Environnement

Les feux d'artifice du Nouvel an, une tradition chinoise menacée par les restrictions

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2024 Ă  11:58
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2024 Ă  12:08
Des artistes lancent du métal en fusion pour créer un feu d'artifice lors du spectacle traditionnel chinois "Dashuhua" à l'approche du Nouvel an lunaire du Dragon, le 7 février 2024 à Handan, dans la province du Hebei, dans le nord de la Chine

Cierges magiques, fusĂ©es ou fontaines: les magasins de feux d'artifices, tradition du Nouvel an lunaire, font le plein Ă  Hangzhou, l'une des rares grandes villes de Chine oĂč les habitants peuvent les tirer librement.

L'Année du Dragon débute ce samedi dans le pays.

Les villes chinoises pouvaient jadis ressembler à des zones de guerre durant les festivités, tant la coutume d'allumer fusées et pétards pour éloigner les mauvais esprits était ancrée dans les habitudes.

Mais les artifices sont désormais interdits dans de nombreuses métropoles, afin d'éviter incendies ou pollution de l'air. Ce qui alimente un débat passionné sur le patrimoine immatériel.

"Les feux d'artifice sont une tradition transmise de génération en génération. Sans eux, on a l'impression qu'il n'y a pas cette atmosphÚre et cette joie du Nouvel An", déclare à l'AFP M. Ye, propriétaire d'un magasin à Hangzhou (est de la Chine).

Cette année toutefois, les autorités centrales ont appelé à un assouplissement des rÚgles.

En décembre, le Parlement a indiqué qu'il était "illégal" pour les autorités locales de décréter des interdictions générales, aprÚs l'annonce de restrictions par un certain nombre de petites villes.

La tĂ©lĂ©vision Ă©tatique CCTV, elle, a dĂ©clarĂ© dans un Ă©ditorial que "les Chinois ont travaillĂ© dur toute l'annĂ©e" et devraient ainsi "avoir le droit de profiter de splendides feux d'artifice" durant les fĂȘtes.

Car malgré leur dangerosité, ils restent immensément populaires.

- "C'est la tradition" -

Début 2023, peu aprÚs l'abandon des mesures sanitaires strictes imposées contre la pandémie, les interdictions des feux d'artifices sont devenues l'étincelle du mécontentement populaire accumulé durant la pandémie.

Dans plusieurs villes, des habitants ont allumé des pétards, au mépris des restrictions.

Dans une ville de la province du Henan (centre), début janvier 2023, un groupe d'habitants s'est opposé à des policiers qui tentaient de faire respecter les rÚgles et ont renversé une voiture de police.

SituĂ©e Ă  une heure de train de Shanghai, Hangzhou fait partie des citĂ©s qui ont Ă©tendu la zone oĂč les habitants sont autorisĂ©s Ă  allumer des feux d'artifice. RĂ©sultat, un flot ininterrompu de clients se presse dans la boutique de la famille Jiang.

"L'année derniÚre, les restrictions n'avaient pas été complÚtement levées. Mais cette année, c'est le cas", salue Gao Li, un client ùgé d'une quarantaine d'années."C'est ce que les gens attendaient, parce que c'est la tradition chinoise."

Dehors, un bambin facétieux lance sur le sol des pétards claque-doigts qui font sursauter les passants.

A PĂ©kin et Shanghai, mĂȘme ces petits artifices sont interdits en zone urbaine. D'autres villes imposent des rĂšgles changeantes et souvent vagues, appliquĂ©es de maniĂšre inĂ©gale.

- Ventes en baisse -

"On s'est réveillés en pleine nuit pour allumer secrÚtement des artifices", s'est vantée courant février une femme de la province du Guangdong (sud) sur le réseau social Weibo.
"On avait l'impression d'ĂȘtre des voleurs."

Les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques pĂšsent Ă©galement sur les dĂ©cisions des autoritĂ©s.

Le Hunan (centre), la plus grande province productrice de produits pyrotechniques en Chine, a exporté pour 4,4 milliards de yuans (568 millions d'euros) de marchandises vers d'autres pays en 2023.

Les interdictions sont néfastes aux chaßnes d'approvisionnement, a estimé le professeur de droit Xie Zhiyong dans une récente interview auprÚs de CCTV.

Le ralentissement économique affecte toutefois la consommation des ménages et les clients dépensent moins cette année dans la boutique des Jiang à Hangzhou.

"Les artifices ne sont pas une nécessité", déclare une vendeuse et membre de la famille, ùgée de 34 ans. "La situation économique n'est pas trÚs bonne cette année. Les ventes ont donc baissé."

D'autres magasins font part Ă  l'AFP d'une situation similaire.

"Les gens ne veulent pas voir, littéralement, leur argent disparaßtre en quelques secondes", résume l'un d'eux.

Les artifices restent toutefois pour beaucoup un élément indispensable des festivités.

Dans le magasin des Jiang, M. Niu, 35 ans, est venu acheter des cierges magiques afin dit-il de transmettre la tradition du Nouvel an Ă  ses enfants.

"C'est pour souhaiter la paix", a-t-il déclaré. "C'est une sorte de bénédiction."

AFP

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