Législatives en Arménie : Pachinian en tête, selon de premiers résultats partiels

  • Publié le 8 juin 2026 à 10:03
  • Actualisé le 8 juin 2026 à 10:36
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Parlement européen à Strasbourg le 17 octobre 2023

Le parti du Premier ministre arménien Nikol Pachinian devance ses opposants selon les premiers résultats partiels des élections législatives de dimanche, qui ont valeur de test pour la réorientation de la politique d'Erevan vers les Occidentaux.

Selon la Commission électorale centrale, les résultats après dépouillement de 32% des bureaux de vote montrent que le parti Contrat civil de M. Pachinian fait la course en tête devant l'alliance Arménie forte du milliardaire russo-arménien Samvel Karapetyan, avec 51,2% et 23% des voix respectivement.

Le taux de participation s'est élevé à 59%, selon la Commission.

M. Pachinian a revendiqué une "victoire historique" et s'est engagé à "poursuivre la voie du rapprochement avec l'Occident" tout en développant les relations avec la Russie.

"J'espère que cela suscitera une réponse positive de la part de la Turquie et de l'Azerbaïdjan", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, ajoutant devoir "institutionnaliser la paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan".

L'Arménie et la Russie, liées par deux siècles d'histoire, sont officiellement toujours alliées. Mais Erevan multiplie les reproches envers Moscou, qui n'a pas empêché la reprise par la force par l'Azerbaïdjan de l'enclave du Karabakh, et se tourne vers l'Union européenne et les Etats-Unis.

Le président américain Donald Trump avait apporté son soutien "total" à Nikol Pachinian, alors que la Russie a mis Erevan en garde contre une trajectoire qu'elle rapproche de celle de l'Ukraine.

Le scrutin de dimanche intervient après des années de profonds bouleversements en Arménie depuis l'arrivée au pouvoir de M. Pachinian à l'issue de manifestations en 2018 sur la promesse de de démanteler le système oligarchique post-soviétique.

Ce petit pays à majorité chrétienne du Caucase est encore sous le choc de sa défaite contre l'Azerbaïdjan en 2020 et de la perte du Karabakh en 2023, qui a provoqué l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens de ce territoire disputé depuis des décennies.

Nikol Pachinian, ancien journaliste âgé de 51 ans, a présenté ce scrutin comme un choix entre une paix durable, quoique controversée, avec Bakou, et un retour à la guerre.

Le parquet a indiqué avoir ouvert 165 enquêtes pour "cas présumés d'obstruction du processus électoral", tandis que le parti d'opposition Alliance arménienne de l'ex-président Robert Kotcharian a accusé les forces de l'ordre d'avoir interpellé des membres de son équipe de campagne.

- Rancœur envers Moscou -

M. Pachinian avait reproché à Moscou de ne pas avoir apporté son aide à l'Arménie lors de la guerre de 2020. La Russie avait déployé des forces de maintien de la paix au Karabakh, mais n'était pas intervenue directement, soucieuse de préserver ses relations avec l'Azerbaïdjan, autre ancienne république soviétique.

Prenant acte, M. Pachinian a gelé la participation arménienne à une alliance régionale chapeautée par Moscou et a cherché à renforcer les liens avec Bruxelles et Washington, allant même jusqu'à évoquer une potentielle adhésion de son pays à l'UE.

Le président russe a, lui, mis en garde contre le "scénario ukrainien" fin mai, estimant que l'intention de l'Ukraine de rejoindre l'UE avait mené in fine à l'invasion russe en 2022. Kiev, en 2014, s'apprêtait en réalité à signer un simple accord d'association avec l'Union européenne.

La Russie a interdit l'importation d'une série de produits agricoles arméniens, et le Kremlin a été accusé de chercher à influencer le scrutin.

Les Arméniens sont nombreux en Russie, principal partenaire commercial de l'Arménie et marché clef pour ses exportations, alors qu'Erevan est dépendant de Moscou pour ses fournitures d'armements et d'énergie.

- Soutien européen -

Nikol Pachinian affirme ne pas souhaiter rompre avec Moscou ni vouloir "nuire aux intérêts de la Russie".

Pour autant, la campagne électorale a pris des airs de combat pour l'avenir géopolitique de l'Arménie.

Samvel Karapetyan a mis en garde contre toute "ruée imprudente" vers l'Occident. "La Russie est et restera notre partenaire stratégique et notre principal partenaire économique", a-t-il déclaré.

Les Européens, de leur côté, ne cachent guère leur souhait de voir Nikol Pachinian l'emporter, et sont venus soutenir le partenariat UE-Arménie lors d'un sommet à Erevan début mai.

AFP

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