Les Libanais replongent dans le cauchemar d'une guerre qu'ils n'ont "pas choisie"

  • PubliĂ© le 7 mars 2026 Ă  00:12
  • ActualisĂ© le 7 mars 2026 Ă  06:37
Des personnes déplacées dans une école transformée en abri à Dekwaneh, au nord de Beyrouth, le 5 mars 2026 au Liban

Dans le hall bondĂ© d'un lycĂ©e oĂč s'entassent des centaines de dĂ©placĂ©s, Zainab Mokdad, qui a fui la banlieue sud de Beyrouth sous les bombes, laisse Ă©clater sa colĂšre contre cette nouvelle guerre "imposĂ©e" avec IsraĂ«l.

"C'est un cauchemar. On est chez soi, en sécurité, et soudain il faut fuir", dit cette femme de 50 ans, assise sur un matelas, sa fille malade à ses cÎtés.

Elle préparait le souhour, le repas qui précÚde l'aube durant le mois de jeûne du Ramadan, quand les frappes israéliennes ont commencé à s'abattre sur son quartier, un bastion du Hezbollah pro-iranien.

Mme Mokdad et sa famille ont passé le reste de la nuit à la belle étoile, sur le front de mer, avant d'échouer dans ce centre d'accueil au nord de la capitale.

"Cette guerre nous a été imposée (...) nous n'y pouvons rien", soupire cette femme.

Dans les salles de classe vides, la fatigue des nuits sans sommeil se lit sur les visages cernĂ©s. Femmes et enfants tuent le temps, assis sur de minces couvertures de laine, ou Ă  mĂȘme le sol.

Le Premier ministre Nawaf Salam a averti qu'un "dĂ©sastre humanitaire" se profilait en raison du dĂ©placement massif de la population de la banlieue sud, oĂč vivent d'ordinaire entre 600.000 et 800.000 habitants.

Les déplacés sont les "victimes de la guerre israélienne contre le Liban, mais aussi de ceux qui ont fourni un prétexte à l'agression israélienne", a ajouté M. Salam dans une pique lancée au Hezbollah.

Alors que la guerre israĂ©lo-amĂ©ricaine visait au dĂ©part l'Iran, les frappes tirĂ©es lundi par le groupe chiite sur son voisin pour "venger" la mort du guide suprĂȘme iranien ont entraĂźnĂ© des reprĂ©sailles massives d'IsraĂ«l.

- "Quel était le but?" -

Lors du précédent conflit avec Israël, en 2024, le Hezbollah, qui gÚre des écoles, des hÎpitaux et des organisations communautaires grùce à un vaste réseau financier, venait en aide aux déplacés. Nombre d'entre eux avaient ainsi perçu de l'argent pour se reloger.

Mais le groupe est considĂ©rablement affaibli depuis lors et ses circuits financiers sous pression. Les familles qui ont fui parfois sans rien emporter, pas mĂȘme un matelas, se disent abandonnĂ©es Ă  leur sort.

Si la plupart ne critiquent pas le Parti de Dieu devant les caméras, le soutien inconditionnel dont il a longtemps bénéficié semble moins évident.

"Combien de temps va encore durer notre souffrance ? Quel était le but de cette guerre? Pour quel résultat? Rien de tout cela n'a de sens", s'agace Hiam, 53 ans, qui a fui son foyer dÚs les premiers bombardements.

"Nous sommes livrĂ©s Ă  nous-mĂȘmes... l'histoire se rĂ©pĂšte, mais qui s'intĂ©resse Ă  notre peuple?", poursuit cette habitante de la banlieue qui refuse de donner son nom de famille.

"Qui nous donnera de l'argent? Nous n'avons vu aucun responsable, personne n'a frappé à notre porte".

Dans une piĂšce attenante oĂč des femmes prĂ©parent l'iftar, le repas de rupture du jeĂ»ne, Loubna Saad raconte avoir fui en pleine nuit la petite ville de Bint Jbeil, dans le sud du pays, prĂšs de la frontiĂšre avec IsraĂ«l.

"Je ne pensais pas que cela allait se répéter", dit cette femme de 42 ans entre deux sanglots, dans une allusion au conflit précédent qui avait déjà jeté sur les routes une grande partie des habitants de la région. "Je croyais qu'on était rentrés chez nous et que c'était fini".

Dans le jardin du lycĂ©e, oĂč les femmes Ă©tendent du linge sur les branches des arbres, Nohad Arkan, une institutrice de 33 ans, semble Ă©puisĂ©e aprĂšs une nuit passĂ©e sur la route pour fuir le sud du Liban.

"Il n'y avait aucune raison pour cette guerre se répÚte, et elle arrive au mauvais moment", dit-elle. "J'ai l'impression de vivre un cauchemar et j'espÚre me réveiller".

Pour beaucoup, la guerre n'a jamais vraiment pris fin.

Malgré le cessez-le-feu conclu en novembre 2024, Israël a continué de pilonner les zones frontaliÚres pour anéantir les positions du Hezbollah et neutraliser ses chefs.

"Plus personne n'est en sécurité, plus personne ne peut cultiver ses terres ni vivre normalement", soupire Mohammad Ali Taqi, 50 ans, un ouvrier arrivé de la ville frontaliÚre de Markaba.

"Il n'y a pas mĂȘme de pitiĂ© pour les enfants".

AFP

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1 Commentaires
HULK
HULK
4 mois

Que l'ONU fasse respecter ses rĂ©solutions et empĂȘche le Hezbollah de les violer Ă  la moindre occasion. Mais le "machin" est totalement inutile, dĂ©passĂ© et a laissĂ© s'installer la loi de la jungle. Le droit international n'existe plus, n'en dĂ©plaise Ă  ceux qui l'invoque encore. Seule compte, hĂ©las la loi du plus fort.