Pakistan

Le ministre de l'Intérieur se remet d'une tentative d'assassinat

  • PubliĂ© le 7 mai 2018 Ă  14:34
  • ActualisĂ© le 7 mai 2018 Ă  14:56
Le ministre de l'Intérieur pakistanais Ahsan Iqbal, blessé par balle, est évacué vers Lahore par hélicoptÚre sanitaire le 6 mai 2018

Le ministre de l'Intérieur du Pakistan Ahsan Iqbal se remettait lundi de blessures par balles reçues dimanche lors d'une apparente tentative d'assassinat, qui vient assombrir le paysage politique à quelques semaines d?élections législatives à l?issue incertaine.

Ahsan Iqbal, 59 ans, a Ă©tĂ© touchĂ© au bras droit alors qu'il quittait une rĂ©union publique dans sa circonscription dimanche soir. Son agresseur, ĂągĂ© d'une vingtaine d'annĂ©es, a Ă©tĂ© neutralisĂ© alors qu'il s'apprĂȘtait Ă  tirer une seconde fois, et interpellĂ©.

AprÚs l'attentat, le ministre a tout d'abord été admis dans un hÎpital local puis héliporté à Lahore. Il y a subi une opération qui a duré jusqu'au petit matin, a déclaré à l'AFP Shafqat Waseem Chaudhry, l'un des cinq médecins en charge du ministre. "Il est (dans un état) stable maintenant. Mais il restera en soins intensifs pendant deux jours", a-t-il ajouté.

Une enquĂȘte a Ă©tĂ© ouverte, certains s'interrogeant sur la possibilitĂ© d'un mobile d'ordre religieux.
Ali Anan Qamar, le commissaire adjoint du district oĂč le ministre a Ă©tĂ© blessĂ©, a indiquĂ© Ă  l'AFP que le tireur avait dĂ©clarĂ© avoir Ă©tĂ© inspirĂ© par une controverse apparue l'an dernier autour d'un amendement mineur au sujet de la formulation du serment prononcĂ© par les candidats aux Ă©lections. Certains fondamentalistes lient cet amendement Ă  la question du blasphĂšme, trĂšs sensible au Pakistan.
Un petit groupe islamiste jusqu'alors peu connu, le Tehreek-i-Labaik, avait protesté contre l'amendement en bloquant trois semaines durant le principal accÚs à la capitale Islamabad. Il avait finalement obtenu du gouvernement la démission d'un ministre suite à un accord négocié par l'armée.

De nombreux Pakistanais et observateurs s'étaient inquiétés de ce qui avait alors été perçu comme un dangereux précédent pour le pays et un signe de faiblesse de la part du gouvernement.
Ahsan Iqbal, connu pour ĂȘtre un dĂ©fenseur des minoritĂ©s religieuses, souvent persĂ©cutĂ©es au Pakistan, Ă©tait favorable Ă  une sortie de crise nĂ©gociĂ©e avec les islamistes. Il avait auparavant condamnĂ© les discours haineux Ă  l'encontre des Ahmadis, une branche de l'islam considĂ©rĂ©e comme non musulmane au Pakistan en raison du culte qu'ils vouent Ă  un prophĂšte postĂ©rieur Ă  Mahomet.

Le blasphÚme, dont ils se voient parfois accuser, est puni au Pakistan par des lois trÚs sévÚres prévoyant jusqu'à la peine de mort. De simples accusations peuvent aussi entraßner des lynchages et des meurtres.
Les détracteurs de la loi soulignent qu'elle est réguliÚrement détournée et de fausses accusations utilisées pour régler des différends personnels ou faire taire les voix libérales.
En 2011, le gouverneur de la province du Pendjab, Salman Taseer, qui avait appelé à réformer cette loi, avait été abattu en plein jour à Islamabad par son garde du corps, qui avait ensuite été condamné à mort et exécuté.

- Vie politique agitée -

L'attaque de dimanche, condamnĂ©e par la communautĂ© internationale, a ravivĂ© les inquiĂ©tudes de nombreux observateurs et Pakistanais. Certains y voient une tentative d'affaiblir la dĂ©mocratie Ă  quelques semaines des prochaines Ă©lections lĂ©gislatives, prĂ©vues cet Ă©tĂ© et dont la date dĂ©finitive doit ĂȘtre fixĂ©e prochainement.
L'incident est "grave" pour un pays qui "affirme qu'il est retournĂ© Ă  la normale" aprĂšs une dĂ©cennie marquĂ©e par de trĂšs nombreuses violences, a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP l'analyste Amir Rana, pour qui ce genre d'attaques, qui ternissent l'image du Pakistan, tendent Ă  ĂȘtre "minimisĂ©es" par les autoritĂ©s.

Le Pakistan, né en 1947 de la partition de l'Inde britannique, a connu depuis une vie politique agitée, marquée par des coups d'Etats militaires et de longues périodes sous la férule de l'armée.
Les précédentes élections législatives, en 2013, avaient constitué la premiÚre transition démocratique d'un gouvernement civil à un autre dans l'histoire du pays, et avaient à ce titre été accueillies comme un pas en avant historique.
La Ligue musulmane pakistanaise (PML-N), actuellement au pouvoir et dont le ministre Ahsan Iqbal est membre, fait pour l'heure office de favori du scrutin, avec le PTI de l'ancien champion de cricket Imran Khan.

Mais le PML-N est sous forte pression depuis que la Cour suprĂȘme a destituĂ© en juillet dernier pour corruption l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif. La justice pakistanaise a Ă©galement dĂ©mis le ministre des Affaires Ă©trangĂšres Khawaja Asif en avril, rendant l'issue du vote encore un peu plus incertaine.
Le clan Sharif, qui nie toute malversation, affirme que Nawaz Sharif est victime d'une conspiration ourdie par la puissante armée pakistanaise, dont il est un ennemi juré.
AFP

guest
0 Commentaires