Pandémie

Les géants de la tech gagnent des utilisateurs, mais manquent de soutien

  • PubliĂ© le 22 juillet 2020 Ă  09:47
  • ActualisĂ© le 22 juillet 2020 Ă  10:10
La pandémie de Covid-19 a souligné l'importance des technologies pour fournir des services essentiels mais a aussi attiré l'attention sur le pouvoir des groupes de ce secteur

Les entreprises technologiques pourraient sortir renforcées économiquement de la pandémie, qui a rendu leurs plateformes plus indispensables que jamais, mais leur pouvoir se heurte à la défiance croissante qu'elles suscitent.

Début juillet, la capitalisation boursiÚre combinée de six leaders du secteur -- Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet (la maison mÚre de Google), Facebook et Netflix -- atteignait les 6.500 milliards de dollars, soit un quart de la valeur des 500 plus grosses entreprises répertoriées par Standard & Poor's. Un record, selon l'économiste Ed Yardeni, qui a réalisé ce calcul.

Ces sociétés "comptent parmi les plus grands bénéficiaires de la tourmente économique causée par la pandémie. Elles vont sans doute continuer à bénéficier des soubresauts bien aprÚs que la crise soit résolue", écrit-il dans un rapport.

Netflix a attiré 26 millions de nouveaux abonnés payants depuis le début de l'année. Les réseaux sociaux ont vu le niveau de communication, notamment vidéo, exploser ces derniers mois.

Les rĂ©sultats trimestriels que s'apprĂȘtent Ă  publier les cadors du numĂ©rique devraient reflĂ©ter l'accĂ©lĂ©ration de l'adoption de leurs services Ă  la faveur de la fermeture prolongĂ©e des Ă©coles, bureaux, salles de spectacle, stades, etc.

Lors des précédents résultats, la crise sanitaire était encore appréhendée comme une parenthÚse momentanée. Mais ses conséquences sur les habitudes à moyen et long terme se font désormais jour. "Plus le travail, l'éducation et le divertissement deviennent des activités sédentaires, plus ces entreprises prospÚrent", commente Ed Yardeni.

- Essentiels mais pas irréprochables -

La plateforme de commerce Amazon et ses serveurs d'informatique à distance sont devenus essentiels pour des millions de personnes, tandis qu'Apple a pu intensifier sa diversification dans les services dématérialisés.

Ces groupes "ont été les seules institutions qui ont semblé à la hauteur du problÚme" pendant la crise du coronavirus, remarque Chris Meserole, directeur adjoint de la branche sur les technologies émergentes de la Brookings Institution.

D'aprĂšs une enquĂȘte de consommateurs menĂ©e par Brunswick Group dans 7 pays en mai, 70% des AmĂ©ricains et 65% des EuropĂ©ens pensent que "les entreprises technologiques ont utilisĂ© leur taille et leur influence pour le bien commun dans la lutte contre la Covid-19".

Mais les trois quarts considĂšrent aussi que les gouvernements "devraient ĂȘtre plus actifs dans la rĂ©gulation" de ces mĂȘmes sociĂ©tĂ©s. Aux Etats-Unis, cette opinion a progressĂ© de 14 points en deux ans.

De nombreux élus et organisations de la société civile voient en effet d'un mauvais oeil le renforcement de l'emprise de la Silicon Valley sur tous les aspects de la vie quotidienne.

Lundi, lors d'une audience sans prĂ©cĂ©dent sur les pratiques anti-concurrentielles, les patrons des GAFA - Google, Apple, Facebook et Amazon - vont ĂȘtre interrogĂ©s par des parlementaires amĂ©ricains de la commission judiciaire de la Chambre des reprĂ©sentants.

Tous les quatre font aussi face Ă  plusieurs enquĂȘtes sur la concurrence ou la protection des donnĂ©es personnelles, au niveau fĂ©dĂ©ral et des Etats. "La route est semĂ©e d'embĂ»ches" pour ces firmes que les tentatives de rĂ©gulation ont de quoi "inquiĂ©ter", Ă©crit l'analyste Daniel Ives de Wedbush Securities dans une note.

- Ennemis de droite et de gauche -

A droite et au sommet de l'Etat, elles sont dans la collimateur du président et de son administration, qui voudraient faciliter l'accÚs des forces de l'ordre aux appareils et aux données cryptées des utilisateurs.

De hauts responsables y voient un moyen de mieux lutter contre la criminalité (notamment la pédophilie). Les groupes répondent que de telles mesures affaibliraient la sécurité en ligne pour tout le monde.

Donald Trump et des rĂ©publicains estiment en outre que les rĂ©seaux sociaux sont biaisĂ©s contre les conservateurs, malgrĂ© leur popularitĂ© sur ces mĂȘmes plateformes.

A gauche, de nombreuses ONG et parlementaires ont haussé le ton sur les contenus problématiques et la désinformation. Le contexte joue: la présidentielle de novembre approche et les mouvements contre le racisme battent leur plein aux Etats-Unis.

La colÚre se concentre contre Facebook, boycotté par plus de 1.000 annonceurs à l'initiative d'associations appelant à une modération plus efficace des messages promeuvant la haine.

Selon Chris Meserole, Apple et Google ont conservé leur image de "bons citoyens" pendant la crise, notamment grùce à leurs efforts pour améliorer la technologie de traçage de contacts contre le coronavirus.

Mais "toute la bienveillance que Facebook s'est attiré (au début du Grand confinement) s'est évaporée" ces derniers mois, continue l'expert, à cause de sa position jugée laxiste sur la façon de policer ses plateformes.

AFP

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