Environnement

Le monde doit d'urgence s'attaquer Ă  la pollution plastique marine, alerte le WWF

  • PubliĂ© le 8 fĂ©vrier 2022 Ă  11:08
  • ActualisĂ© le 8 fĂ©vrier 2022 Ă  11:16
Un sac plastique flotte dans les eaux de l'océan Indien le 31 décembre 2021 prÚs de Galle, au Sri Lanka

La pollution plastique a atteint "toutes les parties des océans" et menace la biodiversité marine "du plus petit plancton à la plus grosse baleine", alerte mardi le WWF en appelant à s'engager rapidement vers un traité sur les plastiques.

A quelques semaines d'une assemblée environnement de l'ONU qui pourrait lancer des négociations sur un tel accord, le Fonds mondial pour la nature publie un volumineux rapport sur les impacts de la pollution plastique sur les océans, la biodiversité et les écosystÚmes marins. SynthÚse des conclusions de plus de 2.000 études scientifiques distinctes sur ces questions.

Premier constat, cette contamination "a atteint toutes les parties des océans, de la surface aux grands fonds marins, des pÎles aux cÎtes des ßles les plus isolées, et se retrouve du plus petit plancton à la plus grosse baleine". Car entre 19 et 23 millions de tonnes de plastiques arrivent chaque année dans les eaux de la planÚte, dont une bonne partie finissent en mer, selon les estimations.

Un danger croissant, mĂȘme si le WWF reconnaĂźt un manque de donnĂ©es sur d'Ă©ventuelles rĂ©percussions sur les humains de cette prĂ©sence de produits aux composants chimiques. Les produits sont pour une bonne part des plastiques Ă  usage unique, que de plus en plus de pays interdisent mais qui constituent toujours plus de 60% de la pollution marine. Ils se dĂ©gradent au fur et Ă  mesure de leur sĂ©jour dans l'eau, devenant de plus en plus petits, jusqu'au "nanoplastique" d'une taille infĂ©rieure au micromĂštre (milliĂšme de millimĂštre).

- Saturation -

De sorte que mĂȘme si plus aucun plastique n'arrivait dans l'ocĂ©an, le nombre des microplastiques devrait y doubler d'ici 2050. Or, selon les estimations citĂ©es par le WWF, la production de plastique dans le monde devrait doubler d'ici 2040.

Les représentants de l'industrie estiment toutefois probable que la croissance de production ralentisse et permette d'éviter ce doublement. Mais pour Eirik Lindebjerg, responsable du dossier plastique au WWF, "nous atteignons un point de saturation pour les écosystÚmes marins qui fait peser une menace non seulement sur des espÚces données mais affecte tout l'écosystÚme".

Au-delĂ  des photos emblĂ©matiques de phoques ou de tortues se dĂ©battant avec des sacs plastiques ou dĂ©bris de filets de pĂȘche, c'est toute la chaĂźne alimentaire qui est affectĂ©e.
Une étude de 2021 a ainsi répertorié 386 espÚces de poissons ayant ingéré du plastique sur 555 testées.

Selon d'autres scientifiques, examinant une des grandes espĂšces de pĂȘche commerciale, jusqu'Ă  30% d'un Ă©chantillon de cabillauds pĂȘchĂ© en mer du Nord avaient des micro-plastiques dans l'estomac. De quoi interpeller les amateurs de "fish and chips".

CĂŽtĂ© harengs, une Ă©tude a retrouvĂ© des microplastiques dans 17% d'un Ă©chantillon pĂȘchĂ© dans la Baltique. Les oiseaux sont eux aussi exposĂ©s. Dans le nord-ouest de l'Atlantique, 74% des oiseaux de mer examinĂ©s par une Ă©tude avaient mangĂ© du plastique. 69% selon une autre Ă©tude Ă  HawaĂŻ.

- Zéro émissions -

Eirik Lindebjerg compare la situation Ă  la crise climatique et ses "budgets carbone", quantitĂ© maximale de CO2 pouvant ĂȘtre rejetĂ©e dans l'atmosphĂšre avant certaines consĂ©quences.
"C'est la mĂȘme chose avec le plastique. Ce que nous montrons dans ce rapport c'est qu'il y a une limite Ă  la pollution que peuvent absorber nos Ă©cosystĂšmes," poursuit l'expert.

Limite déjà atteinte cÎté microplastiques en plusieurs points du globe, pointe le WWF, notamment en Méditerranée, dans les mers Jaune et de Chine orientale (entre la Chine, Taïwan et la péninsule coréenne) et dans la banquise arctique.

"Nous devons considĂ©rer la question comme celle d'un systĂšme fini qui n'absorbe pas le plastique et c'est pourquoi nous devons aller vers zĂ©ro Ă©missions, zĂ©ro pollution, aussi vite que possible", insiste Eirik Lindebjerg. Car chercher Ă  nettoyer les ocĂ©ans est "extrĂȘmement difficile et cher" et il est bien moins coĂ»teux et efficace d'agir en amont.

Le WWF en appelle donc au démarrage rapide de pourparlers en vue de l'élaboration d'un accord international sur le plastique. Le sujet sera au menu d'une réunion de l'ONU sur l'environnement, du 28 février au 2 mars à Nairobi.

Un accord qui devrait a minima selon le WWF aboutir à des standards mondiaux de production et de "recyclabilité" réelle. "Et qui puisse aussi aboutir à la disparition de certains produits dont nous n'avons pas besoin", veut espérer Eirik Lindebjerg.

AFP

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