Pédophilie

Le pape sous pression pour annoncer des mesures concrĂštes

  • PubliĂ© le 22 aoĂ»t 2018 Ă  15:31
  • ActualisĂ© le 22 aoĂ»t 2018 Ă  16:01
Le pape François lors d'une audience générale, au Vatican, le 22 août 2018

DĂ©stabilisĂ© par une enquĂȘte sur des sĂ©vices sexuels qu'ont fait subir des membres du clergĂ© Ă  un millier d'enfants aux Etats-Unis, le pape François a reconnu que l'Eglise avait "abandonnĂ© les petits" dans une lettre inĂ©dite aux catholiques, mais reste sous pression pour changer radicalement la donne dans les diocĂšses. "L'horloge tourne pour nous tous dirigeants de l'Eglise, les catholiques ont perdu patience avec nous et la sociĂ©tĂ© civile a perdu confiance en nous", a reconnu dans une dĂ©claration Ă©crite le cardinal Sean O'Malley, l'archevĂȘque de Boston, qui dirige justement une commission de lutte contre la pĂ©dophilie conseillant le pape sur le dossier le plus explosif de l'Eglise catholique-romaine.

L'archevĂȘque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, qui accueillera samedi le pape François en Irlande, un autre pays oĂč les abus de pouvoir de l'Eglise ont laissĂ© de profondes blessures, juge cette commission trop petite pour ĂȘtre efficace.
"Ca ne suffit pas de prĂ©senter ses excuses", lĂąche-t-il, "des structures qui permettent ou facilitent des abus doivent ĂȘtre dĂ©mantelĂ©es pour toujours".
Une enquĂȘte du procureur de Pennsylvanie a mis au jour la semaine derniĂšre des abus sexuels perpĂ©trĂ©s par plus de 300 "prĂȘtres prĂ©dateurs" sur au moins mille enfants.
"Des prĂȘtres violaient des petits garçons et des petites filles et les hommes d'Eglise qui Ă©taient leurs responsables n'ont rien fait des dĂ©cennies durant", ont Ă©crit les membres d'un jury populaire dans un rapport fournissant des dĂ©tails cauchemardesques.
Un nouveau coup porté au pape François, critiqué pour sa lenteur à agir et sa réticence à prendre ses distances vis-à-vis de certains cardinaux soupçonnés d'omerta.
"Avec honte et repentir, en tant que communautĂ© ecclĂ©siale, nous reconnaissons que nous n'avons pas su ĂȘtre lĂ  oĂč nous le devions, que nous n'avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l'ampleur et la gravitĂ© du dommage qui Ă©tait infligĂ© Ă  tant de vies. Nous avons nĂ©gligĂ© et abandonnĂ© les petits", a Ă©crit le pape dans une lettre ouverte adressĂ©e cette semaine au "Peuple de Dieu".

En 2010, le pape Benoßt XVI avait reconnu la responsabilité de l'Eglise dans les abus commis en Irlande, via une lettre aux fidÚles.
Fin mai, François a écrit aux Chiliens, qui font face à un vaste scandale de pédophilie. Lundi, il a choisi de parler aux 1,3 milliard de catholiques de la planÚte des "atrocités" commises par l'Eglise, une démarche sans précédent.

- Appels à légiférer -

Certes, mais "François n'a proposĂ© aucune mesure spĂ©cifique", relĂšve le vaticaniste amĂ©ricain John Allen, notant qu'il ne prononce pas une seule fois le mot "Ă©vĂȘque".
"Dans cette grande mer de l'opinion publique, l'idée commence à avancer que les mea culpa, les déclarations et les rencontres avec les victimes ne suffisent plus", estime Marco Politi, un expert italien du Vatican.
"Il revient Ă  François d'agir maintenant en lĂ©gislateur suprĂȘme", en modifiant le droit canon qui rĂ©git l'Eglise, suggĂšre-t-il. Dans ce domaine, il y a dĂ©jĂ  "des exemples vertueux", dans les Ă©piscopats des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou de l'Allemagne. "Le pape pourrait obliger les confĂ©rences Ă©piscopales Ă  envoyer aux autoritĂ©s judiciaires les signalements d'abus reçus", dit Ă  l'AFP Emiliano Fittipaldi, auteur de plusieurs livres d'enquĂȘte critiques sur l'Eglise, considĂ©rant lui aussi que "les excuses ne suffisent plus".
"Nous ne voulons pas de procĂšs au sein du Vatican !", confie pour sa part Francesco Zanardi, Ă  la tĂȘte d'une association italienne de victimes.
D'aprĂšs le blog vaticaniste "Il Sismografo", le pape pourrait trĂšs prochainement faire publier un document de procĂ©dures trĂšs spĂ©cifiques Ă  l'intention des Ă©vĂȘques. Le Vatican ne confirme cependant pas cette information.

A l'actif du pape François, l'introduction en 2016 dans le droit canon de la rĂ©vocation d'Ă©vĂȘques en cas de "nĂ©gligence" dans des signalements d'actes de pĂ©dophilie.
Mais l'obligation de dĂ©nonciation Ă  la justice civile par la hiĂ©rarchie n'est effectivement pas inscrite dans le droit de l'Eglise. En dehors des cas oĂč la loi du pays l'impose, certains Ă©piscopats ne veulent pas en entendre parler.

L'Ă©crivaine franco-canadienne Nancy Huston a pour sa part demandĂ© au souverain pontife de mettre fin au cĂ©libat des prĂȘtres et de reconnaĂźtre l'importance de la sexualitĂ© dans l'Ă©quilibre des ĂȘtres humains, via une tribune parue cette semaine dans Le Monde. Le Vatican ne semble toutefois pas y ĂȘtre encore prĂȘt, mĂȘme si le pape François avait assurĂ© en 2014 que le cĂ©libat des prĂȘtres n'Ă©tait "pas un dogme".
 

AFP

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