Turquie

Le musée d'art moderne d'Istanbul va faire peau neuve

  • PubliĂ© le 8 avril 2018 Ă  09:45
  • ActualisĂ© le 8 avril 2018 Ă  10:14
Le musée d'art moderne d'Istanbul va déménager et faire peau neuve, les oeuvres sont décrochées puis mises en caisse, le 23 mars 2018

Cet aprÚs-midi-là, les visiteurs se bousculent dans les allées du principal musée d'art moderne d'Istanbul, prenant des selfies devant les oeuvres ou chuchotant à propos des derniÚres tendances.

Mais toutes ces piÚces auront bientÎt disparu, décrochées, répertoriées, photographiées puis mises en caisses.
Le bĂątiment lui-mĂȘme, un hangar des annĂ©es 1950 nommĂ© Antrepo #4 en turc, idĂ©alement nichĂ© au bord du Bosphore et avec une vue imprenable sur le palais ottoman de Topkapi, sera dĂ©truit.
Mais ce n'est pas la fin de l'Istanbul Modern: le musée a fermé ses portes le 18 mars et doit rouvrir en mai dans les locaux de l'Union française d'Istanbul, avant de réinvestir dans trois ans un site flambant neuf à son adresse originelle.

Depuis son ouverture le 11 décembre 2004, ce musée est devenu un symbole de l'Istanbul du 21e siÚcle, ancienne capitale de l'empire ottoman fiÚre de son passé et ouverte sur le monde.
Evoquant en 2005 le succÚs fulgurant de cette nouvelle place de l'art contemporain, le magazine Newsweek n'avait pas hésité à qualifier Istanbul d'"une des villes les plus cools" du monde. La reine Elizabeth II s'était rendue à l'Istanbul Modern lors d'une visite d'Etat en mai 2008.

Le nouveau musĂ©e doit ĂȘtre dessinĂ© par le cĂ©lĂšbre architecte italien Renzo Piano, qui a notamment participĂ© Ă  la conception Ă  Paris du Centre Pompidou et de la nouvelle CitĂ© judiciaire, ou encore du gratte-ciel The Shard Ă  Londres. Les images n'ont pas encore Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©es, elles doivent l'ĂȘtre plus tard cette annĂ©e.
 

- "Mélancolie" -

"Nous ressentons une sorte de mélancolie et de nostalgie" à quitter le bùtiment historique, dit à l'AFP le directeur de l'Istanbul Modern, Levent Calikoglu, tandis que des employés s'affairent autour de lui à décrocher les oeuvres.
"Mais un nouvel avenir est devant nous (...) Notre nouveau bùtiment apportera une nouvelle visibilité au monde artistique et à Istanbul", ajoute-t-il.

L'ouverture de l'Istanbul Modern avait Ă©tĂ© largement soutenue Ă  l'Ă©poque par le prĂ©sident Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre. Pour certains, l'existence mĂȘme du musĂ©e Ă©tait la preuve que les arts pouvaient prospĂ©rer dans la Turquie d'Erdogan, dont le parti islamo-conservateur est arrivĂ© au pouvoir en 2002.
Depuis, les arts ont connu des périodes difficiles en Turquie, mais l'Istanbul Modern revendique fiÚrement 7 millions de visiteurs depuis son inauguration.
Des Turcs de tous ùges et tous horizons le fréquentent aux cÎtés des touristes étrangers.
Certains visiteurs s'arrĂȘtent devant une immense toile de l'artiste allemand Anselm Kiefer, d'autres s'Ă©merveillent devant un chef-d'oeuvre abstrait de l'artiste turque Fahrelnissa Zeid ou encore restent bouche bĂ©e devant les photographies en noir et blanc de l'inimitable Ara GĂŒler, reprĂ©sentant le vieux Istanbul.
"Il y a des choses ici que je vois pour la premiÚre fois", confie Gökberk qui, à 19 ans, découvre le musée avec des amis. "C'est intéressant, j'aime bien."
Nesrin Aktar, une grande fan de ce lieu, espÚre que le déménagement se déroulera comme prévu. "Nous venons ici pour vivre les expositions, pour imprégner notre ùme, tout cela nous inspire", explique-t-elle.

- "Penser Ă  500 ans" -

Le nouveau musée est principalement financé par le sponsor fondateur de l'Istanbul Modern, le groupe Eczacibasi, qui soutient de nombreux projets liés aux arts, et par le conglomérat Dogus Group-Bilgili Holding. L'Etat, lui, ne s'implique pas financiÚrement, comme souvent en matiÚre d'arts en Turquie.

Dans sa version future, le musée disposera d'un espace dédié au sein d'un concept plus vaste de réaménagement et de revitalisation du port historique d'Istanbul, le Galataport. Ce projet global d'une valeur de plus d'un milliard de dollars vise à créer des espaces de bureaux et d'habitations ainsi qu'un terminal maritime rénové.
L'intégration du musée d'art moderne dans Galataport suscite un enthousiasme mitigé. Certains critiques, dont des architectes, dénoncent une violation des rÚgles de planification - ce que les concepteurs du projet récusent. D'autres craignent que le musée, dilué dans un plus grand ensemble, y perde son identité.

Dans un entretien avec le quotidien HĂŒrriyet, Oya Eczacibasi, prĂ©sidente du conseil d'administration de l'Istanbul Modern, s'est voulue rassurante: Galataport "apportera beaucoup Ă  Istanbul" une fois terminĂ©, et la direction de l'Istanbul Modern gardera entiĂšrement la main sur son programme, a-t-elle affirmĂ©.
DÚs le départ, certains doutaient du besoin d'une institution de type occidental accueillant des expositions temporaires, un cinéma et un restaurant, souligne Mme Eczacibasi. Mais les sceptiques ont finalement été convaincus, avec "beaucoup de soutien des secteurs public et privé", relÚve-t-elle.

On ne sait pas encore Ă  quoi ressemblera le futur musĂ©e mais Mme Eczacibasi l'assure, l'Istanbul Modern dans sa nouvelle mouture deviendra l'un des symboles de la ville, au mĂȘme titre que ses bĂątiments historiques. Et un musĂ©e durable: Renzo Piano "vise les 500 ans de vie pour ce bĂątiment".
 AFP

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