Percées lumineuses et vieille carapace

Le nouveau visage de la prison de la Santé

  • PubliĂ© le 2 juillet 2018 Ă  11:39
  • ActualisĂ© le 2 juillet 2018 Ă  12:24
Entrée de la prison de la Santé, rénovée, le 28 juin 2018

On y entend toujours les bruits de la ville et la lumiÚre y est entrée: la prison parisienne de la Santé, vénérable institution fermée pour travaux depuis quatre ans, rouvrira ses portes avant la fin de l'année.


Elle est restée dans son écrin historique de pierre meuliÚre, mais à l'intérieur, presque tout a changé: tous les lieux de détention ont été rénovés ou reconstruits, des salles de sport creusées, des promenades ouvertes."C'est un énorme chantier", sourit la nouvelle directrice, Christelle Rotach, qui vient de vivre la rénovation des Baumettes à Marseille et a pris possession de la Santé il y a une semaine.

Son bureau donne sur la cour d'honneur oĂč furent guillotinĂ©s en novembre 1972 Claude Buffet et Roger Bontems, les derniers exĂ©cutĂ©s de la SantĂ©. La pierre est nettoyĂ©e, la monumentale porte a Ă©tĂ© refaite, mais la cour n'a pas changĂ©."Il fallait rĂ©nover, adapter la prison aux normes modernes de dĂ©tention, mais le bĂątiment d'origine a Ă©tĂ© respectĂ©, dans ses proportions et dans sa philosophie", a expliquĂ© la directrice, lors d'une visite pour la presse.

InaugurĂ©e en 1867, la maison d'arrĂȘt, qui vit passer le capitaine Alfred Dreyfus, le terroriste Carlos ou le mercenaire Bob Denard, n'avait jamais Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e en profondeur.

Une emprise au sol de 2,8 hectares au coeur de Paris, dans le XIVe arrondissement: une prison à taille humaine, selon nombre de détenus, dont les longues coursives superposées autour d'un puits central ont été immortalisées au cinéma.Mais les derniÚres années, les vieux murs suintant et la surpopulation en avaient fait le symbole du délabrement des prisons françaises.

Le truand Jacques Mesrine s'en Ă©tait Ă©vadĂ© en 1978. En 2000, c'est le mĂ©decin-chef de la maison d'arrĂȘt, VĂ©ronique Vasseur, qui racontait dans un livre choc "la vermine qui court dans les matelas".En 2009, un rapport accablant du contrĂŽleur des prisons scelle son sort: la SantĂ© sera rĂ©habilitĂ©e.

- Priorité aux Parisiens -

L'urgence conduit le gouvernement à opter pour un partenariat public-privé attribué à GTM Bùtiment, GEPSA et Barclays Alma Mater General Partners Ltd, d'un coût total de 210 millions d'euros pour trois ans de construction et 25 ans d'exploitation.Les architectes de l'agence Pierre Vurpa et AIA choisissent de renforcer l'organisation du lieu autour d'un axe central, "épine dorsale d'est en ouest qui irrigue toutes les entités".

Le Quartier Bas, organisĂ© de façon panoptique (avec une tour centrale d'oĂč le gardien peut observer toutes les directions sans ĂȘtre vu) est rĂ©habilitĂ©, tandis que le Quartier Haut est totalement reconstruit.L'horizon et la lumiĂšre sont entrĂ©s dans la prison, pour briser le "dĂ©sespoir" qui y Ă©treint les dĂ©tenus, de Guillaume Apollinaire Ă  l'ex-trader JĂ©rĂŽme Kerviel. Le poĂšte, briĂšvement incarcĂ©rĂ© en 1911, ne voyait "rien qu'un ciel hostile" de sa cellule aux "murs nus".

Depuis, des verriĂšres ont Ă©tĂ© percĂ©es au dessus des coursives, et dans chaque cellule, les fenĂȘtres, trĂšs hautes, ont Ă©tĂ© descendues Ă  hauteur d'homme."On a pris trois cellules pour en faire deux", explique Christelle Rotach, passant de 6 Ă  9 m2, avec sanitaires et douches, plaque Ă©lectrique et frigo."Nous avons une capacitĂ© de 839 places, dont une centaine en quartier de semi-libertĂ© - le seul quartier qui n'a pas fermĂ© pendant les travaux -, dit-elle, prĂ©cisant qu'une vingtaine de cellules ont Ă©tĂ© prĂ©vues avec des lits doubles, tenant compte de "la rĂ©alitĂ©" des besoins en Ile-de-France oĂč les taux d'occupation en maison d'arrĂȘt atteignent parfois les 200%.
La réouverture de la Santé va permettre de désengorger les établissements franciliens de Fresnes - qui fera l'objet du prochain grand chantier de rénovation - Villepinte et Nanterre. Le critÚre sera celui du domicile: les prévenus parisiens seront en priorité incarcérés à la Santé.

Et les VIP? Le quartier des "particuliers", destiné aux personnes les plus vulnérables, restera. Tout comme la Santé prendra sa part dans l'accueil des détenus radicalisés, sous le regard de 330 surveillants.
"C'est un changement complet", rĂ©sume Ange, surveillant chef qui termine sa carriĂšre Ă  la SantĂ©, oĂč il avait dĂ©butĂ© il y a 34 ans. "J'aurais rĂȘvĂ© d'avoir ces conditions de travail Ă  l'Ă©poque. Terminer ici, c'est le Graal."

 AFP

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