Sauvés de l'extinction

Les chevaux de Przewalski volent vers la Mongolie, leur terre d'origine

  • PubliĂ© le 19 juillet 2018 Ă  11:23
  • ActualisĂ© le 19 juillet 2018 Ă  11:57
Des chevaux de Przewalski sont relùchés dans la réserve de  Takhin Tal, dans le sud-ouest de la Mongolie, le 20 juin 2018

De violents coups de sabot font vibrer un petit avion affrété par l'armée tchÚque en train de survoler la Sibérie. A son bord, quatre rares chevaux de Przewalski retournent vers les steppes mongoles, leur terre d'origine.

Sauvée de l'extinction grùce à des programmes de reproduction menés par des zoos à travers le monde, cette espÚce est actuellement réintroduite avec prudence dans une réserve faunique en Mongolie.

Mais, confinées dans des caisses en bois, les soeurs finlandaises Helmi et Hanna, ainsi que les juments allemande Spes et suisse Yanja, ne semblent pas apprécier ce périple. Le zoo de Prague, qui élÚve des chevaux de Przewalski depuis 1932 et tient le livre généalogique mondial de l'espÚce, a lancé son projet de réintroduction en Mongolie en 2011.

"Le voyage en avion est l'Ă©tape la plus difficile", explique Ă  l'AFP le vĂ©tĂ©rinaire en chef du projet, Roman Vodicka, en s'efforçant de couvrir le bourdonnement continu du bimoteur Ă  hĂ©lices. "Il arrive que le cheval fasse un faux pas, qu'il reste coincĂ© ou se couche, ce qui risque d'arrĂȘter la circulation sanguine dans les jambes. Si cela se produit lors du dĂ©placement Ă  bord d'un camion, nous pouvons le relĂącher pour qu'il dĂ©gourdisse ses jambes dans la nature, mais c'est bien sĂ»r impossible dans l'avion", sourit-il.

Les quatre juments trapues, robe sable brun et jambes courtes, vont bientĂŽt rejoindre les troupeaux de Takhin Tal, la "steppe des chevaux sauvages", leur terre d'origine oĂč quelque 220 chevaux de Przewalski savourent dĂ©jĂ  leur libertĂ©. C'est lĂ  que le dernier survivant sauvage avait Ă©tĂ© aperçu en 1969. Depuis, l'espĂšce n'a Ă©tĂ© perpĂ©tuĂ©e que grĂące aux animaux des zoos.

"Ces juments ont une chance que d'autres n'auront pas. Elles retournent chez elles", explique Jan Marek, responsable du zoo pragois en charge des ongulés.

Sifflets et foin

Mais pour le moment, elle sont agitĂ©es, aprĂšs une journĂ©e bien remplie qui a commencĂ© trĂšs tĂŽt le matin, dans un centre d'acclimatation au sud de Prague. AnesthĂ©siĂ©es, elles ont subi diffĂ©rents tests et traitements, avant d'ĂȘtre enfermĂ©es dans des caisses et transportĂ©es par camion vers une base aĂ©rienne militaire dans la banlieue de Prague.

Les spécialistes du zoo les surveillent tout au long du voyage. Ils essaient de les calmer, par des sifflements et grùce au foin notamment, alors que la température à l'intérieur de l'appareil est comprise entre 15 et 19 degrés. AprÚs l'atterrissage, à Bulgan Sum dans l'ouest de la Mongolie, les juments voyagent en camion sur des routes cahoteuses jusqu'à la réserve reculée de Takhin Tal. C'est là qu'elles peuvent finalement galoper à l'intérieur d'un enclos.

Au printemps prochain, elles seront relùchées dans la nature pour rejoindre un étalon solitaire ou un harem, un groupe d'une douzaine de chevaux à Takhin Tal, dans la zone protégée de Grand Gobi B qui s'étend sur plus de 9.000 km2. "L'organisation du harem est une trÚs belle structure sociale, au sein de laquelle chacun a son rÎle à jouer", a indiqué à l'AFP Ganbaatar Oyunsaikhan, directeur de Gobi B.

"Dzud"

Le zoo de Prague a jusqu'ici réintroduit dans la nature sauvage mongole 31 chevaux de Przewalski, un projet lancé par son directeur Miroslav Bobek mais dont le financement est assuré par des zoos du monde entier. "J'ai pris cette décision aprÚs le +dzud+ de 2009-2010 qui a réduit le nombre de chevaux locaux de deux tiers, à une cinquantaine", explique M. Bobek.

Le "dzud" est un hiver particuliÚrement enneigé en Mongolie, pendant lequel les animaux n'arrivent pas à trouver leur nourriture à travers la neige. Les Européens n'ont fait la connaissance du cheval de Przewalski qu'à la fin du XIXe siÚcle, grùce à l'explorateur et géographe russe Nikolaï Mikhaïlovitch Przewalski (1839-1888) qui l'a découvert dans des montagnes bordant le désert de Gobi.

Sa population actuelle est forte de quelque 2.400 chevaux dont quelque 800 vivent en liberté. "Tous les chevaux de Przewalski actuels descendent d'un groupe génétiquement restreint d'une dizaine d'animaux reproducteurs", dit M. Bobek.

Améliorer la diversité génétique

Les zoologistes espĂšrent que les quatre nouvelles juments venues de zoos diffĂ©rents vont amĂ©liorer la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique du troupeau mongol. "Si nous faisions venir ici uniquement des chevaux tchĂšques, ce serait le mĂȘme sang. Nous essayons de crĂ©er une population aussi diversifiĂ©e que possible", explique Jan Marek.

Une Ă©tude publiĂ©e en fĂ©vrier dans la prestigieuse revue Science par une Ă©quipe internationale de chercheurs a rĂ©vĂ©lĂ© que cet Ă©quidĂ©, qui a jadis inspirĂ© des peintures rupestres d'artistes prĂ©historiques, n'est pas le seul cheval encore sauvage dans le monde comme on le pensait: il a pour ancĂȘtre des animaux domestiquĂ©s, dont quelques-uns se sont Ă©chappĂ©s dans la rĂ©gion de BotaĂŻ, au nord de l'actuel Kazakhstan, il y a quelque 5.500 ans.

Mais "de toute façon, l'unicité du cheval de Przewalski est évidente", dit Miroslav Bobek. "Et nous continuerons notre effort".

 - © 2018 AFP

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