la formation du gouvernement ne prendrait pas plus de 15 jours.
"Au moment de quitter Beyrouth, je veux dire à nouveau et avec conviction: je ne vous lùcherai pas!", a écrit sur Twitter le chef de l'Etat français, qui avait également annoncé une feuille de route pour les réformes.
Dans un tweet, le président libanais Michel Aoun a estimé que l'initiative menée par M. Macron "doit s'accompagner d'une volonté libanaise franche (...) de former au plus vite un gouvernement" capable d'engager des réformes. Si le processus de formation des gouvernements peut durer parfois des mois en raison des blocages politiques, la situation s'annonce différente pour Moustapha Adib, l'ancien ambassadeur du Liban en Allemagne, désigné lundi.
La pression internationale, notamment française, ainsi que celle de la rue, amplifiées par l'explosion tragique au port de Beyrouth le 4 août, a rendu encore plus urgente la nécessité de réformes pour sortir le pays de la tourmente politique et de sa pire crise économique depuis des décennies.
- MĂȘme objectif -
Les Etats-Unis ont appelĂ© mercredi les responsables politiques libanais Ă rĂ©former profondĂ©ment le pays, assurant ĂȘtre en phase avec le message d'urgence portĂ© Ă Beyrouth par Emmanuel Macron. "Je travaille Ă©troitement avec les Français, nous partageons le mĂȘme objectif", a assurĂ© le chef de la diplomatie amĂ©ricaine Mike Pompeo lors d'une confĂ©rence de presse.
Le pape François a affirmĂ© de son cĂŽtĂ© que le Liban Ă©tait face Ă un "extrĂȘme danger" et ne pouvait ĂȘtre "abandonnĂ© Ă sa solitude". Il a appelĂ© Ă une "journĂ©e universelle de priĂšre et de jeĂ»ne pour le Liban" le 4 septembre, un mois jour pour jour aprĂšs l'explosion qui a fait 190 morts, et doit dĂ©pĂȘcher Ă Beyrouth son bras droit et secrĂ©taire d'Etat, le cardinal Pietro Parolin.
Emmanuel Macron a annoncé qu'il serait de retour au Liban en décembre pour suivre les progrÚs réalisés, et qu'il inviterait à Paris, en octobre, les responsables libanais à une réunion organisée parallÚlement à une nouvelle conférence d'aide internationale au Liban. Il a averti qu'il s'agissait de "la derniÚre chance pour le systÚme" libanais.
Le gouvernement de Hassan Diab avait démissionné quelques jours aprÚs l'explosion qui a dévasté des quartiers entiers de la capitale.
- Macron "guide suprĂȘme" -
Diplomate peu connu ĂągĂ© de 48 ans, M. Adib avait Ă©tĂ© nommĂ© quelques heures avant l'arrivĂ©e Ă Beyrouth d'Emmanuel Macron par les poids lourds de la communautĂ© sunnite dont doit ĂȘtre issu le Premier ministre, comme le prĂ©voit le systĂšme confessionnel de partage du pouvoir. Et ce sont les forces politiques des principales communautĂ©s religieuses qui dĂ©cideront en coulisses de la constitution de son gouvernement.
Leurs reprĂ©sentants, avec qui M. Adib s'est concertĂ© mercredi dans le cadre de consultations parlementaires, ont tous annoncĂ© qu'ils soutenaient les efforts du Premier ministre dĂ©signĂ© et n'exigeaient pas d'ĂȘtre reprĂ©sentĂ©s dans son cabinet. Le prĂ©sident Macron avait rencontrĂ© mardi l'ensemble des forces politiques, dont le puissant Hezbollah pro-iranien.
Ce n'est pas le cas du secrétaire d'Etat adjoint américain chargé du Proche-Orient, David Schenker, arrivé à Beyrouth mercredi mais qui ne compte rencontrer que des représentants de la société civile.
Le quotidien Al-Akhbar, proche du Hezbollah, a estimĂ© mercredi que M. Macron s'Ă©tait comportĂ© "comme s'il Ă©tait le guide suprĂȘme de la RĂ©publique libanaise lors de son centenaire", cĂ©lĂ©brĂ© mardi. "Je crois que la pression française aboutira Ă des changements Ă court terme, car le Liban est dans une situation Ă©conomique et financiĂšre extrĂȘmement difficile", a estimĂ© pour sa part M. Bitar. "Mais les dirigeants libanais sont tellement cyniques qu'ils sont prĂȘts Ă laisser le pays basculer dans le chaos plutĂŽt que d'accepter les profondes rĂ©formes structurelles qui mĂšneraient Ă terme (..) Ă leur propre disparition".
AFP


