Pendant que les Etats-Unis ont les yeux rivés sur l'Iran, la Corée du Nord exploite ce vide d'attention pour accélérer son programme militaire et renforcer ses capacités nucléaires, relÚvent des analystes.
Depuis le début de la guerre déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur la République islamique le 28 février, Pyongyang a réalisé cinq tirs de missiles, dont quatre en avril, un record mensuel depuis janvier 2024, selon un comptage de l'AFP.
Pour les spĂ©cialistes interrogĂ©s par l'AFP, ils sont le signe d'une CorĂ©e du Nord dĂ©sireuse de montrer les muscles Ă l'heure oĂč rapports de force et rĂšgles se trouvent bouleversĂ©s par les conflits, notamment au Moyen-Orient."Le paysage sĂ©curitaire mondial actuel s'est transformĂ© en une +zone de non droit+ oĂč les normes internationales en vigueur ne fonctionnent plus", rĂ©sume Ă l'AFP Lim Eul-chul, expert du pays reclus Ă l'universitĂ© sud-corĂ©enne de Kyungnam.
"La Corée du Nord exploite ce vide (...) pour finaliser son arsenal nucléaire".
Cette accélération a commencé peu aprÚs le CongrÚs du parti au pouvoir convoqué en février pour définir les orientations nationales.
Le timing laisse penser que Pyongyang veut "mettre en avant des progrÚs concrets" de ses capacités militaires, dit à l'AFP Hong Min, chercheur à l'Institut coréen pour l'Unification nationale.
Lors de cette grand-messe quinquennale, le dirigeant Kim Jong Un a rĂ©affirmĂ© que le statut nuclĂ©aire de son pays Ă©tait "irrĂ©versible et permanent". Le Nord soutient que ses programmes militaires ont pour objectif de dissuader toute tentative de renverser son gouvernement, un projet qu'il prĂȘte aux Etats-Unis depuis des dĂ©cennies.
Les récents tests nord-coréens ont impliqué des missiles balistiques, type d'armement sous sanctions, ainsi que des missiles de croisiÚre antinavires et des missiles tactiques à sous-munitions.
- "Moment idéal" -
Les analystes notent certaines avancées techniques et une maßtrise croissante des armes à double usage, conventionnel et nucléaire.
M. Lim souligne que la Corée du Nord apparaßt en mesure d'utiliser des ogives nucléaires miniaturisées et de mener des "attaques de saturation", qui visent à submerger les systÚmes d'interception ennemis par la quantité de projectiles.
"Le régime estime que c'est le moment idéal pour accélérer la dissuasion offensive et le développement parallÚle des forces conventionnelles et nucléaires, tant que les Etats-Unis sont retenus au Moyen-Orient", ajoute-t-il.
Pyongyang a condamnĂ© les attaques amĂ©ricaines contre l'Iran, les qualifiant de manoeuvres de "gangsters". Le gouvernement nord-corĂ©en ne semble toutefois pas ĂȘtre venu en aide Ă TĂ©hĂ©ran en lui fournissant des armes, comme il l'a fait avec la Russie pour soutenir son invasion de l'Ukraine. Il n'a pas non plus critiquĂ© directement Donald Trump, que Kim Jong Un a rencontrĂ© Ă trois reprises.
Le prĂ©sident amĂ©ricain est d'ailleurs attendu en Chine en mai, et l'Ă©ventualitĂ© d'un quatriĂšme sommet avec Kim Jong Un a refait surface, mĂȘme si le dernier appel du pied de M. Trump, en octobre lors d'une tournĂ©e en Asie, n'a rien donnĂ©.
Pyongyang a répété que sa dénucléarisation, réclamée par Washington, était hors de question.
- "Sanctions obsolĂštes" -
Par sa dynamique militaire, la Corée du Nord cherche également à faire valoir la solidité et les fruits de son alliance avec la Russie, qui lui a livré aide économique et technique en échange de l'envoi de troupes nord-coréennes pour combattre l'Ukraine.
"Il s'agit d'une tentative de démontrer qu'elle a en la Russie un allié puissant malgré la pression des Etats-Unis et de la Chine, rendant de facto les sanctions obsolÚtes", indique M. Lim.
Lors de récents échanges de haut niveau, les deux pays ont inauguré le premier pont routier les reliant, et marqué le début de la construction d'un "hÎpital de l'amitié" dans la ville nord-coréenne de Wonsan (est).
L'ambassadeur nord-corĂ©en Ă Moscou aurait mĂȘme discutĂ© d'une possible coopĂ©ration agricole dans la rĂ©gion ukrainienne de Kherson (sud), contrĂŽlĂ©e par la Russie.
"La Corée du Nord est l'un des rares pays qui n'aurait pas peur d'opérer en Ukraine occupée, et les deux parties tirent profit de cette situation", explique Fyodor Tertitskiy, spécialiste du Nord à l'université de Corée, à Séoul.
AFP


