Ouragan Irma

Les bateaux aussi doivent panser leurs plaies

  • PubliĂ© le 30 septembre 2017 Ă  11:22
  • ActualisĂ© le 30 septembre 2017 Ă  11:24
Le port de La Rochelle pendant le 45e Grand Pavois International le 27 septembre 2017

RĂ©unis au Grand pavois de La Rochelle, des professionnels du nautisme s'apprĂȘtent Ă  partir lundi pour Saint-Martin et Saint-BarthĂ©lĂ©my afin de mesurer l'ampleur des dĂ©gĂąts sur les bateaux causĂ©s par l'ouragan Irma le 6 septembre.

"J'y vais avec appréhension", confie à l'AFP Frédéric Bonin, responsable des grands comptes charters pour le groupe Bénéteau, numéro 1 mondial de la voile. "Je devais m'y rendre la semaine derniÚre mais aprÚs Irma, il y a eu Maria..."
"A Saint-Martin, on a rapidement reçu des nouvelles du personnel des loueurs de bateaux, qui sont nos clients, mais on ne sait pas vraiment dans quel état sont les bateaux et les marinas. On commence tout juste à avoir un état des lieux par les experts des assurances", dit-il.
Des blogs publient des vidéos tournées depuis des drones montrant des marinas dévastées. Tous les bateaux sont touchés, retournés, démùtés, tombés des bers s'ils étaient parqués à terre ou gisent au fond du port.
Pourtant cela aurait pu ĂȘtre pire. "Les loueurs ont envoyĂ© leurs unitĂ©s dans les Ăźles voisines autant que possible mais ils ont manquĂ© d'Ă©quipages pour les convoyer", explique FrĂ©dĂ©ric Bonin. A Saint-BarthĂ©lĂ©my, en revanche, "il y avait surtout de trĂšs gros yachts, avec Ă©quipages. Ils ont eu le temps de quitter la zone".
Cette mission de reconnaissance comprend aussi Guillaume Arnauld Des Lions, délégué général de la fédération des industries nautiques (FIN) et des membres du Cesam, qui regroupe l?ensemble des sociétés d?assurances françaises et étrangÚres de la branche maritime et centralisera les déclarations d'experts.
"Je m'attends à trouver trois catégories de bateaux, analyse Guillaume Arnauld des Lions. Ceux réparables sur place, ceux qui nécessitent un rapatriement chez le constructeur et ceux bons à déconstruire. Ce dernier point incombe aux assureurs, qui pour le moment répondent présents".


- '90% bons pour la casse' -


Jacques-Henri Guillet, gérant de Transmer assurances, redoute que "90% des bateaux soient bons pour la casse".
Cette mission, précise le représentant de la FIN, doit aussi évaluer "les conditions nécessaires à la reconstruction de la filiÚre nautique car les chantiers navals ont été sinistrés comme les autres". AprÚs avoir rencontré tous les acteurs, "nous rédigerons un rapport que nous remettrons au ministÚre des Outre-Mer pour accompagner les professionnels".
"On y va aussi pour envisager la création d'une filiÚre de déconstruction des bateaux. Il faudra des infrastructures, des acteurs et un modÚle économique, ce qui nécessitera de trouver des financements", ajoute-t-il.
Entre rĂ©parations et commandes de bateaux neufs, cette catastrophe naturelle pourrait-elle conforter la reprise d'un secteur nautique qui se relĂšve Ă  peine de la crise Ă©conomique de 2008 ? "MĂȘme pas", rĂ©pond FrĂ©dĂ©ric Bonin, dont le groupe comprend une dizaine de marques de voiliers et de bateaux Ă  moteurs. "Saint-BarthĂ©lĂ©my et Saint-Martin sont des paradis de la voile. Mais la voile ne reprĂ©sente que 13% des ventes mondiales. Et puis les constructeurs ne pourront pas doubler la production. Ça va juste rallonger les dĂ©lais de livraison".
Se basant sur des retours encore parcellaires, la fédération a fait une projection, dévoile Guillaume Arnauld des Lions. "On pense que 1.200 bateaux sont touchés dont un tiers bons pour la déconstruction. Or la construction navale française de voiliers produit environ 2.800 unités par an. L'impact sera modéré".
Les loueurs de bateaux relativisent : "Je loue 950 bateaux à travers le monde, dont 250 aux Antilles. Seulement une quinzaine est abßmée, relÚve Loïc Bonnet, patron du numéro mondial de la location de bateaux, le français Dream yacht charter. Les dégùts que j'ai subis vont impacter ma société à hauteur d'environ 2% du chiffre d'affaires. Et cela ne nuira pas trop non plus à l'activité parce que les clients partiront simplement d'une autre ßle plutÎt que de Saint-Martin le temps que tout soit reconstruit".
En attendant, le pÎle Refit de La Rochelle (réparation navale) se prépare. "On a proposé aux assureurs de leur mettre à disposition de la main-d??uvre compétente", annonce Marion de Mascureau, chargée de développement du pÎle.

Par Yulius Martoni - © 2017 AFP

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