Navigation

Le "Mayflower 400", premier bateau intelligent, s'attaque Ă  l'Atlantique sans capitaine

  • PubliĂ© le 30 avril 2021 Ă  14:31
  • ActualisĂ© le 30 avril 2021 Ă  14:39
Le Mayflower 400 bateau totalement autonome vogue au large de Plymouth, le 27 avril  2021

Voguant dans la baie de Plymouth, au sud-ouest de l'Angleterre, le "Mayflower 400", premier navire intelligent, coupe ses moteurs et active un hydrophone, conçu pour écouter les baleines. Le tout sans aucune intervention humaine.

Capable de prendre ses propres décisions et de naviguer en totale autonomie, ce petit trimaran de 15 mÚtres de long et 9 tonnes, couvert de panneaux solaires, se prépare à traverser l'océan Atlantique tout seul. Il pourra étudier l'environnement en analysant la présence de plastique dans l'eau ou traquant les mammifÚres marins.

L'océan "est la force la plus puissante de la planÚte qui régule notre climat", explique à l'AFP Brett Phaneuf, fondateur de l'association ProMare et architecte du projet. Mais plus de 80% des océans restent inexplorés, en raison de leur immensité et des dangers encourus. "La mer est un environnement impitoyable, donc avoir un bateau sans personne à bord, cela permet vraiment aux scientifiques d'élargir la zone d'étude", souligne Rosie Lickorish, spécialiste des technologies émergentes chez IBM, l'un des partenaires qui ont rejoint le projet depuis sa naissance il y a quatre ans.

Lorsque l'idĂ©e a Ă©mergĂ©, "d'autres fournisseurs de technologie ont commencĂ© Ă  nous aider", raconte Brett Phaneuf, ainsi que plusieurs "centaines" de personnes de l'Inde aux États-Unis, en passant par le Japon ou la Suisse.

Sans cet "effort mondial", le projet "aurait coûté des dizaines de millions" de dollars au lieu d'"un peu moins d'un million de dollars" investis au final par ProMare, qui mettra gratuitement à disposition les informations récoltées.

Le grand départ vers les Etats-Unis est prévu aux alentours du 15 mai, en fonction de la météo et de l'autorisation pour l'instant incertaine des autorités britanniques.
Le bateau devrait mettre environ trois semaines pour atteindre un autre Plymouth, dans le Massachusetts, reproduisant la traversée du "Mayflower" originel il y a plus de 400 ans, en 1620, lorsqu'une centaine de "pÚlerins", des dissidents religieux anglais, étaient partis pour le Nouveau monde.

Mais pour ce futur voyage, qui a été retardé par la pandémie, "personne ne tombera malade" et "on pourra prendre tout le temps qu'on veut pour les expériences scientifiques", précise M. Phaneuf sur le port anglais.

A ses cÎtés, assis sur les quais, trois informaticiens contrÎlent les équipements depuis leurs ordinateurs tandis qu'une étudiante ingénieure de 21 ans, Meirwen Jenking-Rees, vérifie les moteurs avant un entraßnement.

- "Penser" seul -

La construction du trimaran, entiÚrement robotisé, du gouvernail au groupe électrogÚne diesel qui complÚte l'énergie solaire, a pris un an. Le développement de son "capitaine virtuel", une intelligence artificielle qui a commencé par apprendre à identifier les obstacles maritimes en analysant des milliers de photographies, a pris encore plus de temps. Les programmeurs ont également appris au "Mayflower 400" à éviter les collisions.

Forte de ces connaissances, l'embarcation est partie en mer pour un "apprentissage supervisé". "On peut lui dire quelles sont ses bonnes et ses mauvaises actions, ce qui est dangereux ou non", explique Ollie Thompson, ingénieur en robotique.

Puis "on passe au stade oĂč le bateau est capable de se corriger lui-mĂȘme", c'est-Ă -dire de "penser" grĂące Ă  un systĂšme informatique qui simule la maniĂšre dont un cerveau humain analyse les informations. "Il continue d'apprendre par lui-mĂȘme", en utilisant ses "yeux", un systĂšme sophistiquĂ© de six camĂ©ras, et ses "oreilles", c'est-Ă -dire son radar, ajoute M. Thompson.

Cependant, en raison des rĂšglementations sur la navigation sans personne Ă  bord, qui est inĂ©dite, le "Mayflower 400" n'a pas encore pu "sortir sur une mer agitĂ©e, avec de grosses vagues, du vent, de la pluie", soit le "pire scĂ©nario", celui d'une violente tempĂȘte, regrette Meirwen Jenking-Rees.

A la place, le trimaran s'est entraßné à affronter des vagues de 50 mÚtres à l'aide d'un simulateur. Il utilisera son intelligence artificielle pour mener des expériences scientifiques, explique Rosie Lickorish. Il a par exemple "été entraßné à l'aide de milliers d'heures d'enregistrement audio (...) à détecter les mammifÚres marins, les reconnaßtre et nous apprendre des choses sur la répartition de leurs populations".

Analyser la composition chimique de l'eau, mesurer le niveau de la mer et prĂ©lever des Ă©chantillons Ă  la recherche de microplastiques figurent parmi ses autres missions, une collecte de donnĂ©es similaire Ă  celle que font des robots dans l'espace depuis des dĂ©cennies. MalgrĂ© son autonomie totale, l'Ă©quipe surveillera le bateau 24 heures sur 24 depuis l'Angleterre, prĂȘte Ă  intervenir Ă  distance en cas de danger.

AFP

guest
0 Commentaires