Vietnam

Les dissidents vietnamiens chaussent les crampons

  • PubliĂ© le 26 juillet 2017 Ă  11:03
L'équipe de football amateur No-U FC pose avant son match hebdomadaire, le 9 juillet 2017 à Hanoï

Des slogans antichinois sur leurs maillots, des tatouages évoquant les droits de l'Homme et des crampons aux pieds: au Vietnam, des opposants politiques ont créé une équipe de football pour contourner l'interdiction de rassemblement.


Cela dure 45 minutes. Une petite mi-temps avant que des agents de sécurité n'interviennent et mettent fin à cette partie du dimanche qui ressemble à un match entre copains, sur un terrain d'Hanoï. "Nous jouons à ce petit jeu du chat et de la souris avec la police et les forces de sécurité depuis que nous avons créé l'équipe", explique Nguyen Chi Tuyen, l'un des fondateurs du groupe.

Le rendez-vous est toujours le dimanche mais jamais au mĂȘme endroit. Ils partagent donc l'emplacement du terrain Ă  la derniĂšre minute et se dĂ©placent toujours en groupe avant et aprĂšs le match. L'Ă©quipe - appelĂ©e No-U FC - a Ă©tĂ© formĂ©e en 2011 par une quarantaine d'habituĂ©s des manifestations pour protester contre l'avancĂ©e de PĂ©kin en mer de Chine mĂ©ridionale. Des rassemblements qui se terminaient presque toujours par une intervention violente de la police vietnamienne.

"Nous avons donc tenté de trouver un moyen légal pour nous voir et discuter", ajoute Nguyen Chi Tuyen, 43 ans. L'équipe, dont le nom évoque la frontiÚre contestée en mer de Chine méridionale, est née juste aprÚs. "FC" est là pour "football club" mais des blagues rappellent que cela signifie aussi "Fuck China". Leur opposition à l'hégémonie chinoise dans la région est le point central qui fédÚre le groupe: ils dénoncent l'invasion des ßles Paracel en 1974, la brÚve mais sanglante guerre entre les deux pays en 1979 et les velléités de la Chine en mer méridionale en général.

- Dissidents emprisonnés -

Mais ils s'intĂ©ressent aussi Ă  d'autres causes: la dĂ©mocratie dans le pays, les droits de l'Homme et la libertĂ© d'expression dans un pays autoritaire oĂč seul le parti communiste est autorisĂ© et oĂč les dissidents sont rĂ©guliĂšrement emprisonnĂ©s.
Fin juin, une dissidente et blogueuse, connue sous le nom de Me Nam ou "MÚre champignon", a été condamnée à dix années de prison pour propagande antiétatique. Et quelques jours avant, un dissident franco-vietnamien avait été renvoyé en France aprÚs avoir été privé de sa nationalité vietnamienne et expulsé.

"J'ai rejoint cette équipe pour marquer mon soutien au mouvement démocratique, et pour encourager chaque Vietnamien à nous rejoindre pour protester contre les autorités vietnamiennes", explique Nguyen Trung Linh, ancien prisonnier politique.
Si sur le terrain les conversations sont principalement apolitiques - les conversations plus polémiques se déroulent lors de la troisiÚme mi-temps - leur simple existence est un défi pour les autorités.

"Chaque match est une manifestation", affirme Nguyen Chi Tuyen, tout sourire, car au Vietnam chaque blog est Ă©pluchĂ©, Facebook scrutĂ© Ă  la loupe et la presse censurĂ©e. "Les dissidents doivent trouver d'autres moyens pour se retrouver et discuter des grandes problĂ©matiques", explique Janice Beanland d'Amnesty International. Mais mĂȘme autour d'un terrain de foot ces rĂ©unions sont "extrĂȘmement risquĂ©es".

La plupart des joueurs confirment ĂȘtre suivis, harcelĂ©s et parfois battus par la police ou des officiers en civil. L'un des joueurs a Ă©tĂ© frappĂ© Ă  coups de briques l'an passĂ© aprĂšs un match. ContactĂ©e par l'AFP, la police d'HanoĂŻ n'a pas donnĂ© suite.

Ce dimanche, quand des gardes entrent sur le terrain en courant, en quelques instants les filets des buts sont dĂ©tachĂ©s et les journalistes doivent quitter le terrain. Il ne s'est Ă©coulĂ© que quelques minutes entre le moment oĂč ils ont pris une photo autour d'un drapeau gĂ©ant au couleur du club et l'intervention. "Bien sĂ»r que j'ai peur d'ĂȘtre frappĂ©, mais quand je suis avec les autres de l'Ă©quipe, nous jouons au foot et je n'ai pas peur", explique Cuong Pham, 45 ans.

D'aprÚs eux, le harcÚlement est devenu pire ces derniers mois depuis la mise en place de nouveaux leaders communistes, ce que confirment de leurs cÎtés les groupes de défense des droits de l'Homme et des diplomates, en privé. Mais l'équipe promet de tenir bon malgré les intimidations Nguyen Chi Tuyen est confiant: "Ils ont fait de leur mieux ces six derniÚres années, mais ils ont échoué".

AFP

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