AprĂšs quelques heures de pause, les dirigeants europĂ©ens se prĂ©paraient lundi de nouveau Ă de longues nĂ©gociations, dans l'espoir de trouver un accord sur un plan de relance post-coronavirus, au quatriĂšme jour d'un sommet laborieux, sur fond de profondes dissensions. Ce sommet pourrait bientĂŽt battre le record de celui de Nice, en novembre 2000, oĂč il avait fallu environ 85 heures aux dirigeants pour s'accorder sur une rĂ©vision des traitĂ©s dans le cadre de l'Ă©largissement Ă l'Est.
La reprise de la sĂ©ance en plĂ©niĂšre, dans un premier temps envisagĂ©e Ă 16H00 locales, est attendue pour 18H00 (16H00 GMT). Un optimisme prudent a gagnĂ© certains dirigeants, aprĂšs les tensions de la nuit prĂ©cĂ©dente. Les dirigeants français et allemand, Emmanuel Macron et Angela Merkel, ont exprimĂ© "l'espoir" d'un compromis. Mais "rien n'est encore actĂ©, je resterai donc extrĂȘmement prudent", a soulignĂ© M. Macron.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, médiateur du sommet, va présenter un nouveau projet de compromis aux capitales, moins ambitieux que la proposition initiale.
- Baisse du montant des subventions -
De sources concordantes, il devrait proposer de revoir Ă la baisse la part de subventions dans le plan de relance, chiffrĂ© au total Ă 750 milliards d'euros: 390 milliards, contre 500 milliards prĂ©vus au dĂ©part. Le reste serait constituĂ© de prĂȘts. "Tant qu'on n'arrivait pas Ă bien dĂ©finir quel Ă©tait le montant du fonds de relance, on ne pouvait pas avancer", a soufflĂ© une source europĂ©enne. Selon une autre source, le chiffre de 390 milliards "semble ĂȘtre acceptĂ© par toutes les parties".
Au moment oĂč une rĂ©cession historique frappe l'Europe, les rĂ©ticences des pays dits "frugaux" (Pays-Bas, SuĂšde, Danemark, Autriche, rejoints par la Finlande) menacent de faire capoter un plan massif de soutien Ă l'Ă©conomie, qui profiterait avant tout aux pays du Sud comme l'Italie et l'Espagne, les plus touchĂ©s par l'Ă©pidĂ©mie. L'unanimitĂ© requise rend un accord difficile. La rĂ©duction du volume des subventions est un grand pas en direction des frugaux, qui bloquent tout accord depuis le dĂ©but.
- "Plus optimiste" -
Le dirigeant nĂ©erlandais Mark Rutte, le plus difficile Ă convaincre, a reconnu que des progrĂšs avaient Ă©tĂ© faits. "Cela peut encore Ă©chouer. Mais je suis plus optimiste que je ne l'Ă©tais cette nuit Ă un moment donnĂ©, oĂč je me suis dit: c'est fini", a-t-il expliquĂ© lundi matin. Mais d'autres sujets s'avĂšrent tout aussi Ă©pineux: la question de l'Etat de droit et le budget pluriannuel de l'UE (2021-2027).
Le fonds de relance, constitué par une capacité d'emprunt de 750 milliards d'euros, est en effet adossé au budget de l'UE à hauteur de 1.074 milliards d'euros. Ce budget avait fait l'objet d'un sommet à lui seul en février, avant la crise du coronavirus, sans que les dirigeants puissent s'entendre. Montant attribué à chaque politique de l'UE, ancrage du budget dans la lutte contre le changement climatique, mais aussi lien entre les aides européennes et le respect de l'Etat de droit (liberté de la presse, indépendance de la justice...), restent à régler.
Cette derniÚre question hérisse Varsovie et Budapest, dans le collimateur de la Commission et du Parlement européen qui ont lancé une procédure à leur encontre dans ce dossier.
- Etat de droit -
Le Premier ministre Viktor Orban s'y est vivement opposĂ© dimanche, accusant mĂȘme son homologue nĂ©erlandais de vouloir "punir financiĂšrement" la Hongrie. "Pour que le compromis soit acceptable pour la Pologne, nous devons obtenir ce que nous demandons depuis le dĂ©but: aucun pouvoir discrĂ©tionnaire pour les organes de l'UE, les institutions de l'UE concernant l'Ătat de droit", a dĂ©clarĂ© Mateusz Morawiecki aux mĂ©dias polonais. Les sources de tension n'ont pas manquĂ© au cours de ce sommet marathon.
De sources concordantes, le dßner de dimanche a été mouvementé, marqué par le haussement de ton d'Emmanuel Macron pour dénoncer la mauvaise volonté et les "incohérences" des frugaux.
Au cours de ce mĂȘme repas, Charles Michel avait exhortĂ© les 27 Ă s'entendre pour ne pas prĂ©senter le "visage d'une Europe faible, minĂ©e par la dĂ©fiance". Il a multipliĂ© tout au long du sommet les gages en faveur des frugaux, par exemple en tentant de rĂ©pondre Ă la demande de Mark Rutte de valider Ă l'unanimitĂ© des 27 les plans de relance prĂ©sentĂ©s par chaque pays en contrepartie des aides. Il est prĂ©vu Ă©galement que les rabais obtenus par cinq pays (les frugaux, ainsi que l'Allemagne), qui jugent leurs contributions nettes au budget de l'UE disproportionnĂ©es, soient maintenus, voire renforcĂ©s.
AFP
