"Prepare for impact"! Affaiblis par la crise du Covid-19, beaucoup d'entreprises risquent de revoir Ă la baisse leurs investissements dans le sponsoring, un contrecoup que le monde sportif redoute, et dont les effets devraient se faire sentir d'ici plusieurs mois.
Jusqu'ici, les signaux extérieurs sont faibles. Mais l'inquiétude est là . "Nécessairement cette crise va avoir des effets. Mais personne ne veut en parler. L'impact sera là mais personne ne sait le mesurer. Il ne faut pas se leurrer, ça va arriver, il n'y a pas de doute", assure Bruno Bianzina, directeur de l'agence Sport Market, spécialisée en sponsoring sportif.
Ainsi la menace d'une dĂ©stabilisation d'un secteur oĂč, selon Magali TĂ©zenas du Montcel, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de Sporsora, "le sponsoring reprĂ©sente entre 20% et 50% du modĂšle Ă©conomique", est bien rĂ©elle.
Le premier, et sans doute l'acteur le plus visible, Ă avoir encaissĂ© le coup semble ĂȘtre le skipper François Gabart, lĂąchĂ© par son partenaire historique Macif dĂ©but juin aprĂšs trois mois de confinement. Le groupe a dĂ©cidĂ© de quitter le circuit Ultim et de mettre fin Ă dix ans de collaboration avec le navigateur, "un moment trĂšs difficile" que ce dernier n'avait pas vu venir. L'assureur a bien tentĂ© de ne pas lier sa dĂ©cision Ă la crise du Covid-19, mais le doute subsiste.
- "Retirer leurs billes" -
"C'est un exemple assez marquant, qui illustre bien le contexte", estime Magali Tézenas du Montcel. "Dans ces périodes de crise, les premiÚres lignes budgétaires à sauter sont celles de la communication et du sponsoring", expose-t-elle.
Le cycle redoutĂ© est simple: moins d'argent pour les entreprises qui paient pour voir leur nom associĂ© Ă un club ou un Ă©vĂ©nement, prĂ©cipite une baisse des investissements dans les diffĂ©rents partenariats sportifs, touchant pĂȘle-mĂȘle clubs, fĂ©dĂ©rations, associations ou mĂȘme les sportifs eux-mĂȘmes.
Tous les secteurs Ă©conomiques ne vont pas subir le mĂȘme impact, et certains vont s'en sortir mieux que d'autres. "Mais l'automobile, les transports et le tourisme risquent de retirer leurs billes", prĂ©voit Philippe Bailly, fondateur de Sport Index, spĂ©cialiste de l'attraction des disciplines. "Certains grands sports collectifs comme le football ou le rugby semblent plus prĂ©servĂ©s", estime-t-il.
Début avril, selon une étude de l'Union Sport et Cycle menée auprÚs de 900 entreprises, 60% des sociétés qui soutiennent un club sportif ont fait part de leurs doutes quant à leur capacité à "maintenir ce soutien à la rentrée". Une frilosité qui va frapper plus durement a priori le sport amateur. Jusqu'ici, quelques entreprises ont stoppé leur programme d'aide aux sportifs de haut niveau, comme Point P ou Airbus, selon plusieurs sources, ce qui concerne une vingtaine d'athlÚtes. Mais, dans l'ensemble, "les grandes marques ont renouvelé leur soutien au monde sportif", rapporte Magali de Tézenas du Montcel. Un constat qui ne vaut qu'à court-terme.
- Ambitions Ă la baisse pour Paris-2024 -
"On a du mal Ă savoir ce qui va se passer. Ca risque d'ĂȘtre compliquĂ© pour tout le monde. On table sur un scĂ©nario proche de ce qui avait suivi la crise des subprimes en 2008, oĂč la baisse du sponsoring avait Ă©tĂ© de l'ordre de 30%", prĂ©voit la dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de Sporsora.
"L'effet va ĂȘtre dĂ©calĂ© dans le temps, et l'impact va se faire sentir dĂšs le dĂ©but d'annĂ©e prochaine", prĂ©vient Bruno Bianzina. Une distorsion dans le temps due Ă des effets avant tout mĂ©caniques. "Ce qui limite l'impact, c'est que souvent les partenariats sont pluriannuels. C'est dur de se dĂ©sengager maintenant", explique Magali TĂ©zenas du Montcel.
"Mais quelle que soit l'entreprise, quand on a l'impression que tout le monde va s'en prendre plein la tĂȘte, eh bien on reste prudent", assure Philippe Bailly. "Clairement, les contrats sont en train d'ĂȘtre renĂ©gociĂ©s Ă la baisse en ce moment, mais vous n'en saurez rien", ajoute-t-il. Et a priori, quelle que soit la taille de l'Ă©vĂ©nement...
Car si beaucoup estiment que la perspective des JO de Paris-2024 peut favoriser le maintien du niveau d'engagement des sponsors, la crise du Covid-19 a considérablement limé les ambitions initiales des Jeux parisiens. Si pas grand-monde n'imagine que Paris-2024 ne bouclera pas son budget sponsoring de 1,1 milliard d'euros, cette option initialement qualifiée de "prudente" est désormais "réaliste", assure-t-on dans le microcosme olympien.
"Toute la dynamique qui devait avoir lieu grĂące aux JO n'est pas au rendez-vous pour l'instant, observe Bruno Bianzina. Et Paris-2024 qui devait ĂȘtre la locomotive ne l'est pas encore."
AFP

