Scandale alimentaire

Le patron de Lactalis va s'expliquer devant les parlementaires

  • PubliĂ© le 7 juin 2018 Ă  12:45
  • ActualisĂ© le 7 juin 2018 Ă  13:39
Le Pdg du groupe Lactalis devait s'expliquer devant une commission d'enquĂȘte parlementaire sur l'affaire du lait infantile contaminĂ©

AprĂšs s'ĂȘtre longtemps fait dĂ©sirer, le trĂšs discret PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, doit s'expliquer jeudi devant une commission d'enquĂȘte parlementaire sur sa gestion de l'affaire de lait infantile contaminĂ© aux salmonelles fin 2017.

Fin 2017, 36 nourrissons ont été atteints de salmonellose aprÚs avoir bu un lait infantile des marques Picot et Milumel produit dans son usine de Craon en Mayenne. Les causes de la maladie de deux autres nourrissons sont encore recherchées.


D'ordinaire, les processus de rappel/retrait de produits prĂ©sentant des problĂšmes sanitaires sont communs dans l'Hexagone. Mais dans ce cas prĂ©cis, le processus de retrait s'est rĂ©vĂ©lĂ© chaotique et la rĂ©vĂ©lation de nombreux dysfonctionnements ayant menĂ© Ă  la contamination a donnĂ© lieu Ă  l'ouverture d'une enquĂȘte judiciaire. Elle a aussi convaincu les dĂ©putĂ©s de crĂ©er une commission d'enquĂȘte parlementaire.


"Apprendre, pour deux des rappels, l'information par un communiquĂ© de Bercy, c'est atypique, apprendre par un communiquĂ© de Bercy la fermeture de l'usine de Craon, c'est atypique, (...) ne pas arriver Ă  communiquer dans de bonnes conditions les motifs de retraits, c'est atypique", a ainsi dĂ©taillĂ© le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, auditionnĂ© devant cette mĂȘme commission fin mai. IntermarchĂ© a assurĂ© de son cĂŽtĂ© que le premier rappel de produits portait sur un risque de gastroentĂ©rite et non de salmonelles.
Et le patron de Lactalis, Emmanuel Besnier, a montré beaucoup de réticence à venir devant les parlementaires.


Michel Nalet, directeur de la communication de Lactalis, avait ainsi dû justifier son absence lors d'une premiÚre audition devant la commission des affaires économiques du Sénat en janvier. "Dans le contexte dans lequel nous sommes il n'a effectivement pas souhaité venir. Cela ne veut pas dire qu'il ne le fera pas dans le futur", avait-t-il déclaré.


- changement de stratégie -


Les avocats de Lactalis ont ensuite tentĂ© fin avril d'obtenir l'interruption des travaux de la commission d'enquĂȘte parlementaire jusqu'Ă  l'issue des procĂ©dures pĂ©nales en cours, assurant que cette commission "empiĂ©tait sur la procĂ©dure judiciaire en cours". InterrogĂ© par l'AFP, M. Nalet a admis que l'entreprise s'Ă©tait "en effet posĂ© la question il y a deux mois", mais que celle-ci n'Ă©tait "plus d'actualitĂ©". "Je vous confirme qu'Emmanuel Besnier se rendra bien le jeudi 7 juin Ă  l'AssemblĂ©e nationale", pour ĂȘtre entendu par cette commission, a-t-il dit.


M. Besnier sera entouré de Jean Claudel, directeur de la plateforme Lactalis logistique, Philippe Laborne, directeur industriel du groupe, d'Arnaud Boinard, directeur général de la division Lactalis nutrition Europe et de M. Nalet. Ce changement de stratégie tardif laisse penser que l'entreprise s'est rendue compte de la mauvaise publicité que causait cette culture du secret. "Cet aspect de discrétion nous a fortement pénalisés, c'est pour ça que depuis cette crise on a aussi changé, notre groupe doit évoluer vers un peu plus de communication", déclarait ainsi Emmanuel Besnier mardi sur RTL, lors de sa troisiÚme interview depuis l'éclatement de l'affaire, aprÚs un entretien aux Echos et un autre au JDD.
Pour le PDG, accusé par l'association des victimes de les traiter avec mépris, "l'essentiel est de renouveler toutes nos excuses pour ce qu'il s'est passé, et faire comprendre qu'on a tiré tous les enseignements de cette crise, et qu'on a pris les mesures adéquates pour que ça ne puisse plus se reproduire".


Le site de Craon a redémarré discrÚtement fin mai, par des tests, avec l'objecif de reprendre la production "d'ici quelques semaines, dÚs cet été", selon M. Besnier.
L'association foodwatch a dĂ©noncĂ© "la prĂ©cipitation dans la relance de la production de poudres de lait dans l'usine de Craon", alors que "l'enquĂȘte judiciaire prĂ©liminaire n'est pas terminĂ©e et que nous attendons toujours la nomination d'un ou d'une juge d'instruction". La dĂ©cision de redĂ©marrer l'usine a aussi "offusquĂ©" l'association des familles de victimes.

2018 AFP

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