Etats-Unis

Les cowboys du Colorado sous pression climatique et sociale

  • PubliĂ© le 11 juillet 2021 Ă  09:37
  • ActualisĂ© le 11 juillet 2021 Ă  12:54
L'éleveuse Janie VanWinkle déplore la sécheresse qui force à irriguer sans beaucoup de résultats, aprÚs 3 années de sécheresse dans le Colorado

"L'herbe devrait arriver jusque-là", assure Janie VanWinkle en montrant son genou, à quelque 30 centimÚtres du gazon peu touffu de son ranch, durement touché par la sécheresse qui frappe le Colorado cette année -- comme déjà en 2020, et en 2018.

"La terre est à sec. Vous pouvez creuser sur un mÚtre sans trouver la moindre humidité. C'est l'accumulation des années sÚches qui rend cet épisode pire que les autres", explique l'agricultrice en chemise à carreaux, toujours souriante.

Ce ne sont pourtant pas les soucis qui manquent. "La sécheresse est là en permanence, on ne peut pas y échapper, mais il y a aussi tout le reste, les droits des animaux, la réintroduction des loups, les +fausses+ viandes alternatives et j'en passe", détaille-t-elle. "Nous sommes constamment attaqués."

Le Colorado illustre les tensions modernes entre villes et campagnes, entre la mĂ©tropole de Denver, cocon de start-up et de mouvements progressistes, et les rĂ©gions agricoles, oĂč les Ă©leveurs comme Janie passent des heures Ă  cheval pour surveiller leur bĂ©tail dans les pĂąturages.

Janie, son mari Howard et son fils Dean possĂšdent environ 450 vaches, aprĂšs en avoir cĂ©dĂ© 70 Ă  l'automne en prĂ©vision de la sĂ©cheresse et 35 en juin face Ă  l'Ă©puisement de leurs rĂ©serves de foin. Ils jonglent entre l'achat de fourrage (dont le prix s'envole) et la vente de tĂȘtes supplĂ©mentaires.

Leur avenir immédiat n'est pas menacé mais la saison s'annonce déjà mauvaise: Janie estime que les veaux pÚseront au moins 50 kilos de moins qu'à l'ordinaire quand ils seront vendus aux parcs d'engraissement à l'automne.

- "Coût émotionnel" -

"Le scénario le plus probable, c'est que la sécheresse devienne la norme et qu'il faille désormais plusieurs années de précipitations au-dessus de la moyenne pour en sortir", remarque Russ Schumacher, professeur à l'université du Colorado.

Car les hausses de tempĂ©rature, dues au rĂ©chauffement climatique, aggravent les consĂ©quences du manque de pluie et de neige, prĂ©cise le climatologue. "Quand Dean est rentrĂ© de l'universitĂ©, il m'a dit, +Il faut irriguer!+", raconte Janie. "Mais je l'ai fait, je n'ai pas arrĂȘtĂ©, j'ai perdu 7 kilos au printemps Ă  transporter des tuyaux! Ça ne marche pas Ă  cause de la chaleur."

Elle s'inquiÚte de l'avenir pour son fils -- "la cinquiÚme génération de ranchers" --, mais surtout à cause des diverses pressions venant de la société. Jared Polis, le gouverneur démocrate du Colorado, a promu en mars une "journée sans viande". L'Etat a voté en 2020 en faveur de la réintroduction des loups. La promotion immobiliÚre et le tourisme grignotent de l'espace.

Une association contre la cruauté envers les animaux a aussi récemment tenté de soumettre à référendum une proposition de loi pour interdire, entre autres, l'insémination artificielle et le fait de mener à l'abattoir des bovins de moins de 5 ans.

"Le coût émotionnel est de plus en plus important pour les producteurs", relate Janie, visiblement affectée. "La perception sociale va changer plus de choses pour nous que la sécheresse" sur le long terme.

Dean VanWinkle, fraßchement diplÎmé en sciences de l'élevage, reste persuadé que l'industrie de la viande de boeuf peut s'adapter et perdurer, de façon rentable, en respectant l'environnement.

- Appétit -

"Les vaches sont les reines du recyclage par le haut", assure-t-il, en référence à leur capacité à transformer de la paille en protéines. Au bout du compte, "leur impact sur le climat est quasiment neutre".

Une position trÚs disputée. Dans le monde, le bétail est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre, selon l'ONU. Pour les Etats-Unis, ce chiffre tombe à 4%, d'aprÚs l'agence de protection de l'environnement.

L'industrie américaine du boeuf se targue de produire autant de viande qu'en 1977 mais avec 33% de bovins en moins, grùce aux progrÚs en génétique et en nutrition.

"Les producteurs savent trÚs bien s'adapter", abonde Kim Stackhouse-Lawson, spécialiste de "l'élevage durable" à la Colorado State University et proche de l'industrie.

Parmi les pistes d'évolutions possibles, cette derniÚre évoque le choix d'espÚces mieux adaptées aux différents climats, la diversification des agriculteurs (éco-tourisme, chasse), le recours à la technologie (colliers connectés pour diriger les vaches à distance, drones) ou encore la réduction des cheptels.

Brackett Pollard, Ă©leveur et banquier, pense aussi que "l'avenir est brillant" pour le secteur. "Pendant la pandĂ©mie, quand les prix Ă©taient exceptionnellement Ă©levĂ©s, les gens du mĂ©tier ont Ă©tĂ© surpris de voir que les consommateurs Ă©taient prĂȘts Ă  payer cher pour notre produit", commente l'agriculteur dans son ranch de Rifle, que viennent de quitter ses centaines de vaches pour les pĂąturages. "Il y a beaucoup de pressions sociales mais la demande pour le boeuf n'a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©e."

 AFP

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