Corée du Nord

Les Kim, une famille aux branches fragiles

  • PubliĂ© le 19 fĂ©vrier 2017 Ă  13:25
L'ex-leader nord coréen Kim Jong-Il (D) et son fils, actuel dirigeant, Kim Jong-Un (G), à Pyongyang le 25 octobre 2010

Etre membre de la "famille régnante" nord-coréenne confÚre des privilÚges énormes. Mais les nombreuses branches tombées précocement de l'arbre généalogique des Kim montrent aussi que l'appartenance à cette lignée est trÚs risquée.


Séoul a attribué à Pyongyang le meurtre lundi à Kuala Lumpur du demi-frÚre de Kim Jong-Un, qui vivait depuis des années dans un exil de fait. Si la main de la Corée du Nord est effectivement derriÚre l'assassinat de Kim Jong-Nam, certains ont des raisons de s'inquiéter.

A commencer par le fils de Jong-Nam, Han-Sol qui, du fait de sa lignĂ©e, pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un rival par un leader nord-corĂ©en Ă  la purge facile.
"Avec la poursuite du rÚgne de la terreur de Kim Jong-Un, certaines élites à Pyongyang ont commencé à réfléchir à une possible alternance", assure l'ancien diplomate nord-coréen Koh Young-Hwan, aujourd'hui un spécialiste reconnu des affaires nord-coréennes basé à Séoul.
"Ce qui fait que Kim Jong-Un aussi s'en inquiĂšte. Maintenant que Jong-Nam est mort, on peut imaginer que son fils court un grand danger."

On ignore oĂč se trouve aujourd'hui Han-Sol, 21 ans, qui a Ă©tudiĂ© en Bosnie, puis au campus du Havre de Sciences-Po Paris. Sa famille a longtemps vĂ©cu dans le territoire chinois de Macao.
Certains experts de la CorĂ©e du Nord pensent que la Chine a protĂ©gĂ© la famille de Jong-Nam avec l'idĂ©e de se garder sous le coude un potentiel successeur Ă  Jong-Un. Au cas oĂč...
"La Chine protĂ©geait Jong-Nam, et sa famille, ce qui fait qu'il Ă©tait encore plus dĂ©testĂ© par le leader nord-corĂ©en", estime Kim Sung-Min, un transfuge nord-corĂ©en Ă  la tĂȘte d'une radio de propagande anti-Pyongyang.

- Son oncle 'dictateur' -

Fils aĂźnĂ© de l'ex-dirigeant Kim Jong-Il, Jong-Nam fut un temps pressenti pour lui succĂ©der. Mais il a connu la disgrĂące, peut-ĂȘtre Ă  cause de sa rocambolesque arrestation Ă  l'aĂ©roport de Tokyo avec un faux passeport en 2001. Il aurait alors expliquĂ© qu'il souhaitait visiter Disneyland.

Il y a quelques années, il avait formulé des critiques à l'égard du régime nord-coréen auprÚs de journalistes étrangers.
En octobre 2012, dans un entretien en anglais accordé à Mostar (Bosnie) à la télévision finlandaise Yle, Kim Han-Sol avait, lui, qualifié son oncle Kim Jong-Un de "dictateur".

Affirmant que son "pĂšre n'Ă©tait pas vraiment intĂ©ressĂ© par la politique", il avait aussi dit vouloir aider ses compatriotes: "J'ai toujours rĂȘvĂ© qu'un jour, je reviendrai pour rendre la vie plus facile pour les gens."
AprÚs la mort de son pÚre, Han-Sol peut craindre pour sa vie, estime l'ancien militaire nord-coréen Ahn Chan-Il, qui dirige aujourd'hui l'Institut mondial pour les études nord-coréennes à Séoul.
"Il a gardé le silence depuis la critique qu'il avait faite", dit-il. "Mais maintenant que son pÚre a été empoisonné, il va à nouveau parler pour critiquer le régime."
Jong-Nam n'est en tout cas pas le premier membre assassiné de la famille Kim.

- 'Parler de lui est tabou' -

Le plus célÚbre est l'oncle et ancien mentor de Jong-Un, Jang Song-Taek, qui a été exécuté en décembre 2013, accusé de trahison et de corruption. Il fut aussi le protecteur de Jong-Nam, celui qui veillait à ce que ce dernier ait dans son exil les moyens de son train de vie.
En 1997, Yi Han-Yong, un cousin de Jong-Nam, avait été abattu par deux tueurs prÚs de son domicile à Séoul. Il avait fait défection en 1982 et publié un livre révélant les détails de la vie privée des Kim.
D'autres membres du clan ont par ailleurs été envoyés trÚs loin alors qu'ils ne semblaient pas représenter une menace.
Ainsi l'oncle de Jong-Un, Kim Pyong-Il, 62 ans, a passé l'essentiel des 30 derniÚres années à l'étranger. Il fut un temps pressenti comme un héritier et est aujourd'hui ambassadeur en République tchÚque.
"Parler de lui est tabou et les responsables nord-coréens qui sympathisent avec Pyong-Il risquent gros", explique Kim Sung-Min.

Autre frÚre plus ùgé que Jong-Un, Jong-Chul, 35 ans, vit aussi à l'étranger dans un semblant d'exil. Il avait été repéré en 2015 à un concert d'Eric Clapton à Londres.
Le chef des renseignements sud-coréens avait affirmé l'an dernier que Jong-Chul vivait "en exil sous étroite surveillance", qu'il abusait de l'alcool et souffrait de problÚmes psychologiques.
"Bien que Jong-Chul soit plus ùgé que Jong-Un, il est trÚs improbable qu'il joue un jour un rÎle politique au Nord", a déclaré Thae Yong-Ho, l'ancien numéro deux de l'ambassade de Corée du Nord à Londres, passé au Sud l'an dernier.
"S'il était né dans une famille ordinaire, il aurait pu devenir un bon guitariste."

AFP

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