Il a été destitué

Le Pakistan dans l'incertitude aprĂšs la chute de son Premier ministre pour corruption

  • PubliĂ© le 28 juillet 2017 Ă  18:44
Des militants du parti Tehreek-e-Insaf se réjouissent à l'annonce de la chute du Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif le 28 juillet 2017 à Lahore.

La Cour suprĂȘme du Pakistan a rendu vendredi un arrĂȘt destituant pour corruption le Premier ministre Nawaz Sharif, provoquant la chute de son gouvernement et ouvrant une pĂ©riode d'incertitude politique dans ce pays.


M. Sharif "est disqualifiĂ© en tant que dĂ©putĂ© au Parlement et a donc cessĂ© d'occuper le poste de Premier ministre", a dĂ©clarĂ© le juge Ejaz Afzal Khan devant une foule compacte rĂ©unie au siĂšge de la Cour pour entendre ce jugement trĂšs attendu. "Nous dĂ©clarons que Nawaz Sharif n'est pas un membre honnĂȘte du Parlement selon l'article 62-1f de la Constitution", a renchĂ©ri son homologue Asif Saeed Khosa.

Cette dĂ©cision fait suite Ă  la dĂ©couverte par une commission d'enquĂȘte d'une "importante disparitĂ©" entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie, apparue au grand jour l'an dernier dans le cadre du scandale des Panama Papers.

Les Sharif sont soupçonnĂ©s d'avoir dissimulĂ© la vĂ©ritĂ© sur des sociĂ©tĂ©s et des biens immobiliers dĂ©tenus via des holdings off-shore, notamment de luxueux appartements londoniens. Leurs partisans assurent que les fonds sont lĂ©gaux. Trois des quatre enfants du chef du gouvernement sont mis en cause dont sa fille Maryam Nawaz, jusqu'ici pressentie pour ĂȘtre son hĂ©ritiĂšre politique.

L'arrĂȘt, rendu en fin de matinĂ©e Ă  Islamabad, la capitale placĂ©e sous haute sĂ©curitĂ©, a immĂ©diatement provoquĂ© des scĂšnes de liesse des partisans de l'opposition descendus dans la rue dans plusieurs villes.
L'ancienne star du cricket Imran Khan, le chef de l'opposition et en pointe dans l'offensive contre M. Sharif, s'est fĂ©licitĂ© de la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, estimant que "la dĂ©mocratie au Pakistan sort renforcĂ©e" de ces Ă©vĂ©nements et annonçant un grand rassemblement dimanche, au cours duquel il dĂ©voilera son "futur plan d'action".

"Aujourd'hui n'est qu'un dĂ©but. Les autres puissants corrompus devront aussi rendre des comptes", a-t-il ajoutĂ©. "Je veux dire Ă  la nation que c'est une immense victoire pour elle". Le parti du Premier ministre, le PML-N, a confirmĂ© peu aprĂšs que M. Sharif avait quittĂ© son poste en dĂ©pit de ses "fortes rĂ©serves" Ă  l'encontre de l'arrĂȘt. Son dĂ©part entraĂźne automatiquement celui de son gouvernement.

"Pas un centime de corruption n'a été prouvé dans cette décision contre Nawaz Sharif", a déploré Maryam Aurangzeb, qui y officiait en tant que ministre de l'Information.

- Succession incertaine -

L'incertitude plane désormais sur l'identité du successeur de M. Sharif. Le PML-N n'a aucun dauphin attitré pour le moment et les prochaines élections législatives ne sont théoriquement prévues que pour 2018.
Hasan Askari, analyste spécialiste des questions de sécurité, déclare toutefois ne pas s'attendre à "des bouleversements internes". "AprÚs ce jugement, le parti au pouvoir va élire un nouveau chef qui deviendra Premier ministre, puis nous verrons comment les choses se passent".

L'analyste politique Farooq Moin est du mĂȘme avis : "Je pense qu'il y a de grandes chances pour que le parti PML-N forme un nouveau gouvernement avec un nouveau Premier ministre, avec le soutien de ses partenaires de coalition, puisqu'ils ont toujours la majoritĂ© au Parlement".

C'est la deuxiĂšme fois dans l?histoire du Pakistan qu?un Premier ministre en poste est dĂ©mis par une intervention de la Cour suprĂȘme, la premiĂšre remontant Ă  2012. M. Sharif, surnommĂ© le "lion du Pendjab", n?aura ainsi menĂ© Ă  terme aucun de ses trois mandats en tant que chef du gouvernement. Il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© contraint Ă  la dĂ©mission en raison d'accusations de corruption en 1993. Son deuxiĂšme mandat, entamĂ© en 1997, avait lui aussi tournĂ© court en 1999 Ă  la suite d'un coup d'Etat militaire et M. Sharif avait Ă©tĂ© contraint Ă  plusieurs annĂ©es d'exil en Arabie saoudite.

A Peshawar (ouest), des centaines de partisans d'Imran Khan et d'autres partis d'opposition sont descendus en jubilant dans la rue, dansant, jouant du tambour et distribuant des douceurs pour célébrer le jugement, a constaté l'AFP.

A l'inverse, Ă  Lahore, fief de la famille Sharif, des manifestants ont protestĂ© contre l'arrĂȘt de la Cour suprĂȘme, bloquant des rues, brĂ»lant des pneus et embrassant des portraits de leur idole. "Nous n'acceptons pas ce jugement. (Sharif) est honnĂȘte et fiable", a rĂ©agi une dĂ©putĂ©e du Parlement rĂ©gional du Pendjab, dĂ©nonçant une "conspiration".

AFP

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