La dette du pays est estimée à 100 milliards de dollars

Le Venezuela sous la menace du défaut de paiement

  • PubliĂ© le 14 aoĂ»t 2017 Ă  11:14
Un puit de pétrole prÚs de Marcaibo, à 500 km de Caracas, le 03 mai 2003

Le Venezuela vit sa pire crise politique depuis des décennies, marquée par les pénuries d'aliments et les manifestations. Mais la situation pourrait encore empirer alors que se profile le spectre d'un défaut de paiement. Dans un tel scénario, l'accÚs aux marchés de capitaux se fermerait immédiatement pour ce pays riche en ressources pétroliÚres, mais pauvre en liquidités. Ses créanciers pourraient alors saisir les actifs de la compagnie pétroliÚre d'Etat, PDVSA (pétroliers, raffineries, comptes bancaires...). De quoi aggraver la crise humanitaire. Mais quelle est la probabilité que le Venezuela fasse défaut sur sa dette, estimée à plus de 100 milliards de dollars ?

Jusqu'à présent, le gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro fait tout pour l'éviter, payant en priorité ses échéances de dette plutÎt que d'importer nourriture et médicaments, pourtant si nécessaires. Mais la production et les recettes pétroliÚres baissent. Ses réserves de devises sont désormais de seulement 10 milliards de dollars, la plupart sous forme de lingots d'or gardés en sécurité à Caracas. Octobre et novembre seront une échéance cruciale: le Venezuela et PDVSA doivent rembourser une tranche de 3,8 milliards de dollars.

- Crédibilité -

"C'est un dĂ©fi, mais le gouvernement va probablement payer", estime AndrĂ©s Abadia, Ă©conomiste chargĂ© de l'AmĂ©rique latine au cabinet Pantheon Macroeconomist, dans une rĂ©cente note. Il note toutefois que le Venezuela manque de liquiditĂ©s et "nous nous attendons Ă  ce que la situation devienne bien pire". "Il est de plus en plus probable qu'une dĂ©tĂ©rioration du contexte Ă©conomique, mĂȘlant rĂ©cession et quasi-hyperinflation, et de la crise politique provoquent un changement de gouvernement", prĂ©dit-il.

La crédibilité du Venezuela pour rembourser sa dette est également mise à mal par l'élection fin juillet d'une toute-puissante Assemblée constituante. Car les contrats de dette du pays ont été rédigés selon le droit américain. Or les Etats-Unis ne reconnaissent pas la Constituante, la considérant un outil "illégitime" de la "dictature" du président Maduro. Cette assemblée "aggrave le risque en termes de réputation de PDVSA et des bons vénézuéliens", explique Juan Carlos Rodado, responsable du département Amérique latine à la banque d'investissement Natixis à New York.

Pour beaucoup d'analystes, la seule option pour Caracas est de renĂ©gocier ses remboursements de dette. Mais le rejet international suscitĂ© par l'AssemblĂ©e constituante pourrait ĂȘtre un obstacle. "Le consensus de plus en plus fort est que le Venezuela ne pourra pas persister beaucoup plus longtemps avec sa politique de remboursement de dette", soulignaient rĂ©cemment Lee Buchheit, du cabinet d'avocats Cleary Gottlieb Steen & Hamilton Ă  New York, et G. Mitu Gulati, de l'Ă©cole de droit de l'UniversitĂ© Duke, dans un article conjoint. Selon eux, "cela implique une restructuration de la dette".

- Chine et Russie -

Les plus gros créanciers du Venezuela sont la Chine et la Russie, dont l'exposition combinée est d'environ 50 milliards de dollars.
La Chine a prĂȘtĂ© quelque 60 milliards au Venezuela entre 2007 et 2014, un montant devant ĂȘtre remboursĂ© en pĂ©trole, alors vendu Ă  100 dollars le baril.
Mais depuis les cours du brut ont chuté, passant depuis 2015 sous les 50 dollars, et le Venezuela peine à fournir la production nécessaire. DiscrÚtement, Pékin a donc coupé le crédit.

La Chine a dĂ©jĂ  rĂ©cupĂ©rĂ© un peu de l'argent prĂȘtĂ© mais Caracas doit encore en rembourser "une grande partie", observe Francisco Monaldi, de l'UniversitĂ© Rice au Texas (Etats-Unis) et de l'Ă©cole de commerce IESA Ă  Caracas. Le Venezuela "envoie 400 millions de barils de brut par an Ă  la Chine pour payer la dette, et c'est moins que ce qu'il devrait payer, car les Chinois lui ont donnĂ© une pĂ©riode de grĂące en raison des prix bas du pĂ©trole", explique-t-il Ă  l'AFP.

La Russie de son cĂŽtĂ© prĂȘte Ă  Caracas depuis 2011, d'abord avec un crĂ©dit de 2,8 milliards de dollars pour lui permettre d'acheter des systĂšmes anti-aĂ©riens et d'autres armes, puis apparemment, depuis 2014, Ă  travers sa compagnie pĂ©troliĂšre Rosneft, pour au moins 6 milliards supplĂ©mentaires.
Tout comme avec la Chine, une partie de la dette doit ĂȘtre remboursĂ©e en pĂ©trole. Mais la production vĂ©nĂ©zuĂ©lienne n'a cessĂ© de dĂ©cliner ces deux derniĂšres annĂ©es, le nombre de ses plateformes pĂ©troliĂšres en activitĂ© chutant de 75 Ă  49 selon Pantheon Macroeconomics. Et 40% de cette production va directement aux Etats-Unis, son premier client. Dans ces conditions, difficile pour Caracas de respecter ses engagements.

Comme garantie de son emprunt russe, le Venezuela a offert 49,9% de Citgo, une raffinerie et un réseau de stations-service de PDVSA aux Etats-Unis. Selon Monaldi, l'entreprise vaudrait 8 milliards de dollars.En cas de défaut, Rosneft pourrait s'emparer de Citgo, mais cela entrerait sans doute en conflit avec les sanctions américaines sur la Russie. "Le gouvernement américain ne se réjouira pas à l'idée de voir Rosneft prendre le contrÎle d'une raffinerie et d'un réseau de distribution d'essence aux Etats-Unis", relÚve M. Rodado.

AFP

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