L'intersyndicale se mobilise ce vendredi 10 avril 2026 devant la préfecture de Saint-Denis pour défendre le 1er mai, seul jour férié légalement obligatoirement chômé et rémunéré. Elle dénonce "une proposition de loi déposée pour permettre aux salariés de certains secteurs, sur la base du volontariat, de travailler le 1er mai". Ce texte "ouvre la voie à de larges dérogations dans de nombreux secteurs professionnels, notamment les grandes surfaces, au détriment des petits commerces". Le vote doit se tenir à l'Assemblée nationale ce vendredi (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Selon le Code du travail, "le 1er mai est jour férié et chômé. Les salariés rémunérés à l'heure, à la journée ou au rendement ont droit à une indemnité égale au salaire perdu du fait de ce chômage. Cette indemnité est à la charge de l'employeur. Dans les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail, les salariés occupés le 1er mai ont droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire. Cette indemnité est à la charge de l'employeur".
- Un acquis social remis en cause -
"Leur urgence après nous avoir volé deux années de vie à la retraite et avoir essayé de nous voler deux jours fériés pendant l'été, c'est maintenant de s'attaquer au 1er mai", s'indigne la CGTR. Écoutez.
"Le 1er mai est attaqué et quand le 1er mai est attaqué ce sont les travailleurs qui sont attaqués", lance Expedit Lock-Fat, secrétaire général de la CFDT Réunion. "Le 1er mai est le seul jour payé obligatoire en France et quand il y a une remise en cause, il est important de se mobiliser", dit-il. Écoutez.
"Derrière cette mesure se profile une banalisation inquiétante d’un acquis social majeur. Si le 1er mai est fragilisé, c’est l’ensemble des droits collectifs qui pourrait être remis en cause", interpelle la FSU Territoriale.
"À La Réunion, où les inégalités sociales sont fortes, cette évolution aurait des conséquences particulièrement lourdes. Les protections collectives y sont essentielles pour garantir la justice sociale", poursuit Christian Picard.
- Le volontariat "une fiction dans le contrat de travail" -
Autre point de crispation pour l'intersyndicale, le "volontariat". "Les salariés savent à quel point il s'agit d'une fiction dans le contrat de travail caractérisée par le lien de subordination. Comme pour le dimanche, les employeurs obligeront les salariés à travailler le 1er mai sous peine de licenciement, de non renouvellement du contrat ou de non-recrutement (c'est-à-dire un chantage au moment de l'embauche)", peste le syndicat.
Le communiqué de la CGTR poursuit : "Aujourd'hui les salariés qui travaillent déjà le 1er mai, dans les secteurs nécessaires pour faire société, autorisés par la loi actuelle, c'est-à-dire ceux qui ne peuvent pas interrompre le travail (hôpitaux, pompiers, industrie lourde, énergie...) ont souvent le droit à des contreparties et majorations, parfois payés "triple" la proposition de loi prévoit quant à elle d'être payé "double". Or le 1er mai tout le monde est déjà "payé à ne pas travailler", être payé "double" en venant travailler, c'est, en fait, être payé seulement une fois pour sa journée de travail".
- 1er mai - une journée de revendication -
En 1889, le 1er mai devient une journée de revendication et de manifestation en France sous l'impulsion de Jules Guesde à l'occasion du centenaire de la révolution française et de la réunion de l’Internationale ouvrière. Dès 1890, un défilé d'ouvriers est organisé pour demander la journée de travail de huit heures.
L'année suivante, une nouvelle mobilisation des travailleurs prend place dans la ville de Fourmies (Nord). Mais cette fois, la journée tourne au drame avec une fusillade qui provoque la mort d'une dizaine de manifestants.
Quelques années plus tard en 1919, le Parlement votera enfin la réduction du temps de travail à huit heures par jour et cette journée deviendra chômée.
Enfin, sous le régime de Vichy, le 1er mai sera férié en tant que "Fête du travail et de la concorde sociale" avant de disparaitre à la libération et d'être réinstauré en 1948 comme jour férié, chômé et payé.
Pour les syndicats, "cette journée fériée doit rester exceptionnelle car elle commémore les luttes pour les droits des travailleuses et travailleurs, depuis les manifestations mortelles, notamment en France avec la fusillade sanglante de travailleurs à Fourmies le 1er mai 1891".
"Remettre en cause le principe de cette journée, c'est remettre en cause plus de 100 ans de lutte sociale."
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