Actualités du monde

Les Etats-Unis bombardent la Libye mais ne veulent pas y mettre les pieds

  • PubliĂ© le 20 fĂ©vrier 2016 Ă  10:41
Décombres aprÚs un raid américain contre un site d'entraßnement jihadiste prÚs de la ville libyenne de Sabratha, le 19 février 2016

Le bombardement amĂ©ricain d'un camp d'entraĂźnement du groupe Etat islamique en Libye a dĂ©montrĂ© que Washington entendait chasser les jihadistes mĂȘme au-delĂ  de leurs bastions syriens et irakiens, mais ne prĂ©sage pas forcĂ©ment d'une volontĂ© de s'engager dans un pays plongĂ© dans le chaos.


Lors de cette frappe aérienne, qui n'était que la deuxiÚme offensive américaine contre des cibles de l'EI en Libye, des avions et des drones ont détruit tÎt vendredi un camp des jihadistes prÚs de Sabrata, à l'ouest de Tripoli, faisant quelque 50 morts selon les autorités locales.
Le Pentagone, qui n'a pas donné de bilan, a expliqué qu'à l'issue de plusieurs semaines de surveillance il avait dénombré une soixantaine de jihadistes qui s'entraßnaient dans ce camp, dont la cible prioritaire du raid aérien: Noureddine Chouchane, un cadre opérationnel de l'EI, qui a "probablement" été tué.
Cette seconde offensive intervient seulement quelques jours aprĂšs que le prĂ©sident Barack Obama eut estimĂ© qu'il fallait s'en prendre aux jihadistes Ă©galement en Libye, oĂč ils se sont implantĂ©s notamment sur la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne, Ă  Syrte. Le Pentagone estime Ă  quelque 5.000 le nombre de combattants de l'EI dans le pays livrĂ© au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.
Mais Ă  moins d'un an de la fin de son dernier mandat, le prĂ©sident Obama, dĂ©jĂ  critiquĂ© pour les rĂ©sultats de la campagne anti-jihadistes menĂ©e par les Etats-Unis en Syrie, n'entend pas s'enfoncer dans ce qui pourrait ĂȘtre un bourbier libyen en envoyant des troupes dans le pays.
"Je ne vois aucun appétit aux Etats-Unis pour retourner en Libye d'une façon continue", analyse l'ancien ambassadeur américain en Irak, Christopher Hill, désormais enseignant à l'université de Denver. L'opinion publique n'y est de toutes façons pas favorable, selon lui, aprÚs 18 mois d'une campagne de bombardements qui n'a pas permis de déloger l'EI de Syrie et d'Irak.
"Nous allons assister à ces bombardements aériens de temps en temps quand les occasions se présenteront, mais je ne pense pas que cela présage un quelconque engagement à long terme en Libye à l'avenir".
Aux bombardements pourraient s'ajouter quelques missions ponctuelles menées par des commandos américains avec des partenaires locaux.
En dĂ©cembre, dĂ©jĂ , le Pentagone avait reconnu qu'un groupe des forces spĂ©ciales amĂ©ricaines s'Ă©tait rendu en Libye, d'oĂč il avait Ă©tĂ© vite chassĂ©.
"Nous espérons que les bombardements d'aujourd'hui représentent le début d'un nouvel engagement de l'administration Obama pour mettre la Libye au centre d'une stratégie globale pour vaincre le jihadisme international", a réagi dans le camp républicain Devin Nunes, qui préside la commission du renseignement à la Chambre des représentants.
- L'EI gonfle ses rangs -
Au moment oĂč la coalition internationale remporte des succĂšs en Irak et en Syrie, de nombreux combattants viennent gonfler les rangs de l'EI en Libye, originaires pour la plupart de la Tunisie voisine.
D'ailleurs, Noureddine Chouchane est soupçonnĂ© d'ĂȘtre derriĂšre deux attaques en 2015 en Tunisie revendiquĂ©es par l'EI qui avaient choquĂ© la communautĂ© internationale: contre le musĂ©e du Bardo Ă  Tunis en mars (22 morts) et sur une plage et dans un hĂŽtel prĂšs de Sousse en juin (38 morts).
Ce cadre de l'organisation ultra-radicale a Ă©tĂ© la cible d'un bombardement car lui et les autres combattants du camp "prĂ©paraient des attaques contre des intĂ©rĂȘts amĂ©ricains et ceux d'autres pays occidentaux dans la rĂ©gion", selon le porte-parole du Pentagone, Peter Cook.
Entreprendre des bombardements en Libye ne marque pas un changement fondamental de stratĂ©gie militaire, l'intĂ©rĂȘt Ă©tant avant tout d'envoyer aux jihadistes le message qu'ils ne "peuvent pas gagner", ou que ce soit, et qu'ils feraient mieux de quitter les rangs de l'EI, estime Jon Alterman, directeur des programmes pour le Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies.
Pour cet expert, les Etats-Unis devraient concentrer leurs efforts sur une solution diplomatique à la crise profonde dans laquelle est plongée la Libye, terreau de l'implantation de l'EI.
Sinon, prévient-il, "vous finissez par avoir une stratégie militaire plutÎt qu'un effort diplomatique efficace parce que l'effort diplomatique semble trop difficile (tandis que) l'effort militaire est relativement plus simple".
"Le danger grandissant", explique M. Alterman, "est que les bombardements servent de prétexte pour ne pas mettre en place les politiques fortes qui sont nécessaires".

Par Brigitte DUSSEAU - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires