Le pays traverse une crise depuis 7 ans

Les Grecs au quotidien, entre endettement et manque de crédit

  • PubliĂ© le 19 fĂ©vrier 2017 Ă  16:59
A AthÚnes en GrÚce, le 18 février 2017

Employés ou entrepreneurs, chÎmeurs ou startuppers, les Grecs se battent au quotidien depuis sept ans contre la réduction de leurs revenus, le manque de crédit et les dettes accumulées au fil de mesures d'austérité qui semblent ne jamais devoir prendre fin.


Ainsi, la GrÚce est à présent au centre d'un débat d'experts entre ses créanciers, UE et FMI.
Le FMI ne veut pas entrer dans le programme actuel d'aide Ă  la GrĂšce, car il estime que les objectifs budgĂ©taires sur lequel il est fondĂ© ne peuvent ĂȘtre atteints que par une aggravation supplĂ©mentaire des rĂ©formes prĂ©vues, ou par un allĂšgement massif de la dette grecque par les EuropĂ©ens.
L'Allemagne notamment ne voulant pas entendre parler de la deuxiÚme solution en pleine période électorale, les Grecs craignent donc de faire une nouvelle fois les frais de ce débat, qui sera évoqué lundi à Bruxelles lors d'un Eurogroupe.
Avocate de droit civil, Kyriaki Souri, 58 ans, est aux premiĂšres loges pour constater les effets de la crise. Elle-mĂȘme a rĂ©ussi Ă  maintenir son cabinet ces derniĂšres annĂ©es grĂące aux dossiers de mĂ©nages voulant restructurer leurs prĂȘts immobiliers, pour Ă©viter la saisie.

"Mais les gens sont asséchés financiÚrement et les rares clients qui passent la porte pour un divorce n'ont pas d'argent et restent mariés", confie-t-elle.
Depuis l'éclosion de la crise, cotisations sociales, taxes et impÎt augmentent au rythme du rituel de l'examen des finances publiques par les experts de l'UE et du FMI.
Asphyxiées par la surtaxation, des dizaines de milliers petites et moyennes entreprises (PME), moteur de l'économie dans le passé, ont fermé. A 23%, le taux de chÎmage a baissé un peu récemment, mais reste le plus élevé de la zone euro.

- Tout le monde doit de l'argent -

A la hausse des prélÚvements se sont ajoutés la réduction du salaire minimum, la suspension des conventions collectives, et une douzaine de rabotages des retraites: un cocktail explosif qui "a détérioré les revenus d'une grande partie de la population active, qui faisait tourner l'économie", la classe moyenne, résume Panayotis Petrakis, professeur d'économie à l'Université d'AthÚnes.

"Tout le monde doit de l'argent à tout le monde" est devenu le mantra habituel des journaux ou des discussions de cafés.
Dans le pays, "la somme totale des dettes dĂ©passe 240 milliards d'euros soit 133% du PIB, dont 45% sont des prĂȘts bancaires non remboursĂ©s", expliquait rĂ©cemment le quotidien libĂ©ral Kathimerini.
Il y a deux ans, Marianna K. avait dĂ» fermer son magasin de vĂȘtements Ă  Pangrati, quartier de classe moyenne prĂšs du centre d'AthĂšnes, aprĂšs avoir perdu sa clientĂšle du coin. "Les gens n'ont plus d'argent et n'achĂštent que le nĂ©cessaire", dit-elle.
En octobre dernier, elle a cependant tentĂ© sa chance en ouvrant un petit magasin de vĂȘtements et de chaussures Ă  bas prix dans le quartier chic de Kolonaki, en plein centre.

"Ici de nombreux magasins avaient fermé ces derniÚres années, les prix des loyers et des produits étant exorbitants (...) mais maintenant les loyers ont baissé", explique-t-elle.
Mais elle constate encore que "le marché est figé", et que "2017 sera encore une année difficile".
"L'adaptation des PME, résume M. Petrakis, est difficile en raison de l'impact cumulé de sept ans de crise sur les revenus", aprÚs une contraction de 25% du PIB entre 2008 et 2015.

- Pilote automatique -

Christos Tsougaris, entrepreneur dans l'énergie renouvelable, estime que "les gens ont appris à vivre en pilote automatique".
"L'économie trouve des solutions sui generis comme en temps de guerre: travail au noir, soutien par la famille, argent caché dans les caisses et injecté progressivement dans l'économie", ajoute-t-il.
Les dépÎts bancaires ont augmenté en 2016, aprÚs le retrait massif de l'épargne qui a accompagné l'arrivée au pouvoir du premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras début 2015, engendrant un contrÎle des capitaux toujours en vigueur.
Malgré l'austérité, le PIB a trÚs légÚrement progressé en 2016, à 0,3%, on voit une certaine reprise dans l'énergie, l'agriculture, la logistique ou l'informatique.
Mais cela ne suffit pas dans ce contexte plombé par les incertitudes, et "l'économie reste freinée par l'hésitation des banques à donner des crédits", déplore M. Tsougaris.

AFP

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