Du nord au sud de l'Allemagne, des centaines de milliers d'opposants au projet controversé de traité de libre-échange transatlantique (TTIP) sont attendus dans les rues samedi alors que le scepticisme n'a cessé de grossir en Europe, en particulier en France.
Dans un pays oĂč la population est largement hostile Ă ce traitĂ© en cours de nĂ©gociation entre les Etats-Unis et l'UE, les organisateurs des manifestations de samedi --une trentaine d'ONG, de syndicats et partis politiques-- espĂšrent mobiliser plus de 250.000 personnes dans sept villes.
Soutenues par la chanceliÚre Angela Merkel, ces négociations divisent cependant son gouvernement, le vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel ayant vertement critiqué le traité.
A Berlin, oĂč la mobilisation avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© forte l'an dernier, jusqu'Ă 80.000 manifestants doivent dĂ©filer Ă partir de la mi-journĂ©e contre ce texte dont l'objectif est de doper les Ă©changes amĂ©ricano-europĂ©ens.
- "Commerce équitable" -
Les autres manifestations avec pour mot d'ordre "Pour un commerce mondial Ă©quitable" se dĂ©rouleront Ă Hambourg, Munich, Francfort, Cologne, Stuttgart et Leipzig. Outre le TTIP, pour lequel un nouveau round de nĂ©gociations vient d'ĂȘtre fixĂ© Ă dĂ©but octobre, les manifestants entendent Ă©galement exprimer leur opposition au Ceta, le traitĂ© de libre-Ă©change avec le Canada dont la signature finale est attendue Ă la fin du mois prochain.
Ces deux traités inquiÚtent de longue date les Allemands alors qu'à l'inverse Mme Merkel n'a cessé de leur affirmer son soutien, insistant sur les "chances de créations d'emploi" qui doivent en découler, selon elle.
"Il est dans notre intĂ©rĂȘt de ne pas rĂ©trograder derriĂšre d'autres rĂ©gions du monde, comme par exemple les rĂ©gions asiatiques qui ont dĂ©jĂ conclu un tel accord avec les Etats-Unis", a-t-elle Ă©galement plaidĂ©.
Mais selon un sondage de l'institut Ipsos, 52% des Allemands estiment que le libre-échange mÚne à un affaiblissement des normes sociales et permet l'importation de produits dommageables pour la santé.
Ceux qui ont lancé les négociations "ont mal anticipé le fait que dans la période post-crise de 2008, l'idée de libéraliser encore plus, de déréguler encore plus, allait mal passer auprÚs des opinions publiques", avait récemment indiqué à l'AFP Sylvie Matelly, directrice adjointe de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).
Le ministre de l'Economie et vice-chancelier, Sigmar Gabriel, a quant à lui jeté un pavé dans la mare au début du mois en assurant que le TTIP avait "de facto échoué".
"Nous, Européens, ne devons bien sûr pas céder à leurs exigences" (celles des Américains), avait assuré M. Gabriel.
Les Sociaux-démocrates sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à ne plus y croire au point que certaines fédérations locales ont appelé à manifester samedi.
Le SPD doit d'ailleurs dĂ©cider lundi lors d'un mini-congrĂšs s'il approuve ou non le Ceta, que le gouvernement juge ĂȘtre "un accord trĂšs rĂ©ussi".
Négocié depuis mi-2013 par le gouvernement américain et la Commission européenne, l'accord TTIP (Transatlantic Trade Investment Partnership, également connu sous un autre acronyme anglais, Tafta), vise à supprimer les barriÚres commerciales et réglementaires de part et d'autre de l'Atlantique pour créer une vaste zone de libre-échange.
- 'Attaque contre la démocratie' -
Ses détracteurs craignent, outre une remise en cause des normes sociales, sanitaires et environnementales européennes, la création d'un mécanisme d'arbitrage parallÚle pour les investisseurs étrangers qui viendrait affaiblir le pouvoir des autorités publiques face aux grandes entreprises.
Les organisateurs des manifestations en Allemagne ne cessent également de dénoncer des négociations tenues dans le plus grand secret. Il s'agit d'une "attaque contre la démocratie", juge l'ONG Foodwatch.
D'autres pays européens, comme l'Autriche mais surtout la France, sont opposés au traité.
Mercredi, le secrĂ©taire d'Etat français au Commerce extĂ©rieur Matthias Fekl a affirmĂ© que les nĂ©gociations entre la Commission europĂ©enne et les Etats-Unis n'avaient plus le soutien politique de Paris. Le Premier ministre français Manuel Valls a Ă©galement demandĂ© "un coup d'arrĂȘt clair" dans les nĂ©gociations.
Washington, tout comme Mme Merkel, veulent encore achever les négociations avant la fin de l'année, tant que Barack Obama se trouve à la Maison-Blanche.
Par Alain JEAN-ROBERT - © 2016 AFP
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