Au royaume du Lesotho

Les rĂȘves olympiques d'une micro station de ski

  • PubliĂ© le 20 juillet 2018 Ă  10:33
  • ActualisĂ© le 20 juillet 2018 Ă  11:03
Vue de la station de ski d'Afrisk, dans les montagnes de Maluti, le 11 juillet 2018 au Lesotho

NichĂ©e dans les montagnes pelĂ©es du petit royaume du Lesotho, Ă  quelque 3 000 mĂštres d'altitude, l'une des deux seules stations de ski d'Afrique sub-saharienne propose trois pistes et un snowpark. Un tout petit domaine skiable, trĂšs isolĂ©, mais qui attire touristes et jeunes sportifs en quĂȘte de rĂȘve olympique.

"Afriski a toujours été une destination unique", explique Martin Schultz, chargé de la neige artificielle dans cette station du nord-est du Lesotho, tout prÚs de la frontiÚre sud-africaine.

Pendant l'hiver austral, de juin à août, ce Sud-Africain de 35 ans échange sa planche de surf contre son snowboard. La principale piste d'Afriski - bande blanche d'un kilomÚtre de long au milieu d'un majestueux paysage à l'herbe brunùtre - propose une neige artificielle et damée d'excellente qualité.

En l'absence de chutes de neige à l'exception de quelques semaines par an, la station, ouverte en 2002 dans les montagnes de Maluti, peut continuer à fonctionner grùce aux canons et températures négatives. Les skieurs expérimentés dévalent la piste principale, qui culmine à 3.222 mÚtres et se termine au pied de la station, trÚs compacte. Là, en terrasse, des touristes se réchauffent avec du vin chaud, en écoutant de la musique diffusée à plein régime.

"A vos marques, prĂȘts, partez", lance une monitrice de ski amĂ©ricaine, Ă  un petit bout qui monte sur un tĂ©lĂ©ski spĂ©cial dĂ©butant, un tapis roulant. Sur le snowpark Ă  cĂŽtĂ©, de jeunes casse-cou enchaĂźnent flips et slides.

Le Lesotho aux JO ?

Martin Schultz, qui a travaillĂ© comme prof de ski en Europe, rĂȘve que cette micro station permette un jour au Lesotho de dĂ©crocher une place aux jeux Olympiques d'hiver. "L'une des prioritĂ©s d'Afriski est d'essayer d'Ă©largir la communautĂ© des skieurs au Lesotho. Nous avons des programmes pour enfants qui suscitent beaucoup d'intĂ©rĂȘt", notamment dans les Ă©coles, explique-t-il.

Aucun professeur de ski de la station n'est originaire du Lesotho. Mais ce n'est peut-ĂȘtre plus qu'une question d'annĂ©es. "Des enfants d'employĂ©s de la station sont excellents. Certains sont promis Ă  un bel avenir", assure Martin Schultz. "On peut espĂ©rer que ces gamins aient un niveau olympique pour qu'ils puissent faire un jour flotter le drapeau du Lesotho aux JO."

Thabang Mabari par exemple est monté pour la premiÚre fois sur les planches à trois ans. A 10 ans maintenant, il enchaßne à toute allure les virages, casque jaune assorti à ses chaussures de ski. Dans ce petit royaume enclavé, l'un des pays les plus pauvres au monde, Thabang skie gratuitement, grùce à ses parents tous les deux employés dans la station.

"Il adore ça. C'est dans ses gÚnes la compétition. De tous les enfants de personnels ici, il a été le premier à skier", raconte fiÚrement sa mÚre Mathabang Mabari, 36 ans.

Trois remonte-pentes

Le Lesotho n'a encore jamais été représenté aux JO d'hiver, et ses pays voisins d'Afrique australe peinent à faire mieux. Le Sud-Africain Sive Speelman avait bien été qualifié pour les jeux de Sotchi en 2014 par la Fédération internationale de ski, mais son comité olympique avait refusé de l'aligner aux JO, estimant nulles ses chances de gagner.

Son rĂȘve d'ĂȘtre le premier Noir sud-africain dans sa discipline a encore Ă©tĂ© douchĂ© cette annĂ©e. A PyeongChang en CorĂ©e du Sud, il a simplement accompagnĂ©, comme assistant technique, le seul Sud-Africain qualifiĂ© pour les JO d'hiver, Connor Wilson. "Je ne serais jamais allĂ© aux JO" sans Afriski, assure le jeune skieur blanc de 21 ans.

"Il y a un énorme potentiel ici. Les gamins du coin me rejoignent toujours pendant mon entraßnement. Ils m'imitent. Un jour j'espÚre, ils représenteront le Lesotho aux JO d'hiver", explique Connor Wilson. Le moniteur français de ski et snowboard Thomas Frontoni, 23 ans, recommande absolument l'expérience Afriski. "Il y a une seule piste (pour les bons skieurs), mais je pense que si un Européen vient en Afrique du Sud, il peut venir s'amuser ici un ou deux jours."

"Il y a un snowpark, une Ă©cole de ski, c'est petit mais il y a vraiment tout", ajoute le jeune homme originaire de Nice, dans le sud-est de la France. Des chalets sont mĂȘme baptisĂ©s du nom de prestigieuses stations alpines, "Courchevel" ou ... "Maribel" pour MĂ©ribel. Pour une journĂ©e sur les pistes Ă©quipĂ©es de trois remonte-pentes, compter 50 euros par adulte, forfait et Ă©quipement compris.

"J'ai vu ici des gamins sud-africains, argentins, canadiens", explique Martin Schultz. "Ils ne viennent pas ici parce qu'il y a une piste d'un kilomĂštre, ils ne viennent pas parce que les montagnes sont imposantes. Ils viennent skier en Afrique parce que c'est sur leur +Bucket list+", la liste des choses qu'il faut absolument faire avant de mourir.

 - © 2018 AFP

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