"Il aurait fallu un thĂ©rapie familiale" : une psychiatre qui a examinĂ© Mohamed Merah adolescent a expliquĂ© mercredi Ă la cour d'assises de Paris, oĂč comparaĂźt son frĂšre pour complicitĂ© d'assassinats, combien l'environnement familial du "tueur au scooter" a façonnĂ© sa personnalitĂ© "asociale et violente".
"A l'époque, Mohamed Merah n'était pas encore structuré, sans aucun remord, aucun affect. Ce qu'il aurait fallu, c'est une thérapie familiale", a expliqué à la cour GeneviÚve Peresson, qui a examiné le jihadiste toulousain en 2003, alors qu'il n'avait que 14 ans.
Dernier d'une fratrie de cinq enfants, Mohamed Merah, né le 10 octobre 1988 à Toulouse, a, dÚs l'ùge de 7 ans, bénéficié de mesures d'assistance éducatives aprÚs un signalement à l'Aide sociale à l'Enfance sur son environnement.
"Sa famille était dysfonctionnelle, le pÚre était parti quand il avait cinq ans et la mÚre, aux minimas sociaux, ne voulait plus s'occuper de lui", a dit la psychiatre, précisant qu'auparavant, c'était sa grande soeur qui le prenait en charge.
Jusqu'à ses dix-sept ans, Mohamed Merah a fait l'objet de mesures d'assistance éducative en milieu ouvert, progressivement doublées de mesures de liberté surveillée. Il passe de foyer en foyer et change d'école à chaque classe.
Il est alors victime des violences de son frĂšre Abdelkader mais aussi l'auteur de violences contre sa mĂšre.
"Son frĂšre Abdelkader se conduit avec lui comme s'il Ă©tait son pĂšre. Ses comportements antisociaux s'Ă©tayent sur ceux de son frĂšre aĂźnĂ©", a expliquĂ© la psychiatre, parlant de "grosses anomalies familiales" et "d'Ă©lĂ©ments de perversion". "Il a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă des traumatismes, Ă la violence de son frĂšre avant qu'il ne devienne violent lui-mĂȘme."
- "Comme Tom et Jerry" -
Interrogé sur ses rapports avec son frÚre, Abdelkader Merah a lùché : "on s'entendait puis on s'entendait pas, c'était comme Tom et Jerry".
"Peu à peu, l'adolescent a fait taire les affects qu'il aurait pu éprouver par des passages à l'acte", a décrypté GeneviÚve Peresson, pour qui Merah "ne souffrait pas de maladie mentale mais de trouble de la personnalité".
Plusieurs rapports de psychiatres et psychologues, lus à l'audience la semaine derniÚre par le président Franck Zientara, décrivent cette lente dérive.
"Il regrette le manque d'affection de sa mÚre et en vient aux mains avec elle. Elle dit : +il est fou+". Il vit une relation en miroir avec sa chienne Luna, un pitbull, abandonné par son frÚre", écrit l'un.
"Il a frappĂ© une Ă©ducatrice et gĂ©nĂšre un important sentiment d'insĂ©curitĂ© dans le foyer oĂč il est placĂ©, notamment vis-Ă -vis d'adolescentes dont nous devons fermer les portes Ă clef", rapporte un autre Ă un juge des enfants.
"Il réagit de maniÚre pulsionnelle à toute autorité, ne semble pas avoir de limite. Il profÚre des insultes à caractÚre raciste. La mÚre est dépassée", constate un rapport.
Avant sa majoritĂ©, Mohamed Merah multiplie les dĂ©lits, vols, violences, avant d'ĂȘtre incarcĂ©rĂ© Ă sa majoritĂ© pour un vol de sac Ă main. C'est en prison qu'il se radicalisera.
A sa sortie, il part Ă l'Ă©tranger chercher un groupe de combattants jihadistes pour ĂȘtre adoubĂ©. Il le trouvera en aoĂ»t 2011 au Pakistan.
Le 15 décembre 2011, il se marie religieusement avec une musulmane radicale, portant le niqab, rencontrée par l'intermédiaire d'un ami. Mais leur union ne durera que quinze jours.
C'est l'"émir blanc", Olivier Corel, fondateur de la communauté toulousaine d'Artigat dont sont issus plusieurs jihadistes, qui célÚbre la cérémonie sans Abdelkader. "Mohamed m'a dit qu'il ne s'entendaient pas", a expliqué son éphémÚre épouse à la police.
"A l'époque, Mohamed n'allait pas à la mosquée, ne portait plus la barbe", a-t-elle témoigné. "Il disait ne pas vouloir se faire remarquer car il avait ses raisons".
Par Clarisse LUCAS - © 2017 AFP

