Les enquĂȘteurs antiterroristes sondaient mercredi l'entourage d'Ahmed Hanachi, le Tunisien de 29 ans qui a tuĂ© deux jeunes cousines dimanche gare Saint-Charles Ă Marseille, tentant notamment de savoir si des proches, dont cinq sont en garde Ă vue, lui ont apportĂ© un soutien logistique.
Quatre hommes, ĂągĂ©s de 32 Ă 56 ans, et une femme de 35 ans ont Ă©tĂ© interpellĂ©s mardi aprĂšs-midi et en dĂ©but de soirĂ©e Ă Marseille. Tous sont inconnus des services de renseignement. A 14H00 mercredi, ils Ă©taient toujours interrogĂ©s Ă l?ĂvĂȘchĂ©, le quartier gĂ©nĂ©ral de la police marseillaise, a-t-on appris de source proche du dossier.
"Il ne s'agit pas de suspects qui l'auraient simplement hĂ©bergĂ©, nous sommes dans des problĂ©matiques plus sĂ©rieuses", a relevĂ© une source proche de l'enquĂȘte, sans plus de prĂ©cisions.
Pour tenter de mieux cerner les relations d'Ahmed Hanachi, abattu par un militaire de Sentinelle juste aprÚs son crime, la police avait mené plusieurs perquisitions à Marseille mardi, dont l'une dans un studio loué par Ahmed Hanachi. Il y a passé sa derniÚre nuit.
La porte de cet appartement d'une dizaine de mÚtres carrés, qui se loue selon le voisinage autour de 400 euros, sans besoin de présenter de garanties, portait mercredi matin des scellés, un écriteau indiquant "assassinats en relation avec une entreprise terroriste".
"Je ne l'ai vu qu'une fois dans ma vie", a raconté à l'AFP une habitante de cette résidence de petits appartements de plain pied, coincée entre une autoroute et des barres d'immeubles. Elle se trouve dans le 3e arrondissement, considéré comme le quartier le plus pauvre de France. Comme d'autres membres du voisinage, cette femme n'avait remarqué aucun comportement suspect dans la résidence.
Un sac, aperçu sur les images de vidéosurveillance de la gare Saint-Charles lorsqu'Ahmed Hanachi était arrivé samedi à Marseille en provenance de Lyon, a été retrouvé dans le logement, mais il ne contenait que des effets personnels.
-Séjour en Italie-
L'enquĂȘte, comme l'a rĂ©vĂ©lĂ© le Parisien, a montrĂ© que "plusieurs mandats lui avaient Ă©tĂ© envoyĂ©s pour un montant total d'environ 2.000 euros". Mais les enquĂȘteurs ne font Ă ce stade "aucun lien" entre cet argent, "perçu plusieurs mois avant la tuerie" et l'attaque, a prĂ©cisĂ© une source proche des investigations.
Les enquĂȘteurs se concentrent sur la personnalitĂ© du tueur, qui a perpĂ©trĂ© son crime au cri d'"Allah Akbar", selon des tĂ©moins. La revendication par l'organisation Etat islamique, peu aprĂšs, pose encore question: Ă ce stade, rien ne relie l'assaillant Ă l'organisation jihadiste.
Rencontré par l'AFP en Tunisie prÚs de Zarzouna, le pÚre estime "impossible" que son fils soit lié à l'EI. Ses proches le décrivent comme paumé mais pas radicalisé. Pour une source de sécurité s'exprimant sous couvert de l'anonymat, Ahmed et son frÚre Anouar seraient néanmoins classés "extrémistes".
De son cĂŽtĂ©, la justice italienne a ouvert une enquĂȘte Ă Aprilia, une ville prĂšs de Rome oĂč Ahmed Hanachi s'est mariĂ© avec une Italienne en 2008 et a rĂ©sidĂ© entre mars 2010 et mai 2017, selon un responsable de la mairie. Il y a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă deux reprises pour des affaires de droit commun. Les enquĂȘteurs tentent de savoir si la commune a pu abriter une Ă©ventuelle cellule terroriste, l'assaillant du marchĂ© de NoĂ«l Ă Berlin, Anis Amri, y ayant Ă©galement sĂ©journĂ©.
En France, le parcours d'Ahmed Hanachi les jours prĂ©cĂ©dents son passage Ă l'acte, est Ă©galement passĂ© au crible. L'inspection gĂ©nĂ©rale de l'administration enquĂȘte sur une Ă©ventuelle dĂ©faillance de l'Etat: interpellĂ© vendredi Ă Lyon pour un vol Ă l'Ă©talage puis relĂąchĂ©, Ahmed Hanachi, Ă©tranger en situation irrĂ©guliĂšre, aurait-il dĂ» ĂȘtre placĂ© en rĂ©tention en vue d'une Ă©ventuelle expulsion ?
AprĂšs les hommages publics, depuis les villages de leurs familles jusqu'aux bancs de l'AssemblĂ©e nationale, l'heure Ă©tait mercredi au deuil familial pour les proches des deux jeunes femmes assassinĂ©es, Mauranne et Laura. La premiĂšre Ă©tudiait la mĂ©decine dans la citĂ© phocĂ©enne, la seconde suivait des Ă©tudes d'infirmiĂšre dans l'agglomĂ©ration lyonnaise. L'archevĂȘque de Marseille, Georges Pontier, a annoncĂ© qu'il prĂ©siderait leurs obsĂšques jeudi dans l?Ă©glise d'Eguilles (Bouches-du-RhĂŽne), village oĂč Ă grandi Mauranne.
Par Marina LAPENKOVA - © 2017 AFP



