76e anniversaire du pays

Les Libanais dans la rue dans l'espoir d'une nouvelle "indépendance"

  • PubliĂ© le 22 novembre 2019 Ă  19:32
  • ActualisĂ© le 23 novembre 2019 Ă  05:39
Des manifestants libanais célÚbrent le 76e anniversaire de l'indépendance du Liban sur la place des Martyrs à Beyrouth, le 22 novembre 2019

Des dizaines de milliers de Libanais ont célébré vendredi, dans une ferveur citoyenne hors normes, le 76e anniversaire de leur pays, clamant leur soif d'une "nouvelle indépendance" plus d'un mois aprÚs le début d'une contestation inédite contre la classe dirigeante.

Drapeaux libanais au vent, de nombreuses "parades civiles" ont convergĂ© vers la place des Martyrs dans le centre-ville de Beyrouth, un haut lieu de la contestation oĂč la foule s'est agglutinĂ©e par milliers.

Des manifestants y avaient installé des barricades des deux cÎtés de la route pour réserver une haie d'honneur à ces délégations, dans une marée d'étendards et de chants. "Le message important, c'est que le Liban est de nouveau uni", a dit une jeune manifestante, Jilnar Moukhayber. "La parade civile est là pour signifier que tous les citoyens sont les bienvenus."

Cette atmosphĂšre de fĂȘte a offert un contraste saisissant avec celle, morose, du dĂ©filĂ© militaire a minima au ministĂšre de la DĂ©fense, en prĂ©sence du prĂ©sident Michel Aoun et du Premier ministre dĂ©missionnaire Saad Hariri.

Depuis le 17 octobre, le Liban vit au rythme d'une protestation sans précédent contre l'ensemble des dirigeants politiques, jugés incompétents et corrompus. Il a insufflé chez des centaines de milliers de Libanais de tous bords le désir d'un chamboulement du systÚme de gouvernance. "C'est la premiÚre fois que les Libanais, toutes communautés confondues, manifestent massivement sans répondre à l'appel d'un parti", a affirmé à l'AFP Tamara, 21 ans. "C'est ça la vraie indépendance!".

- "D'autres nous ont occupés" -

Le 22 novembre 1943, le Liban sous mandat français a accédé à l'indépendance aprÚs des manifestations populaires ayant rassemblé chrétiens et musulmans. Le pays a ensuite connu une guerre civile (1975-1990), puis deux occupations étrangÚres, israélienne et syrienne. Et il est resté profondément divisé, confessionnellement et politiquement.

Mais, cette année, "nous voulons prendre notre indépendance des corrompus qui nous gouvernent!", a dit un manifestant place des Martyrs, Wajed, 26 ans. "Quand les Français sont partis, d'autres nous ont occupés", a-t-il ajouté, en référence aux partis au pouvoir, conspués sans exception.

Avec la contestation, il n'y a pas eu de dĂ©filĂ© officiel militaire sur le front de mer comme de coutume. Ni de cĂ©rĂ©monie protocolaire au palais prĂ©sidentiel. Pour Wajed, il s'agit lĂ  d'une "victoire" supplĂ©mentaire pour un mouvement qui a dĂ©jĂ  entraĂźnĂ© la dĂ©mission du gouvernement Hariri, le 29 octobre, ou encore empĂȘchĂ© l'examen au Parlement d'une loi d'amnistie controversĂ©e.

Aucune issue au bras de fer avec le pouvoir n'est toutefois en vue, et la crise économique est aiguë. Si le mouvement est resté pacifique jusque-là et la réponse des autorités mesurée, deux personnes sont mortes en marge des manifestations.

Mais à Beyrouth, comme à Saïda et Nabatiyé (sud), ou encore Tripoli (nord), des dizaines de milliers de Libanais ont ouvert une parenthÚse dans les difficultés du quotidien pour laisser libre court à leur bonheur du moment.

- "Vous n'ĂȘtes pas seuls" -

Ce souffle populaire a pris la forme de "dĂ©filĂ©s civils" organisĂ©s via les rĂ©seaux sociaux. "Il y a plein de marches, mais celle-lĂ , c'est la plus folle! J'espĂšre que ce jour d'indĂ©pendance 2019 sera un tournant", a commentĂ© LeĂŻla, la cinquantaine, timbales en mains, dans un cortĂšge Ă  Beyrouth. "Jusque-lĂ , on avait les pieds de nos politiciens sur nos tĂȘtes. Nos poches sont toujours vides, mais on a retrouvĂ© une dignitĂ©."

Autre symbole de la ferveur citoyenne, dans la vallée de Bisri, au sud-est de Beyrouth, des centaines de personnes ont marché contre un projet de barrage, dans cette région verdoyante riche de trésors architecturaux. "Le plus important, c'est que nous soyons là tous ensemble pour construire un nouveau Liban", a résumé Karl, un manifestant place des Martyrs, son vélo enveloppé dans le drapeau national.

Dans son histoire moderne, le pays a connu d'autres mouvements populaires, comme celui en 2005 aprÚs l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri imputé au régime syrien, qui avait abouti au départ des troupes syriennes. Mais ils se tenaient à l'appel des partis.

GalvanisĂ©s, de nombreux expatriĂ©s de tous les continents sont retournĂ©s au pays pour l'occasion. InterviewĂ©e par une tĂ©lĂ©vision locale, une expatriĂ©e arrivĂ©e Ă  l'aĂ©roport de Beyrouth a dĂ©clarĂ©: "nous vivons Ă  l'Ă©tranger mais nos c?urs sont avec nos compatriotes au Liban. Nous sommes venus pour leur dire 'vous n'ĂȘtes pas seuls'".

AFP

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