Dans une rue animée de la cité syrienne rebelle d'Idleb, Abdelrahim Abou al-Ezz sert un délicieux chawarma de poulet préparé selon une recette de sa ville natale de Daraya, toute proche de Damas, qu'il a été contraint de quitter.
Son restaurant "Sultan Daraya" est situĂ© au milieu de magasins et de restaurants appartenant Ă des Syriens Ă©vacuĂ©s de leurs localitĂ©s assiĂ©gĂ©es autour de Damas, en mĂȘme temps que les rebelles, Ă la suite d'accords passĂ©s avec le rĂ©gime de Bachar al-Assad.
Portant des noms comme "Madaya supermarché" ou "Les mets damascÚnes Ibad al-Rahmane", ces commerces ont transformé en un "petit Damas" cette artÚre principale de la ville du nord-ouest du pays ravagé par plus de six ans de guerre.
Les sandwichs de "Sultan Daraya" sont particuliÚrement appréciés parmi les nostalgiques de la localité perdue.
"Nous avons appelé le restaurant ainsi car nous sommes de Daraya", dit Abdelrahim Abou al-Ezz, 24 ans, qui se considÚre comme tous les habitants de cette ville située à à peine 10 km au sud-ouest de la capitale syrienne, comme originaires du grand Damas.
La spécialité de son snack: le sandwich chawarma fait avec du pain arabe, des lamelles de poulet, des tomates et des poivrons mélangés à des sauces spéciales.
"Nous achetons des épices et préparons une sauce traditionnelle de Damas. C'est pour cela que notre chawarma est différent. Nous ajoutons au poulet une marinade dont personne ne connaßt ici le secret", confie-t-il fiÚrement.
Cette recette a été concoctée dans le restaurant de la famille à Daraya, l'une des premiÚres localités à se révolter contre le régime en 2011. Abdelrahim Abou al-Ezz avait ensuite quitté l'université pour rejoindre les rebelles défendant Daraya soumise plus tard à un siÚge impitoyable.
- 'Les bons vieux jours' -
Ces derniÚres années, des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées en vertu d'accords dits de "réconciliation", consistant pour le régime à lever le siÚge et à cesser les bombardements et pour les opposants, armés ou civils, à quitter leurs maisons.
Il y a deux mois, M. Abou al-Ezz a ouvert son restaurant et emploie maintenant sept personnes, dont cinq de Daraya.
"La majoritĂ© de mes clients sont de Madaya, Zabadani, Daraya et Mouadamiyat al-Cham", des villes concernĂ©es par les mĂȘmes accords. "Tous les habitants de la banlieue de Damas sont friands de ces spĂ©cialitĂ©s damascĂšnes", dit-il.
Abou Hamdane, vendeur de meubles installé à Atmé, une localité de la province d'Alep proche de la frontiÚre turque, vient au "Sultan Daraya" "uniquement pour se souvenir du parfum de Damas".
"Venir dans ces restaurants nous rappelle Daraya, ses habitants, sa nourriture", soupire le quinquagénaire.
Habitant aussi à Atmé, Abou Imad, un menuisier ùgé d'une cinquantaine d'années, est également un client régulier. "Je viens à Idleb pour acheter de la marchandise et c'est l'occasion de renouer avec des amis de ma ville natale. Je viens ici pour me rappeler les bons vieux jours de Daraya".
- Le falafel, style Daraya -
Dans cette mĂȘme rue, le restaurant "Ibad al-Rahmane" offre du houmous, une purĂ©e de pois chiches Ă la crĂšme de sĂ©same, et des falafels, petites boulettes de pois chiches frites.
Son propriétaire, Mohammad Nouh, 22 ans, a emporté avec lui les succulentes recettes du restaurant familial à Daraya.
"Mon pĂšre possĂ©dait un restaurant et quand j'avais 10 ans mes frĂšres et moi y travaillions rĂ©guliĂšrement. Je prĂ©pare aujourd'hui mes plats de la mĂȘme façon", dit-il.
Il a dĂ» s'endetter pour ouvrir ce restaurant. "J'ai travaillĂ© trĂšs dur", raconte-t-il. "C'est une coĂŻncidence si nous sommes tous dans la mĂȘme rue. La majoritĂ© ne se connaissait pas avant".
"Les gens d'Idleb adorent les sauces piquantes. Ils les mettent dans tous les plats et cela tue le goût. Nous leur faisons goûter de nouvelles recettes", explique-t-il.
"Nous les DamascÚnes, nous nous régalions dans les restaurants de Daraya, Madaya et autres localités de la banlieue" de la capitale, assure Abou Moukhtar, originaire de Madaya, qui avec des amis a ouvert un supermarché.
Par Pascale TROUILLAUD - © 2017 AFP




