Catalogne

Le président catalan pris entre deux feux

  • PubliĂ© le 13 octobre 2017 Ă  15:28
  • ActualisĂ© le 13 octobre 2017 Ă  15:39
Le président catalan Carles Puigdemont, le 10 octobre 2017 à Barcelone

Le président catalan était pris vendredi sous les feux croisés des factions les plus dures du mouvement séparatiste qui le pressent de proclamer l'indépendance de la Catalogne et des entreprises qui quittent la région en masse.


Carles Puigdemont a été sommé par le gouvernement espagnol de "clarifier" la déclaration unilatérale d'indépendance qu'il avait suspendue aussitÎt aprÚs l'avoir annoncée mardi.
Si jeudi il n'a pas fait marche arriÚre, Madrid annoncera les mesures nécessaires pour suspendre l'autonomie de cette région de 7,5 millions d'habitants, un acte inédit depuis le rétablissement de la démocratie en Espagne et susceptible de mettre le feu aux poudres.
Depuis cet ultimatum, le leader séparatiste est pris entre d'un cÎté les milieux d'affaires qui prédisent une "catastrophe" en cas de divorce avec Madrid et commencent à fuir la région et, de l'autre, la frange la plus dure des indépendantistes qui réclame un passage en force pour mettre en oeuvre dÚs maintenant le processus d'indépendance. Et ce en s'appuyant sur les résultats du référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre.
"Nous ne serons capables de respecter ce que la majoritĂ© a exprimĂ© dans les urnes qu'Ă  travers une proclamation de la rĂ©publique", a averti vendredi dans une lettre ouverte la CUP, alliĂ© d'extrĂȘme gauche de l'exĂ©cutif catalan, dont certains membres s'Ă©taient sentis "trahis" par le discours ambigu de M. Puigdemont mardi.


- 'Aucun sens' -


Les séparatistes affirment avoir remporté le référendum avec 90% des voix et 43% de participation, des chiffres invérifiables en l'absence d'une commission électorale indépendante.
Le scrutin a été décrété illégal par la justice espagnole, antidémocratique par Madrid et les leaders européens ont insisté sur le fait qu'ils ne reconnaßtraient pas l'indépendance de la Catalogne en l'état.
"S'ils prétendent (...) encore nous menacer ou nous museler, qu'ils le fassent avec une République déjà proclamée", demande encore la CUP.
L'influente association indépendantiste Assemblée nationale catalane (ANC) a également pressé M. Puigdemont d'aller de l'avant.
"Face au rejet par l'Etat espagnol de toute proposition de dialogue, maintenir la suspension de la déclaration d'indépendance n'a plus aucun sens", insiste l'ANC, organisatrice depuis plusieurs années de grandes manifestations séparatistes.
Carles Puigdemont, qui hormis quelques tweets s'est fait discret depuis mardi, n'a pas réagi à ces injonctions. Concernant la situation économique, il a déclaré mardi devant le Parlement régional que la décision de dizaines d'entreprises de transférer leur siÚge social hors de Catalogne n'avait "pas un véritable impact sur notre économie".


- 'Une catastrophe' -


Mais du cÎté des milieux d'affaires, le ton est tout autre. Ils sont nombreux à craindre un mouvement irréversible et une répétition du scénario au Québec lorsque, aprÚs l'arrivée au pouvoir des indépendantistes en 1976, plus de 200 entreprises avaient déménagé leurs siÚges sociaux en quelques mois, pour ne jamais revenir.
"C'est une catastrophe pour la Catalogne et son économie. Je doute fortement qu'une seule entreprise revienne avant au moins trois à cinq ans de stabilité absolue", s'alarme dans El Pais Juan Ignacio Sanz, spécialiste des questions bancaires à l'Ecole de Commerce de Barcelone ESADE.
Les agences de notation observent la situation de prĂšs. La semaine derniĂšre, Standard and Poors (SP) et Fitch avaient dit envisager un abaissement de la note de la dette de la Catalogne, dĂ©jĂ  classĂ©e en catĂ©gorie spĂ©culative, ce qui l'empĂȘche de se financer sur les marchĂ©s internationaux.
Jeudi, SP a mĂȘme soulignĂ© le risque d'une rĂ©cession en cas de crise prolongĂ©e dans cette rĂ©gion qui est, avec 19% du PIB espagnol en 2016, l'une des plus riches d'Espagne mais aussi l'une des plus endettĂ©es, Ă  hauteur de 35,4% de son PIB.
L'impact sur le tourisme commence à se faire sentir en Catalogne, qui accueille un visiteur sur quatre en Espagne. Dans certains hÎtels de Barcelone, les prix des chambres ont chuté de moitié.
Selon le journal Ă©conomique en ligne El Confidencial, l'ouverture fin fĂ©vrier dans cette ville du CongrĂšs mondial de la tĂ©lĂ©phonie mobile (MWC), le plus grand salon du genre dans le monde et source majeure de revenus pour elle, est Ă©galement menacĂ©e et susceptible d'ĂȘtre retardĂ©e.
"Nous continuons à surveiller les événements en Espagne et en Catalogne et à évaluer tout impact potentiel", a réagi une porte-parole du CongrÚs, interrogée par l'AFP, sans démentir l'information.

Par Karine ALBERTAZZI avec les bureaux de l'AFP - © 2017 AFP

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