InfidÚles, indécis et "sex addict"

Les clichés sur les bisexuels ont la vie dure

  • PubliĂ© le 17 juin 2018 Ă  13:35
  • ActualisĂ© le 17 juin 2018 Ă  16:27
Les personnes bisexuelles sont confrontées à de nombreux fantasmes et préjugés

Leur sexualité serait débridée, coutumiÚre des "plans à trois", ou une simple "passade" avant un retour à la "norme": les personnes bisexuelles sont confrontées à de nombreux fantasmes et préjugés, relevant parfois de "biphobie", y compris au sein de la communauté homosexuelle.

A 41 ans, Laura (prénom modifié) n'a eu que "quelques histoires". Attirée par les deux sexes, cette ingénieure tient à "combattre le cliché des bisexuelles volages et chaudes du cul": elle est "du genre fidÚle et amoureuse au long cours".

C'est à 18 ans qu'elle connaßt sa premiÚre expérience avec une femme, "à ma trÚs grande surprise". La relation dure quatre ans, mais Laura attendra la trentaine et une seconde histoire "avec une amie", aprÚs deux rencontres avec des hommes, pour faire son "coming out bisexuel".
"J'avais intériorisé la biphobie", analyse-t-elle "avec le recul", pour expliquer ce retard à se donner "l'étiquette bi".

C'est au sein de son propre couple qu'elle subit ses premiers propos biphobes: "ma premiÚre copine me répétait toujours +les bis n'existent pas, assume que tu es lesbienne", rembobine Laura. "Le stéréotype +tu dois choisir+ est souvent repris par les gays et les lesbiennes", souligne Félix Dusseau, sociologue à l'Université de Bordeaux et auteur d'un mémoire sur la bisexualité. "Chez les hétéros, c'est le fantasme masculin du plan à trois" qui colle à la peau des personnes bisexuelles, ajoute-t-il.

"C'est blessant d'ĂȘtre toujours ramenĂ©e uniquement Ă  sa sexualitĂ©", souligne Laura, encore "choquĂ©e" par les mentions "Alcoolo et bi s'abstenir" croisĂ©es sur les petites annonces de journaux lesbiens dans les annĂ©es 2000. Elles sont remplacĂ©es dĂ©sormais par les applications de rencontres que dĂ©laisse cette cĂ©libataire, "lassĂ©e de recevoir toujours les mĂȘmes propositions".

La bisexualitĂ© "dĂ©range l'idĂ©al d'exclusivitĂ© amoureuse. Ce qui trouble les hĂ©tĂ©ros, analyse FĂ©lix Dusseau, mais aussi les homos". "Les bis peuvent ĂȘtre montrĂ©s du doigt au sein de la communautĂ© homosexuelle", confirme Alexandre, lui-mĂȘme bisexuel. "On nous accuse de +rester dans le placard+, de prĂ©fĂ©rer passer pour un hĂ©tĂ©ro plutĂŽt que de militer, ou bien on nous dit +c'est une passade+ et qu'on finira par faire un choix", rapporte ce doctorant de 25 ans.

"Invisibles"

En septembre dernier, cinq associations (Bi'Cause, SOS Homophobie, Act Up, FiĂšrEs et le MAG Jeunes LGBT) ont lancĂ© une premiĂšre enquĂȘte nationale sur la biphobie, Ă  laquelle plus de 3.600 personnes bisexuelles - ou perçues comme telles - ont rĂ©pondu, dont les premiers rĂ©sultats ont Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©s samedi Ă  Paris.

Il en ressort notamment que 93% des sondés ont déjà entendu ou lu des propos biphobes, que 38% ne parlent pas librement de leur bisexualité tandis qu'un tiers déclare avoir déjà été rejeté par un ou une partenaire à cause de son orientation sexuelle. "L'objectif était de montrer l'ampleur et les ramifications du rejet et des discriminations liées à la biphobie", explique Vincent-Viktoria Strobel, président de Bi'Cause. Et, aussi, "faire entendre la voix et la spécificité des bisexuels" au sein de la communauté LGBT (lesbiennes, gay, bis, trans).

Selon un sondage Ifop de juillet 2014 sur les pratiques sexuelles des Français, 3% des sondĂ©s se dĂ©finissaient comme bisexuels. Les bisexuels pĂątissent du fait d'ĂȘtre "fondamentalement invisibles", souligne FĂ©lix Dusseau: "un bi au bras d'une femme est hĂ©tĂ©ro, il est homo au bras d'un homme". D'abord "fondu" dans les revendications gay et lesbiennes, "le militantisme bisexuel est trĂšs rĂ©cent", appuie le sociologue.

Si, dĂšs le dĂ©but du XXe siĂšcle, des bisexuels cĂ©lĂšbres, dont l'Ă©conomiste John Maynard Keynes et la romanciĂšre Virginia Woolf, Ă©taient rĂ©unis au sein du Bloomsbury Group, un cercle d'intellectuels, universitaires et artistes britanniques, "il a fallu attendre les annĂ©es 80 aux États-Unis pour que des personnes se disent bisexuelles", rappelle-t-il.

Récemment, plusieurs figures de la pop culture, essentiellement outre-Atlantique, telles que les actrices Amber Head, Kristen Stewart ou Angelina Jolie, ont fait leur coming out bisexuel, aidant les anonymes à mieux assumer leur identité sexuelle.

"J'ai pu mettre un mot sur ce que je ressentais quand Lady Gaga a parlé de sa bisexualité", explique ainsi Alexandre, qui estime que "cela est de moins en moins vu comme un effet de mode".

 - © 2018 AFP

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