Respect de l'environnement

Le tri des biodéchets en France, c'est pour janvier

  • PubliĂ© le 17 novembre 2023 Ă  11:00
  • ActualisĂ© le 17 novembre 2023 Ă  14:13
poubelles grises

Épluchures, restes de cuisine: le tri des biodĂ©chets va devoir se gĂ©nĂ©raliser en France Ă  partir de janvier, pour allĂ©ger nos poubelles et produire du compost ou du biogaz, une rĂ©forme Ă©voquĂ©e depuis les annĂ©es 2010 mais qui, malgrĂ© la loi, ne concernera qu'une minoritĂ© de foyers dans l'immĂ©diat (Photo sly/www.imazpress.com)

Symbole de ce changement, le seau qui sert à collecter les quelque 30% de matiÚre organique contenue dans nos ordures ménagÚres: pelures, coquilles d'oeuf, marc de café, restes de repas, parfois donnés aux poules ou aux chiens, compostés dans le jardin mais le plus souvent jetés en pure perte dans le sac gris.

Force est d'admettre que "certaines collectivités ont encore des investissements à poursuivre", indique à l'AFP le ministÚre de la Transition écologique, à l'approche de la date butoir du 1er janvier 2024 fixée par la directive européenne de 2018 et la loi anti-gaspillage de 2020.

Seuls 27 millions de Français, soit 40% de la population, auront une solution courant 2024, selon le ministÚre. Et encore, puisque ce chiffre inclut les 10 millions de riverains qui se contenteront de pouvoir réclamer un bac composteur à domicile sur une base de volontariat.

"L'enjeu premier est de sortir les biodéchets de la décharge ou de l'incinérateur, car ils contiennent beaucoup d'eau, et les brûler n'a pas de sens", souligne Vincent Coissard, responsable de la sous-direction déchets et économie circulaire au ministÚre.

Mais "dire que si les personnes ne font pas le tri, elles auront 35 euros d'amende, c'est totalement faux", insiste-t-il.

- "De la volonté" -

Certaines communes ont pris de l'avance, comme Lorient (Morbihan) oĂč cela fonctionne depuis vingt ans, Thann et Cernay (Haut-Rhin) qui se sont lancĂ©es en 2010 avec une redevance incitative: la facture dĂ©pend de la taille du bac Ă  biodĂ©chets et de la frĂ©quence de la collecte.

D'autres exemples réussis prospÚrent: à Locminé (Morbihan), on roule au biodéchets, et à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), on se chauffe avec.

"Pendant dix ans, j'ai été relativement seul, il faut de la volonté", défend Pascal Bioulac, le maire (Horizons) de Lamotte-Beuvron qui a construit un méthaniseur retraitant les boues d'épuration, les biodéchets et les intrants agricoles, dont les tonnes de fumier généré par le parc équestre de la ville.

Il a fallu composer avec les objections de ceux qui lui disaient "attention, ça va exploser, ça pue", relate-t-il Ă  l'AFP, et accepter de passer pour "un ovni" auprĂšs d'autres Ă©lus qui se demandaient "pourquoi s'embĂȘter si on n'a pas d'obligation".

En Europe, "la France ne se classe ni dans les premiers, ni dans les derniers. Il y a des villes qui font du trÚs bon travail", constate Manon Jourdan, de l'ONG Zero Waste Europe, qui milite pour la réduction des déchets et la pollution qu'ils génÚrent.

- Pas de recette unique -

Qu'est-ce qui freine alors? "Il y a la question du coût de la collecte et de l'acceptation par la population", analyse Mme Jourdan.

"La question des déchets reste émotionnelle car on doit influencer la façon dont les gens se comportent chez eux, et les élus ont toujours peur que ce soit mal reçu. Donc, on en revient à une volonté politique", dit-elle.

Au total, selon l'Ademe, l'agence de la transition Ă©cologique, 83 kilos de biodĂ©chets sont gĂ©nĂ©rĂ©s par an et par habitant en France, dont 50% pourraient ĂȘtre facilement captĂ©s au lieu de finir en dĂ©charge ou incinĂ©rĂ©s.

"MĂȘme avec des hypothĂšses hyper pessimistes, le gisement de biogaz est trĂšs important", souligne Roland Marion, de l'Ademe, sans donner de chiffre.

LĂ  oĂč c'est dĂ©jĂ  en place, il n'y a pas de recette unique.

Certains communes ont optĂ© pour de la collecte en porte Ă  porte, d'autres pour des points d'apport volontaire. Le bac peut ĂȘtre sĂ©curisĂ© par un badge ou un QR code pour permettre la pesĂ©e et Ă©viter qu'un passant y jette n'importe quoi.

Quant aux nuisances, odeurs ou bestioles, mises en avant par les réfractaires, l'Ademe reconnaßt qu'"on n'est pas à l'abri des rongeurs mais il y a des solutions".

On peut mettre des grilles au fond des composteurs, ou veiller à une fréquence suffisante des collectes. A Milan, ville pionniÚre maintes fois copiée en Europe, le camion passe deux fois par semaine, et presque tous les jours pour les hÎtels-restaurants.

AFP

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