800.000 personnes exterminées

Le Rwanda marque le 30e anniversaire du génocide des Tutsi

  • PubliĂ© le 7 avril 2024 Ă  06:10
  • ActualisĂ© le 7 avril 2024 Ă  07:16
Murs de noms de victimes du génocide des Tutsi au mémorial Murambi de Nyamagabe, au Rwanda, le 12 mars 2024

Le Rwanda marque Ă  partir de dimanche le 30e anniversaire du gĂ©nocide des Tutsi, l'extermination de 800.000 personnes en 100 jours que la France n'a "pas eu la volontĂ©" d'arrĂȘter alors qu'elle en avait la possibilitĂ©, selon le prĂ©sident Emmanuel Macron.

Les commĂ©morations officielles dĂ©butent le 7 avril – jour des premiĂšres tueries de ce qui deviendra le dernier gĂ©nocide du XXe siĂšcle, faisant 800.000 morts, majoritairement dans la minoritĂ© tutsi, mais aussi des Hutu modĂ©rĂ©s.

A l'occasion de cet anniversaire, le prĂ©sident français, qui avait dĂ©jĂ  reconnu en 2021 les "responsabilitĂ©s" de la France dans le gĂ©nocide de 1994, a fait un pas supplĂ©mentaire, estimant que Paris, "qui aurait pu arrĂȘter le gĂ©nocide avec ses alliĂ©s occidentaux et africains, n'en a pas eu la volontĂ©".

Comme chaque année, le président Paul Kagame -- chef du Front patriotique rwandais (FPR) qui a renversé le régime génocidaire hutu en juillet 1994 et est depuis l'homme fort de ce pays de la région des Grands Lacs -- allumera une flamme du souvenir au Mémorial de Gisozi, à Kigali.

Cette cérémonie se déroulera en présence de dirigeants et officiels étrangers, dont l'ancien président américain Bill Clinton, en poste à la Maison Blanche durant les massacres, le ministre français des Affaires étrangÚres Stéphane Séjourné et le secrétaire d'Etat à la Mer Hervé Berville, né au Rwanda.

- Carnages -

La musique ne sera pas autorisée dans les lieux publics, ni à la radio. Evénements sportifs et films seront interdits de diffusion à la télévision, sauf s'ils sont liés aux commémorations.

Les tueries du printemps 1994 ont été déclenchées au lendemain de l'attentat contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana, dans une frénésie de haine alimentée par une virulente propagande anti-Tutsi.

Trois mois durant, l'armée, les milices Interahamwe (bras armé du régime génocidaire hutu), mais aussi de simples citoyens massacreront -- avec fusils, machettes ou gourdins -- les Tutsi, appelés "Inyenzi" ("cafards" en langue kinyarwanda), et des opposants hutu.

Le carnage prend fin lorsque la rébellion tutsi du FPR s'empare de Kigali le 4 juillet, déclenchant un exode de centaines de milliers de Hutu vers le Zaïre voisin (aujourd'hui République démocratique du Congo).

Trente ans plus tard, des charniers continuent d'ĂȘtre mis au jour.

La communauté internationale avait été vivement critiquée pour son inaction avant et durant le génocide.

Paris, qui entretenait des relations étroites avec le régime hutu quand le génocide a commencé, a longtemps été accusé de "complicité" par Kigali.

AprÚs des décennies de tensions, allant jusqu'à une rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali entre 2006 et 2009, un rapprochement avait été permis entre les deux pays à l'issue de la mise en place d'une commission par Emmanuel Macron qui a conclu en 2021 à des "responsabilités lourdes et accablantes" de la France, tout en écartant la complicité.

- "Discours de haine" -

Depuis 30 ans, le Rwanda mĂšne un travail de rĂ©conciliation, avec notamment la crĂ©ation en 2002 de tribunaux communautaires, les "gacaca" oĂč les victimes pouvaient entendre les "aveux" des bourreaux.

La justice a également joué un rÎle majeur mais selon Kigali, des centaines de personnes suspectées d'avoir participé au génocide sont toujours en liberté, notamment dans les pays voisins, comme la République démocratique du Congo (RDC) et l'Ouganda.

Au total, 28 fugitifs ont Ă©tĂ© extradĂ©s depuis des pays Ă©trangers, dont six depuis les États-Unis.

La France n'en a extradé aucun mais en a condamné une demi-douzaine.

Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty et Human Rights Watch, ont appelé à l'accélération des poursuites contre les responsables du génocide.

"J'exhorte les États du monde entier Ă  redoubler d'efforts pour traduire en justice tous les auteurs prĂ©sumĂ©s encore en vie –- y compris par le biais de la compĂ©tence universelle –- et Ă  lutter contre les discours de haine et l'incitation Ă  commettre le gĂ©nocide", a exhortĂ© de son cĂŽtĂ© le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker TĂŒrk.

AFP

guest
1 Commentaires
Missouk
Missouk
1 an

A lire à ce propos l'excellente BD du local Hippolyte intitulée "La Fantaisie des Dieux-Rwanda 1994"... (plus dispo à priori en librairie, mais qu'on peut emprunter dans toutes les bibliothÚques et médiathÚques, ou presque!)